‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 140 sur 217 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

mais qui est fatalement complétée par un personnage 1 PAcftKT;pLIm' m’

dont nous n’avons pas encore parlé : la mauvaise Fée, -

celle qui fait de mauvais dons et qui essaie méchamment de contrarier l’action des autres fées. Vous pensez bien que Perrault n’a pas inventé ce personnage, et la mauvaise fée figure notamment dans ce même roman de Brun de la Montaigne 1 où elle tient même une place trop considérable et où elle bataille trop longuement contre ses charitables compagnes. L’épisode, fort joliment traité, se termine d’une façon charmante : l’une des bonnes fées met au petit doigt de l’enfant un anneau de fin or esmeré , l’embrasse quatre fois et ne peut se retenir de pleurer en lui disant adieu. Mais voici que le coq chante, et, comme c’est l’usage parmi les fées, les trois dames, vite, vite, s’effacent et disparaissent 2.

L’apparition à la fontaine, le don, la prophétie, la fuite au chant du coq, voilà plusieurs signes auxquels on reconnaît l’action et la physionomie des fées ; mais il en est d’autres encore que nos poètes se gardent bien de laisser dans l’ombre : c’est l’amour qu’elles inspirent et réclament; c’est aussi le pouvoir qu’elles ont de se vieillir, de se rajeunir et de se transformer à leur gré. Il y a dans ce très médiocre roman de Charles le Chauve , un épisode, imité de vingt autres poèmes, mais qui est, à ce point de vue, assez significatif et très complet. Dieudonné, l’un des héros de ce poème où il y a trop de héros, arrive un jour près d’une claire fontaine, sous de charmants ombrages. Du fond de l’eau transparente, il voit tout

1. Brun de la Montaigne , éd. P. Meyer, pp. 35 et 88. Cf la Préface, pp. xii et xiii. — 2. Ibid., vers 1117, 1118 : « Alons nous ent de ci, trop avons demouré, Il est près que li coc doivent avoir chanté. »

Cf. le vers 1135.

506 LES DERNIERS ROMANS EN VERS

tPARt.uVE.in. ^ coup s’élever trois belles jeunes filles : « Par Dieu

CHAP. III. i J

qui tout créa, leur dit-il, je crois bien que vous êtes des fées. » Elles n’en disconviennent pas. Il est vrai qu’elles appartiennent plutôt à l’espèce « ondine » ; mais la fée, l’ondine et même la sirène (qui ont peutêtre trois origines diverses, celtique, germaine et latine) se confondent aisément dans nos dernières chansons et y ont la même allure. Bref, les trois fées conduisent Dieudonné chez leur reine Gloriande — la Reine ! encore un trait légendaire — qui se prend soudain pour lui d’un amour auquel le jeune chevalier ne saurait répondre : il s’est fiancé à la belle Supplante et entend lui demeurer fidèle. C’est en vain qu’on le fait passer par tous les enchantements de ce merveilleux royaume ; c’est en vain qu’il se voit entouré de trente fées « blanches com fleur de lis » qui harpent et chantent; c’est en vain qu’après avoir pris le visage d’une vieille édentée, « barbée » et noire, Gloriande se transforme soudain en la plus belle et la plus achesmée de toutes les femmes, et lui offre une dernière fois son amour : Dieudonné pense à Supplante, Dieudonné résiste et triomphe. Chose étonnante : la belle reine des fées ne lui en sait pas mauvais gré, et l’accable de ses dons \ Décidément elle n’a rien d’humain.

Ce royaume, ce beau royaume de Féerie, ils y vont tous. Baudouin, dans le Bastart de Buillon, y pénètre avec douze de ses chevaliers, et il y trouve le roi Artus, avec Morgue et Oriande. Rien n’est plus charmant qu’un tel séjour, et les heures y coulent avec une rapidité que nous ne connaissions guère. Baudouin s’imagine naïvement n’avoir passé que quelques heures

Page 1