‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 138 sur 217 · Ibid., II, pp · texte numérisé non relu

Ibid., II, pp

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1 PAchÂp 1 m 1U‘ C^ie’ Parce qu’un certain jour, il a charitablement jeté un pont sur un chemin difficile et parce qu’un autre jour, il a donné tout son or à un lépreux \ Cet Enfer de Banduin de Sebourc, qui mériterait vraiment une étude sérieuse et comparative, est partagé en trois grands cercles de ténèbres : dans le premier, gémissent les enfants qui sont morts sans baptême ; dans le second, les païens que l’on désigne sous le nom de Sarrazins et de Persans ; dans le troisième enfin, les voleurs, les assassins et les usuriers2. C’est dans le tableau du Paradis 3 que se révèle la faiblesse de notre poète ou, pour parler plus exactement, la médiocrité des modèles qu’il imite plus ou moins servilement. Ils ne sont pas fort attirants, ces murs de cristal dont le Paradis est entouré. Puis, ce sont des arbres toujours verts et toujours chargés de fruits qui conserveront leur fraîcheur jusqu’au jour du Jugement; c’est un jardin douchement flairant, et qui rappelle ces belles fleurs du Paradis dont il est parlé dans le Rolant; c’est une porte, de cristal aussi, gardée par Enoch etElie qui resteront là jusqu’au temps de l’Antéchrist, jusqu’à l’heure finale où l’eau couvrira le monde et où, seul, le Paradis surnagera. Le héros du poème est invité par Enoch à se promener sous ces admirables ombrages que personne n’a visités depuis six mille cinq cents ans. Il y a là un pommier merveilleux dont les fruits rajeunissent les hommes ou les vieillissent à volonté et dont le pauvre Baudouin, un peu trop curieux, éprouve la singulière vertu. Et voici plus loin le fameux « arbre sec », noir comme charbon, qui est celui-là même dont Adam a mangé le fruit. Baudouin,

1. Bauduin de Sebourc , pp. 57, 58. — 2. Ibid., p. 59. — 3. Ibid., p- 46 et ss.

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qui a quelque teinture de théologie, se prend à pes- ' PARJ;PL1VR- m* ter contre cet arbre maudit, qui est la cause de notre labeur et de notre double, de notre félonie et de nos vices; mais Enoch lui fait une réponse qui le réduit décidément au silence : « C’est d’un fruit de cet arbre, c’est d’un pépin de ce fruit qu’est sorti l’arbre de la croix. » Cette dernière légende est connue, elle est antique et n’est pas sans offrir une très profonde et très théologique beauté ; mais on n’en saurait dire autant de la fable étrange, empruntée à quelque bestiaire, « de ces oiseaux tout blancs, qui n’ont ni père ni mère, qui sont conçus d’un rayon de soleil, qui vivent dans le feu et qu’on appelle des salemandes 1 ».

C’est par là cependant que s’achève cette étrange peinture du Paradis : « Il y a bien deux jours que nous sommes ici, dit Baudouin en prenant congé de ses hôtes célestes. » Et Enoch lui répond : « Il y a deux mois. » Encore une vieille et charmante légende que notre poète a défigurée et amoindrie, comme il a fait pour tout le reste. Oh ! comme un mot, un seul mot de l’Evangile, est supérieur à toutes ces fadaises!

Je ne voudrais pas marcher ici sur les brisées des nombreux historiens de la danse macabre, et je me borne à constater que nos poèmes, dès le commencement du xivc siècle, en donnent une idée qui est minutieusement exacte. « Pas de roi ni de duc, pas de comte ni d’amiral, pas de chevalier ni de bourgeois, pas d’évêque ni d’abbé qui ne soit boulé en terre 2. » Cette idée de la mort pour tous hante les

1. Bauduin de Sebourc , p. 50, 53, 55 etc. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit ici du Paradis terrestre plutôt que du cœlum cœlorum.

— 2. Ibid., I, p. 245. Cf., dans le même poème, les vers suivants :

« Car le Mort qui n’espargne prestre ne Augustin, — Archevesque ne clerc tant sache de latin, » etc. (I, p, 31). V. ce texte des Enfances Garin (Bibi. nat. fr. 1460, f° 66) : « Mais la Mort qui tant prent evesques et abbés, — Les grans et les petis, nulz n’en est déportés » etc.

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t part. uvR.iii. cerveaux de nos pères, et de là il n’v a pas loin à faire

- entrer en danse les rois et les chevaliers, les nobles et

les bourgeois, les évêques et les abbés, conduits par d’horribles squelettes qui ont un épouvantable rictus et dont on entend claquer les os, comme dans l’admirable symphonie de Saint-Saens.

Cette danse macabre, après tout, est d’origine et de physionomie chrétiennes ; mais nous voici maintenant devant une source scandaleusement abondante de superstitions et d’erreurs : je veux parler de ces romans de la Table ronde et de ces fables celtiques qui ont eu une si fatale influence sur notre poésie nationale et ont si visiblement contribué à la déchristianiser. Au xne siècle, la Table ronde et l’Epopée nationale formaient, pour ainsi parler, deux mondes distincts et qui n’avaient rien de commun. Dès le xiiic siècle le roman d’aventures a pénétré la chanson de geste; au xivc siècle, cette pénétration est plus profonde encore et ne surprend plus personne. Une bande de fées, blanches et « escoletées », ont envahi nos vieux poèmes et, par leur beauté qui n’a rien de chrétien, ont facilement triomphé des résistances antiques. Elles en arrivent bientôt à être là comme chez elles. Que de fées, juste ciel, que de fées!

Ce n’est pas, on le pense bien, la légende du saint Graal qui s’épanouit dans nos derniers romans, et l’on n’y fait, à vrai dire, que d’assez rares allusions. L’auteur du Bastart de Bouillon croit utile de raconter à ses lecteurs que le Graal est le hanap que Jésus-Christ « mit sur la table » au jour de la multiplication des pains; mais dix vers lui suffisent pour ce récit, et nos autres poètes ne sont guère plus prolixes1. C’est la Fée

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