Éd. Scheler, vers
LES DERNIERS ROMANS EN VERS
qui accapare toute l’attention et fixe tous les regards. 1 PACRHT;PL7; 1,1
Elle est toute charmante et rarement impure, et c’est -
surtout sa puissance qui a ravi nos pères. « C’était au xiv° siècle, a-t-on dit, un lieu commun des chansons de geste que de conduire les héros en féerie 1 : » rien n’est plus regrettable, mais rien n’est plus vrai. Ces créatures remplacent décidément les Anges. Elles apparaissent au berceau de l’homme, occupent sa vie, dirigent son action et le transportent, après sa mort, non pas dans l’auguste et lumineuse béatitude qui consiste à voir Dieu, mais en je ne sais quel paradis demi-oriental où elles ressemblent un peu trop à des houris. Le tout avec d’horribles mélanges et salmigondis. La fée Morgue coudoie la sainte Vierge, Gloriande et Églantine font leur prière. Elles sont baptisées, toutes ces fées, mais sans être d’aucune paroisse.
Elles vont jusqu’à parler chrétien et à faire des sermons. C’est ce mélange qui m’irrite le plus, m’indigne et me révolte. J’aime que l’erreur soit nettement séparée de la vérité. Leur voisinage et leur familiarité me font horreur.
H n’y a peut-être pas un seul poème de la décadence ou l’on n’ait à subir un ou plusieurs épisodes féeriques. Les fées s’y montrent, d’ailleurs, avec leurs attributs traditionnels, que l’on retrouvera plus tard jusque dans les Contes de Perrault. C’est près d’une fontaine et d’un arbre mystérieux qu’elles font parfois leur radieuse apparition 2 ; « mais il ne semble pas qu’aucun autre roman que Brun de la Montaigne nous
1. Histoire littéraire , XXVI, p. 247. — 2. C’est dans Brun de la Montaigne que l’on a, je pense, donné les plus longs développements au récit de ces apparitions des Fées près des fontaines, et il faut avouer que ces pages du vieux poème ne sont pas sans charme (édition Paul Meyer, pp. 31, couplet 41; pp. 36, 37, couplet 60; pages 38 et 39, couplet 63, etc.).
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i part. i-ivR. m. ait fait connaître l’usage, qui a bien certainement dû exister, de porteries nouveaux nés à la fontaine où les Fées conversaient1 ». Elle sont jolies ces fontenelles « qui sont cleres c’argent ou fons de la gravelle — Et dont Fiave descent merveilleusement belle2. » C’est là, c’est parmi ces feuillages et ces flourcelles que les Fées s’acheminent « main à main ». Elles « recueillent » le nouveau-né et se prennent immédiatement à lui faire des dons. Les Dons, tel est le principal élément de toute cette mythologie étrange. Près du berceau d’Ogier s’abattent les « fées gracieuses » : Gloriande emmaillotte l’enfant ; puis, l’embrasse, et lui dit : « Au nom de Jésus-Christ, je te donne le don d’être le plus hardi chevalier de la terre 3. » C’est la fée Galienne qui donne son nom à Galien, à ce fils de la belle Jaqueline: « 11 sera, dit-elle, vaillant comme un lion; s’il est blessé, il ne manquera jamais de guérir au bout de trois jours; il sera roi de Constantinople. » Églantine parle à son tour et dit : « Il ne sera jamais vaincu, et occira des milliers de païens; il sera roi d’Espagne et restorera le grand empereur Charles avec tout le baronnage de France. Vous l’avez, ma sœur, appelé Galien. Je dis moi, qu’on le nommera « Galien re store 4 ». Comme on le voit, la Prophétie se mêle ici au Don et se confond avec lui : c’est un cas des plus fréquents.
Nous parlions tout à l’heure des Contes de Perrault qui ont un charme si vif et sont si populaires. On y trouve plus d’une fois cette jolie scène des Dons,
1. Paul Meyer, 1. c., Préface, p. xn. — 2. Brun , p. 31, couplet 50. —
3. Ogier , texte du manuscrit du British Muséum, Royal 15 E VI. —
4. Galien, éd Stengel, p. 12 et 13. Cf. un texte des Enfances Garin où la fée Morgue fait un don au petit Garin, fils de Flore : « Tu ne connaîtras pas de vilenie, et de toi sortira une geste qui triomphera des Sarrazins. » Une seconde fée, Ydain, lui prédit qu’il aura peines dans sa vie, etc. (Bibl. nat. fr. 1460, f° 9, 10.)
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