Bauduin de Sebourc, I, p. 202. — 2. Ibid
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uttRT.uvR.nl. conclure le mariage secret d’un chrétien avec une
- païenne convertie, d’Esmeret avec Elienor. On trouve
un prêtre pour célébrer l’union projetée, et il y avait là pour notre poète, s’il eut eu le sens chrétien, une heureuse occasion de faire applaudir par ses lecteurs la noble et grande figure d’un véritable apôtre. Il s’en est bien gardé, et a mieux aimé induire en une gaieté de mauvais aloi les chevaliers et les bourgeois qui l’écoutaient. Le prêtre, dont il fait la caricature et non pas le portrait, se sent entouré de mille dangers et n’est pas de force à les braver. On lui promet de le faire chanoine : il ne lui en chaut, et le voilà qui grelotte de frayeur. Il pâlit, il titube, tous R sans R fourmie, et il se prend à « maugréer » contre Dieu et ses Saints : « Je voudrais bien m’en aller, » répètet-il sans cesse comme l’un des personnages d’une comédie célèbre. La peur lui ôte l’appétit : il ne peut avaler un morsel et tend l’oreille, effaré : « On vient pour me pendre, je vais être pendu. » La vue d’Elienor met fin à ces risibles terreurs; mais il tombe alors d’un vice ridicule dans un vice odieux, et jette sur la belle fiancée un regard plein de mauvais désirs : « Ah! si j’étais avec elle enfermé dans mon moûtier! » Puis, de retomber dans ses épouvantements. Il célèbre le mariage, sans avoir seulement la force de bégayer les oraisons de l’Église, et pense mourir d’effroi. Lorsque plus tard Baudouin de Sebourc entre dans Abilant superbement monté sur son grand lion, le prêtre est le seul qui ait peur de la bête énorme : « Que ce chevalier entre, s’il le veut; mais qu’il laisse sa monture à la porte. » C’est encore lui qui, après la victoire des chrétiens, devient lâche et cruel autant qu’il avait été poltron et qui, sur le champ de bataille, frappe ignoblement les
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morts de son bâton, en accompagnant cette infamie 1 PAcnJ;PLI™* 1,1 de ces mots cyniques : « Se vous fuissiés en vie, ne vous ferisse pas. » Pour couronner tant d’exploits, il aspire à la gloire facile d’un mauvais plaisant, et quand chacun des chrétiens d’Abilant félicite à sa manière Baudouin de son triomphe, quand Esmeret lui dit : « Je vous servirai tous les jours de ma vie », quand un autre lui promet sa tille en mariage, quand ils lui chantent tous le joyeux alléluia et lui font cent promesses, lui, le prêtre, lui dit en façon de bon mot : « Je chanterai pour vous une messe de Requiem. » Et là dessus, le poète croit utile d’ajouter : « Dont commencha de rire toute la compaignie. » Il n’y avait vraiment pas de quoi \
Les moines ne sont pas mieux traités. Baudouin arrive un jour, en costume de moine, à l’abbaye de Saint- Amand et ne pense tout d’abord qu’à courir sus aux nonnains; mais l’abbé, discrète et prudente personne, lui fait observer que tout le monde ne peut se donner ainsi le luxe d’une nonne, et que ses moines, comme lui, sont assez sages pour se contenter « des puce-
lettes qui l’erbe vont queillier . Mais rassurez-vous,
ajoute ce pieux entremetteur, je vous procurerai pour cette nuit la fille de notre fermier 2 ». Les Ordres mendiants ne pouvaient échapper à l’inique férule de ce satirique de mauvaise foi qui a osé écrire cette infamie et tant d’autres. L’auteur de Bauduin transforme les Cordeliers et les Jacobins en auxiliaires zélés du traître de son mélodrame. Ce misérable leur
1. Bauduin de Sebourc, Il pp. 137-140, 146. Cet épisode n’est pas le seul où la verve anticléricale de l’auteur de Bauduin se soit donné carrière. Il y a encore ce prêtre d’Allemagne qui s’ énamouré un jour de Blanche pendant qu’il dit sa messe, qui lui fait d’ignobles avances et que Baudouin indigné jette en hiver dans une rivière glacée où il meurt (I, pp. 194-202). — 2. Ibid. II, p. 90.
I TART. L1VR. III. donne tant cle florins qu’ils s’enivrent unanimement
- et qu’il les faut porter « dormir à le chivière 1 ». C’est
à peine si, dans toute la hiérarchie ecclésiastique, les ermites (ce sont les seuls) sont l’objet d’un certain respect 2, et le prêtre daube les fidèles eux-mêmes qui « la main sur leur menton » s’endorment au sermon. « Tel dort tant au moustier sans entendre orison — qu’au revenir ne puet dormir en se maison 3. » Je me persuade qu’on devait dormir parfois en écoutant ces longs poèmes qui ne sauraient cependant passer toujours pour des sermons.
Idée
de la royauté, du gouvernement et de
la magistrature d’après les romans des
xive et xve siècles.
La Royauté sera-t-elle plus épargnée que l’Église par ces implacables gouailleurs? il n’y faut pas compter, et les Voltaires de tous les temps ne s’arrêtent guère en si beau chemin. Il importe, d’ailleurs, de ne pas oublier que plusieurs de nos poètes étaient du pays wallon, et il en est qui ont écrit sous le règne de ce Philippe le Bel qui n’a jamais passé pour aimer tendrement les Flamands. Je sais bien que l’un d’eux appelle notre France « la terre bonne et digne 4 »; mais il n’y a là rien de profond, et une je ne sais quelle haine éclate partout ailleurs dans ce Ban duin de Sebourc dont l’auteur n’a jamais eu le cœur vraiment français. Il ignore scandaleusement les premiers éléments de notre histoire et la chronologie la plus rudimentaire de notre dynastie nationale 5. Je lui pardonnerais cependant ces méfaits scientifiques (bien qu’il se donne parfois des airs de pédant), s’il ne s’attachait trop visiblement, ce que je ne saurais
1. Bauduin de Sebourc, I, p. 26. — 2. Charles le Chauve , cité dans l1 Histoire littéraire, XXVI, p. 102 et 120. — 3. Bauduin de Sebourc 1, p. 3. — 4. Ibid., II, p. 20. — 3. Ibid., II, 325.
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pardonner, à rendre ridicule le roi de France qui personnifie la France elle-même. 11 le représente sans cesse comme un pauvre sire rassotté et qui aime avant tout l’argent : « Puis c’on a de l’argent, à lui se raccorde-on \ » Il ne fait que suivre en cela, je le veux bien, la tradition de certains poètes du xmc et même du xnc siècle; mais il pouvait aisément suivre d’autres modèles, et il a d’ailleurs renchéri sur les anciens contempteurs de la royauté française, quand il s’amuse à nous montrer le Roi fuyant, comme le dernier des couards, devant le dernier des traîtres avec lequel il finit par pactiser honteusement2. Il avait pourtant ses théories de gouvernement, ce poète goguenard et hardi, et force nous est d’avouer que ces théories sont souvent justes et parfois élevées. Il y a plaisir à l’entendre exposer comment, à force de justice, on arrive à se faire aimer « des grans et des petis3 ». L’audace ne lui fait pas défaut, et je ne connais guère, en sa trop longue rapsodie, de page plus originale et plus osée que celle où nous voyons Baudouin dans la cité de Bandas, faire un roi avec un savetier 4. L’auteur d 'Hugues Capet est le seul qui ait eu de pareilles audaces 5.
Ce qui révolte le plus ces poètes du commencement du xiv° siècle, c’est l’impôt qui pèse alors d’un poids si lourd sur tout le peuple, c’est cette terrible maltôte dont ils ne prononcent le nom qu’avec une véritable indignation. A leurs yeux, le secret de se