ESSAI DE CLASSIFICATION
I PART. LlVR. III.
Entre les derniers romans en vers et les pre-
m miers en
Transition entre les derniers
prose la transition est des plus simples. Les
romans en vers
et les premiers j Nous croyons nécessaire de dresser ici une liste des romans en prose' prose Nous n’avons pas la prétention de la donner pour complète ;
maïs nous pouvons espérer qu’a tout le moins elle n’offrira point de lacunes notables.
Aimeri de Narbonne : Bibl. Nat. fr. 1497, f° 5 v° et ss.; Bibl. Nat. fr. 796, f° 2 et ss.; Bibl. de l’Arsenal, 3351 (lequel, suivant Demaison, dérive de 1497 et 796), f° 223-227. == Nous publions plus loin (IV, pp. 241- 247) de longs extraits des mss. 1497 et 3351. = Cf. l’article consacré cidessous à la geste de Guillaume.
Alexandre. Sans faire entrer ici en ligne de compte la traduction au xve siècle de YEpitome de Julius Valerius et de la Lettre à Aristote « ordinairement joints dans les manuscrits et qui forment la source principale des récits merveilleux qui se répandirent sous tant de formes diverses au moyen âge » ; en se contentant également de mentionner la traduction de YHistoria de prœliis dont il nous reste dixsept manuscrits et qui a dû être exécutée dans la seconde moitié du xme siècle, il faut se borner à signaler, comme véritables romans en prose : 1° YHistoire d’Alexandre de Jean Wauquelin, un peu antérieure à 1446 et dont l’auteur a surtout utilisé la chanson d’Alexandre de Paris et de Lambert le Tort; et 2° un autre Alexandre en prose, du xve siècle, conservé à la Bibliothèque de Besançon et dont le rédacteur a eu également sous les yeux un manuscrit du roman en alexandrins. = Pour tout ce qui précède, cf. Paul Meyer, Alexandre le Grand dans la littérature française du moyen âge, Histoire de la légende , pp. 300-309. C’est à cet excellent livre que nous empruntons les données ci-dessus.
Aliscans. V. l’article consacré ci-dessous à la Geste de Guillaume. = Nous publions plus loin (IV, 477-482) de très longs extraits de la version en prose d’après le ms. 1497.
Amis et Amiles. Le Catalogue Didot (premier appendice, tableau A)
vers ont non seulement précédé la prose, mais ils l’ont engendrée. Ceci a produit cela.
Ce principe, qu’il ne faudrait pas appliquer aux
1 PART. L1VR. Itl.
signale un Amis et Amiles en prose dans le ms. E n° 10 de la Bibliothèque de Lille, etc. — Cf. la nouvelle insérée par MM. Moland et d’Héricault, dans leurs Nouvelles françaises clux 111e siècle : Li amitiez de Ami et de Amile. — Nous en avons publié un extrait dans notre tome I (p. 470).
Andrieu de Chauveigni. Cf., ci-dessus (p. 448, au mot Chevalier au Cygne), la nomenclature des derniers romans en vers.
Anseis de Carthage. Bibl. de l’Arsenal 3324 (xve-xvie siècle). Ce ms., dont nous publions plus loin un extrait (III, pp. 640, 641), porte le titre suivant : « La briève matere d’Espaigne taillie aux œuvres des deux princes Charlemaine filz de Pépin et Anseïs de Carthage ». = Cf. le Myreur des histors , Chronique de Jean d’Outremeuse, où les principaux épisodes d’Hnsmsont fort sommairement mêlés à l’interminable récit des exploits d’Ogier. (Collection des Chroniques belges inédites, t. III de l’édition de MM. Ad Borgnet et Stan. Bormans, Bruxelles. 1864-1887, pp. 333, 348, R19, 357, 372, 381, 407.) = Nous publions plus loin (III, 640, 641) un extrait du ms. de l’Arsenal.
Anseis fils de Girbert. V. ci-dessous Lorrains.
Antioche. V. ci-dessous Chevalier au Cygne.
Aquilon de Bavière. Bibl. du Vatican, n° 381 du fonds Urbinas latin (xve siècle). C’est un roman franco-italien commencé en 1379i terminé en 1407, et dont l’auteur s’appelait Raphaël Marmora.V. l’article d’Antoine Thomas, dans le tome XI (1882) de la Romania{ pp. 538-569).
Aquin. La prise de Guidalet est racontée très sommairement au début de la version en prose de Fierabras qui est conservée dans le ms. de la Bibl. Nat. fr. 2172.
Aspremont. V. les Conquestes de Charlemaine de David Aubert, qui furent achevées en 1458 (Bibliothèque des Ducs de Bourgogne, ms. 9066, t. I, f° 234). Cf., plus loin, notre tome III, p. 72.
Bataille Loquifer. V. l’article consacré ci-dessous à la geste de Guillaume.
Berte : Bibl. de Berlin, mss. Gall. n° 130; première moitié du xve siècle. = Une analyse en avait été donnée, dès 1820, par un érudit allemand, F. W. V. Schmidt, dans ses Roland’s abentheuer . = M. Alfred Frist, dans son étude intitulée : Zur critik der Bertasage (Marburg, 1885), a annoncé qu’il avait fait copier entièrement la dite analyse et qu’il se proposait de la publier ( Romania , 1885, p. 609).
Beuves d’Aigremont. On désigne sous ce nom la première partie, ou, pour mieux parler, le début de Renaus de Montauban ; lequel n’a pas été reproduit par tous les romans en prose. V. Quatre fils Aimon. t Beuves d'Hanstonne : 1° Bibl. Nat. fr. 1477 (xve siècle) ; 2e Bibl. Nat. fr. 12554 (xve siècle). La fin de ce dernier manuscrit diffère assez notablement de la fin du premier : « Des enfanz Beufves de Hantonne en trouverait l’en ailleurs, comme à Saint Denis, là où tout est croniqué. . . , mais cy n’en fait plus histoire de mencion ; ainçois define la vie du bon chevalier Beufves de Hantonne ». Signé : « lsidoire du Ny».
Charlemagne et Anseis : Bibl. de l’Arsenal (xve-xvic siècle). V.
LES ROMANS EN PROSE
1PAciip 'iv IU‘ romans de la Table ronde, est d’une rigueur presque absolue pour nos anciennes chansons de geste que la prose n’a envahis qu’après plusieurs siècles de vie et
plus haut Anseis de Carthage. — Pour ce qui concerne Charlemagne, le compilateur s’est inspiré surtout de la Chronique de Turpin.
Charles Martel et Pépin. « Au moment même (1447) où Wauquelin achevait son Istoire de monseigneur Gerart de Roussillon, un autre compilateur, dont le nom ne nous est pas connu, s’occupait de rédiger, d’après des chansons de geste, une vaste histoire [en prose] de Charles Martel et de Pépin, dans laquelle Girart de Roussillon occupe une place importante » (Bibl. roy. de Belgique, ms. 6-9). Y- Paul Meyer, auquel nous empruntons les lignes précédentes ( Girart de Roussillon , 1884, Introduction, p. cxix).
Charroi de Nîmes. Y. plus loin l’article consacré à la Geste de Guillaume. =■ Nous publions dans notre t. IY (pp. 374-476) un long extrait de la version en prose du Charroi , d’après le ms. de la Bibl. Nat. fr. 1497.
Chétifs (les) Y. ci-dessous l’article Chevalier au Cygne.
Chevalerie Ogier. Y. Ogier.
Chevalier au Cygne : 1° Bibl. Nat. fr. 784 (xme siècle). C’est certainement un des plus anciens romans en prose qui soient parvenus jusqu’à nous . Les soixante premiers feuillets renferment une version abrégée des cinq branches du Chevalier au Cygne :Helias; Enfances Godefoi, Antioche, Chétifs, Jérusalem. Le titre que l’explicit assigne à cette compilation est «. Godefroi de Buillon ». Le Roman commence ainsi qu’il suit : « Seigneur, oiés et escoutés ; si porrés entendre comment li Chevaliers le chisne vint en avant, et le grant lignie qui de luy issi, par cui saincte crestientés fut moult essauchie et eslevée. Et l'ai commanchié sans rime pour l’estore avoir plus abregier. Et si me sanie que la rime est moult plaisans et moult bele ; mais moult est longue. » De ces quelques mots on peut légitimement éonclure que l’engouement pour les romans en prose a commencé dès le xme siècle. — 2° Bibliothèque royale de Copenhague : ms. du xvie siècle. Y. la « Description des manuscrits français de la Bibliothèque royale de Copenhague, par Abrahams » (Copenhague, 1844, p.122 et ss.). L’auteur de cette compilation déclare, en son Prologue, qu'il a été engagé à écrire son livre par « Madame Marie de Clèves, duchesse d’Orléans, veufve de feu monseigneur Charles, en son vivant duc d’Orléans, dont les prédécesseurs, ducs et seigneurs de Clèves, sont issuz, partiz etdessenduz d’ung très noble et très victorieulx chevalier, fils de roy, nommé Helias et, par merveilleuse aventure ci après descripte et recitée, dénommé chevalier au Cygne. » Le prosateur déclare s’appeler « Berthault de Yillebresne », et avoue « qu’il a tyré son roman d’un livre naguères envoyé à Marie de Clèves, lequel estoit en ancienne rime et assez obscure langaige, dificille à compregnoir. » Le manuscrit a appartenu à Jehan de Yaulx. = 3° Le ms. 0,53 de la Bibliothèque de Rouen (xive siècle) ne renferme pas, comme on l’a cru, la première partie d’un Godefroy de Buillon en prose; mais une transcription de la Chronique de Rains . (Communication de M. N. Beaurain, bibliothécaire-adjoint de la ville de Rouen.) etc.= Cf. le Chevalier au Cygne , édition de M. de Reiffemberg (Collection des Chroniques belges iné-
LES ROMANS EN PROSE
de gloire. Envahis, dis-je; mais, ce qui est bien pire, amoindris et défigurés.
Il n’aurait pas l’intelligence de notre ancienne
dites, 1846, 1,pp. 156 et suiv.) et, ci-dessus, l’article Chevalier au Cygne dans la Nomenclature des derniers romans en vers, d’où il appert que les Suites du Chevalier au Cygne , depuis Bauduin de Sebourc jusqu’à la prise de Saint-Jean-d’Acre par les Sarrazins en 1291, ont été très probablement le sujet de romans en prose qui ne sont pas tous parvenus jusqu’à nous.
Conquestes de Charlemaine : Bibliothèque des Ducs de Bourgogne, à Bruxelles, n° 9066. Compilation entreprise par l’ordre de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, et achevée en 1458 par ce David Aubert qu’il faut uniquement considérer « comme le copiste principal de Philippe le Bon et de Charles le Téméraire ou, plutôt, comme le chef de l’atelier des copistes qui travaillèrent pour ces princes» (Paul Meyer, G-irart de Roussillon , Introduction, p. clx).
Couronnement Looys. Y. l’article consacré ci-dessous à la Geste de Guillaume. — Dans le ms. fr. de la Bibl. nat. 5003 (f° 101) on trouve un résumé très sommaire du Couronnement. — Nous publions plus loin (IY, 343-347) de longs extraits des mss. 1497 et 3351.
Covenant Yivien. Y. l’article consacré ci-dessous à la Geste de Guillaume. = Nous publions plus loin (IV, 439-441) un extrait du ms 1497.
Département des enfans Aimeri. Y. l’article consacré ci-dessous à la Geste de Guillaume. = Nous publions plus loin (IV, p. 315) une analyse du ms. 1497.
Doon de Mayence : 1° Enfances oujeunesces Doolin, mises en prose dans le Myreur des liistors , Chronique de Jean d’Outremeuse (Bruxelles, t. II, 1869, pp. 439-448 et 451-464). Quelques noms ont été changés et l’ordre des faits a été plus d’une fois modifié ; 2° Doon de Mayence , depuis la fin des « Enfances » : abrégé en prose dans le Myreur des histors (pp. 490-512). Quelques vers de l’original ont été (à la p. 492) presque textuellement conservés.
Enfances Garin. Y. ci-dessous Garin de Montglane.
Enfances Godefroi. Y. ci-dessus Chevalier au Cygne.
Enfances Guillaume. Y. ci-dessous l’article consacré à la Geste de Guillaume. = Nous publions plus loin (IV, 278 et 287, 288) les rubriques et un extrait important du ms. 1497.
Enfances Ogier. V. Ogier.
Enfances Vivien. V. l’article consacré ci-dessous à la Geste de Guillaume. = Nous publions plus loin (IV, 415, 416) un long extrait du ms. 1497. = Dans leur édition des Enfances Vivien (Upsal et Paris, 1886), MM. Cari Walilund et Hugo von Felitzen ont imprimé le texte en prose des Enfances d’après le ms. de la Bibl. nat. fr. 796.
Entrée de Spagne. On ne peut signaler que le résumé très bref des Conquestes de Charlemaine, où le célèbre duel entre Roland et Ferragus est placé à une autre date que dans le roman en vers. = Nous publions plus loin (III, 432, 433) les rubriques de l’œuvre de David Aubert qui se rapportent à Y Entrée de Spagne.
Fierabras : 1° Bibl. nat. fr. 2172 (xve siècle) : « Après l’incarnation Nostre Seigneur Jhesu Crist vu0 lx et ix ans, ceulx de Ronme déposèrent le pape Lyon et le midrent hors de Rome et esleurent ung aul-
t PART. LIVR. III. épopée, celui qui ne se ferait pas une idée nette de
- la chaîne qui unit les plus récentes chansons de geste
aux plus anciens romans en prose et qui, d’autre
tre à pape sans cause et sans rayson. » Tel est le commencement de ce texte en prose, où l’on voit Charles rétablir tout d’abord le pape Léon; puis faire une grande expéditon contre les « Cenes » qui étaient en Lombardie et marchaient sur Rome. Après quoi, il châtie le duc de Bretagne qui osait se révolter contré lui, fait le siège de Guidalet « qui estoit encore Sarazine » et s’empare du château de Glesquin « qui estoit Sarazin ». C’est alors seulement que Fierabras fait son entrée dans l’action (f° 1 v°) ; = 2° Bibliothèque de la ville de Genève, n° 188. (Catalogue de Senebier, 1779, p. 452.) « L’auteur de cette rédaction, dit Senebier, est né en Savoye en Vaux, et s’excuse sur ce que « son langaige est gros et rude ». Il ajoute « qu’il a été souvent excité de la part de venerable homme, messire Henri Bolomier, chanoine de Lausanne, pour réduire à son plaisir aulcune hystoire tant en latin qu’en rouman et en aultre façon »; = 3° Bibliothèque de feu Ambroise Didot (xve siècle). L’auteur, « natif de Savoie en Waux », confesse humblement « qu’il n’a pas appris la langue française originale » et déclare avoir entrepris cette œuvre à la demande d un chanoine de Lausanne qui est ici appelé Henri Bolmier. Le compilateur lui-même est nommé « Jehan Bagnyon » (dans l’incunable de Lyon en 1489) ou « Baignon » (dans l’édition de Lyon en 1501 où il est qualifié de petit citoyen de Lausanne). Y. le « Catalogue raisonné des livres de la Bibliothèque de M. Ambroise-Firmin Didot », auquel nous empruntons les renseignements ci-dessus. = Les manuscrits 2 et 3 appartiennent, comme on le voit, à la même famille. C’est ce texte qui, avec d’assez notables différences, a été imprimé à Genève en 1478. = Dans ses Conquestes de Charlemaine, David Aubert « a mis largement le Fierabras à contribution » (Voy. ci-dessus, au mot Conquestes ). = Nous publions plus loin (III, pp. 388, 389) un extrait du ms. 2172 en regard du texte rimé.
Fleur des histoires, de Jehan Mancel (milieu du xve siècle) « vaste compilation divisée en quatre livres ou volumes, qui conduit l’histoire depuis la création jusqu’à la mort de Charles VI. C’est <« dans le quart et derrenier volume » qu’a pris place l’abrégé par Wauquelin de Girart de Roussillo7i » (Paul Meyer, Girart de Roussillon , Introduction, p. clv). La vie de Charlemagne est traitée par Jehan Mancel tantôt historiquement, tantôt d’après les textes épiques. Le Voyage à Jérusalem présente quelques traits plus ou moins originaux : les reliques données par l’empereur de Grèce sont celles-là même que sainte Hélène avait fait envaisseler ; on ouvre les « vaisseaux », et soudain les épines fleurissent sur la sainte couronne, etc. (Bibl. nat. fr. 299, f° 246- 248 v°.)Pour la guerre d’Espagne, Jehan Mancel se sert de la Chronique de Turpin qu’il reproduit presque tout entière (f° 249 et ss.). Il insiste avec quelque complaisance sur le siège de « Garnopoly » par Roland (f° 256) et sur les aventures de l’amiral de Cordres qui envahit un jour l’église de Compostelle, etc. Après quoi, il raconte historiquement le règne de Louis le pieux.
Florent et Octavian. Bibl. d’Orléans, ms. n° 381, (xve siècle).
Galien. Y. le ms. de l’Arsenal 3351 (xve siècle) et le ms. de la Bibl.
LES ROMANS EN PROSE
part, ne saisirait pas le lien qui rattache ces derniers IPA™-inromans aux premières éditions incunables. Il importe, en vérité, de ne pas perdre ici un seul chaînon :
nat. fr. 1470 (xve siècle). Nous en publions plus loin de nombreux et très longs extraits (III, pp. 320-335).
Garin de Montglane. Quelques lignes seulement dans 1 e'Myreur clés histors, Chronique de Jehan d’Outremeuse (t. II, pp. 486, 487) : Siège de Monglane par Garin qui en expulse les païens, épouse Mabillette et arme Robastre chevalier : « Ensi fut-ilh de Garin de Monglaine et de sa conqueste, et altrement nient, jasoiche que altremetit le devise sa g teste ».
Garin le Lorrain. V. Lorrains.
Girart de Fraite. Dans le Myreur des histors, Chronique de Jean d’Outremeuse (t. III, pp. 88-99), on lit l’affabulation suivante, qui mérite, pensons-nous, une attention toute spéciale : « Synagon et Agramart assiègent Gérart de Fraite dans la cité d’Orbendras. » La femme de Gérart, Emiline (c’est l’Ameline delà Chanson d’Aspremont ) envoie à l’empereur Charles ses quatre fils pour lui demander secours. L’un des fils de Gérart prend insolemment la parole au nom des autres, et c’est ici qu’on trouve le texte assuré de quelques vers du poème primitif : « Atant va Escorpion parleir — Et dist : « Frans rois, vuilhiez vos repenseir; — Car Sarazin vous venront visenteir.
— Se vous deveis envers eauz acordeir, — Ei ses ferons en vous pays entreir; — A vos congiet nous en volons aleir. » — Escorpion et ses frères sont en effet éconduits par Charlemagne. — Gérart de Fraite, en personne, vient réclamer l'aide de l’Empereur : orgueil insupportable de Gérart; sa querelle avec Ogier. Charles se rend, enfin, à sa prière et consent à aller à Orbendras. — Amours d’Escorpion et de la païenne Rosamonde. — Ogier tue Synagon et fait Agramart prisonnier. — Voilà donc Gérart délivré, et il semble qu’il doive désormais toute sa reconnaissance à Charles; mais son orgueil l’emporte encore, et, une fois de plus, il se refuse à rendre hommage à l’Empereur. — Même il va jusqu’à prendre les armes contre Charles. Commencement de la guerre. Combat singulier entre Ogier et Gérart, qui est vaincu. — Nous retrouvons un peu plus tard ce révolté qui, la rage au cœur, s’est fait décidément l’allié des Sarrazins contre la France.
— Histoire de cette nouvelle guerre; longues péripéties de cette lutte. — Les quatre fils de Gérart sont à la fin tués, et, vaincu par Ogier, le vieux Gérart meurt à son tour. Sa terre est donnée à son bâtard, Milon d’Auvergne, et tel est le dénouement du roman de Gérart de Fraite. » Ce n’est pas ici la place de discuter le texte dont nous venons de donner le résumé; mais il n’est pas téméraire d’avancer qu’on y trouve la traduction en prose, très précieuse, d’une vieille chanson en décasyllabes qui n’est point parvenue jusqu’à nous.
Girart de Roussillon. VIstoire de Gérart de Roussillon par Jean Wauquelin, bourgeois de Mons, date de l’année 1447. C’est le plus important de tous les textes où l’on ait essayé de faire passer en prose française l’antique affabulation de Girart de Roussillon. «L’œuvre de Wauquelin est, en réalité, une paraphrase fort prolixe du poème bourguignon du xive siècle, en alexandrins; mais le prosateur s’est également servi de la Vie latine de Girart et parfois même, la cite
LES ROMANS EN PROSE
chansons de geste, romans manuscrits en prose, incunables, et plus tard, Bibliothèque bleue et imagerie
Elle est assez longue, voire assez triste,
textuellement ». Il va souvent jusqu’à la préférer au roman en vers. Sur les autres sources de Jean Vauquelin, comme sur tout ce qui précède, voy. Paul Meyer, Girart de Roussillon, cxlii-cliv. L’œuvre de Jean Wauquelin se termine par une ballade fort médiocre que l’auteur a visiblement composée pour dater son œuvre. Elle commence par ces vers : « L’an quatorze cens accompliz — Et quarante sept justement — Fut conjoinct ce traictié petis — Le seiziesme jour proprement, » et finit ainsi qu’il suit : « Qu’en tous biens ait accroissement — Philippe de Bourgoyne seigneur. » V. les mss. de la Biblnat. fr. 852 (xve s.) et 12568 (xvie s.) ; de la Bibliothèque Palatine de Vienne, n° 2549 (xve s.), de l’Hôtel-Dieu de Beaune, (1469) etc. — Un abrégé de l’œuvre de Jean Wauquelin en vingt-sept chapitres a passé : 1° dans la Fleur des Histoires de Jean Mancel et 2° dans une Histoire de Charles Martel (Bibl. roy. de Belgique, n° 6-9), compilation due à cet infatigable grossoyeur qu’on appelait David Aubert (Paul Meyer, 1. c., cliv-clxix).
Girart de Viane. V. les Conquestes de Charlemaine de David Aubert (1468), et surtout le ms. 3351 de l’Arsenal, dont nous donnons plus loin (IV, p. 178-180) un résumé complet. Nous établissons ( ibid ., p. 173-175) que David Aubert s’est contenté de copier et d'abréger la version en prose qui est représentée par le texte de l’Arsenal.
Girbert de Metz. V. Lorrains.
Guillaume d’Orange (geste de). En dégageant la question de toutes les difficultés qu’elle a soulevées et dont la discussion ne serait pas ici à sa place, il convient de s’attacher seulement à quelques propositions d’ordre général: 1° Un des caractères de la geste de Guillaume, c’est d’avoir beaucoup moins résisté au temps que celle du Roi, et, par une conséquence fort naturelle, d’avoir donné lieu à un nombre bien moindre de véritables romans en prose. On a pu dire que les plus antiques chansons de ce beau cycle de Guillaume, le Couronnement, le Charroi , le Covenant, Aliscans et les Moniages n’ont plus eu de retentissement après le xve siècle. Rien n’est mieux démontré; — 2° Ce n’est pas sous la forme de romans isolés que nous sont principalement restées les versions en prose de la geste de Guillaume, mais so us la forme de compilations plus ou moins étendues, et dont chacune renferme la traduction plus ou moins abrégée de plusieurs romans; — 3° Ces compilations peuvent se diviser en deux groupes principaux : a. celles o ù ont été seulement admis les romans de la geste de Guillaume ; b. celles où d’autres cycles sont également représentés; — 4° Les compilations « sans mélange d’autre geste » ont pour type le ms. fr. 1497 de de la Bibliothèque nationale, du xve siècle, qui a appartenu à Jacques d’Armagnac, duc de Nemours, décapité le 4 août 1477, et qui, comme nous aurons lieu de le répéter plus loin (IV, p. 27), offre les éléments suivants : Aimeri de Narbonne , fo 1 v°; Enfances Guillaume; Departement des enfans Aimeri et Siège de Narbonne, f° 32 r° ; Couronnement Looys, f° 149 v°; Charroi de Nîmes , f° 165 v°; Prise d’Orange , f° 187 v°; Siège de Barbastre , f° i97 ro- Enfances Vivien, f° 270 v°; Covenant Vivien , f°340 v°; Aliscans , f° 363 r°; Rainoart (seconde partie d 'Aliscans), f° 387 r°; Bataille
LES ROMANS EN PROSE. 551
l’histoire de cette décadence; mais elle s’impose, et 1 PAcR„V7v ' m‘ nous ne saurions nous y dérober.
Pour nous borner à la filiation des vers et de la
Loquifer , f°429r°; Moniage Rainoart , f° 448 r°; Montage Guillaume , f° 495 r°. Le ms. de luxe Bibl. nat. fr. 796 (qui est plus récent et qu’on peut dater du règne de Louis XII) offre identiquement le même texte que le 1497 et est composé des mêmes éléments : Aimeri de Narbonne, f° 2 ; Enfances Guillaume et Departement , f° 22 ; Siège de Narbonne , f°49; Couronnement Looïs , f° 103; Charroi de Nîmes , f° 114; Prise d’Orange, f° 117; Siège de Barbastre, f° 133; Enfances Vivien , f° 185; Covenant Vivien , f° 228; Aliscans et Rainoart , f° 242; Bataille Loquifer , f° 288; Moniage Rainoart, f° 300; Moniage Guillaume, f° 329; — 5° Le second groupe des compilations en prose de la geste de Guillaume est principalement représenté par le ms.de l’Arsenal 3351 (anc.BLF 226), sur lequel on a tant discuté et tant écrit. Le caractère distinct de ce travail, c’est qu’on y a uni, par un lien quelque peu factice et frêle, certain élément du cycle de Guillaume, un Girart de Viane « renouvelé et amplifié » avec le Galien restorè qu’on ne peut rattacher qu’au cycle du Roi. S’il est un manuscrit qui puisse être rapproché du ms. 3351, c’est celui de la Bibl. nat. fr. 1470, bien qu’il offre un caractère littéraire assez différent : le 1470 suit de très près le texte poétique qu’il copie en prose ; le 3351, plus indépendant, abrège ou délaie ; — Pour tout ce qui concerne les mss. en prose de la geste de Guillaume, voy. notre tome IV, pp. 26-29. Cf. les articles consacrés ci-dessus ou ci-dessous à Aimeri de Narbonne, Girart de Viane , Hernaut de Beaulande, Renier de Gennes.
Helias. Y., ci-dessus, Chevalier au Cygne.
Hernaut de Beaulande. et Milon son frere. Bibl. de l’Arsenal, 3351. Nous en donnons plus loin un extrait (IV, 205, 206). Le véritable titre nous est donné par le ms. de l’Arsenal (f° 33) : « Ci fine histoire de Hernault et de Millon son frère. »
Hervis de Metz. Y. Lorrains.
Huon de Bordeaux. Une traduction en prose avait été achevée dès l’an 1454; c’est celle qui, sans doute, a passé dans les incunables (V. plus loin, III, 742).
Jérusalem. Y. ci-dessus Chevalier au Cygne.
Jourdains deBlaives. Ms. Seillière. n° 1226. Ce ms., daté de 1456, a été vendu en mai 1890. En voici la fin : « Cy sera arrestée la fin de ceste histoire transmuée en ruide et malnomé langaige soubz la correction de ceulx qui la liront cy après. Achevée l'an de Nostre Seigneur mil quatre cent LYI, ou vie jour de juillet. »
Lorrains (Les) : l°Bibl. de l’Arsenal, 3346 (xve siècle). — Cette compilation comprend les éléments suivants : Garin , f° 1 ; Girbert de Metz, f° 27 ; Anseis, f° 44. On lit à la fin (f° 76) : « Si avez ouy de la vie Loherant Garin et de son frere Beggon qui es bois fut occis, et de Gerbert d’Arnaut, et de Gerin, et de leur nepveu Anseïs; de Fremont et de son linaigue et de Fremondin, du conte Bance et de Guillaume l’orgueilleux de Monclin, de Beranger le Gris(?), de Gautier d’Artoys et de Baudouin filz Bence... Priez pour l’ame que bieu leur fasse pardon... et pour celui qui le romant fit et pour celui qui le translata. Amen. Pater noster » ; = 2° Bibl. de Metz, 847. C’est la version autographe de Philippe de Yigneulles, qui fut composée en 1515. Elle renferme
LES ROMANS EN PROSE
i part. livr. in. prose, elle est hors de toute contestation. Un certain
- nombre de romans en prose sont servilement calqués sur les chansons rimées, et il n’y a qu’à jeter
Hervis , Garine t Gerbert. «Laquelle histoire, je, Philippe de Vigneulle, cy devant nommez, l’a retraict, mis par chappitre et recueillis de plusieurs livres et rime ancienne » ( Catalogues des mss. des départements. Bibliothèque de Metz, p. 307. Cf. dans la Romania de 1874 (p. 198) un excellent article de F. Bonnardot auquel nous empruntons les renseignements qui précèdent. Une troisième version en prose est celle de David Aubert, en ses Conquestes de Gharlemaine. ( Catalogue des mss. de la Bibl. des ducs de Bourgogne , II, 289). Cette rédaction ne comprend que Garni. = Le Catalogue Didot signale un Garni en prose dans un ms. appartenant à M. Emery, de Metz.
Mabrian. Ce roman est la suite de Renaut de Montauban (Mabrian est le petit fils de Renaud). Deux mss. qui, l’un et l’autre, sont cycliques : 1° Bibl. de l’Arsenal 5075 (xve siècle) composé pour le duc de Bourgogne; 2° Bibl. nat., fr. 19176, f° 178, et ss. et 19177, f° 1 et ss. (xve siècle). Ce ms. reproduit le texte de la compilation de l’Arsenal. = Ce texte de l’Arsenal est incomplet : le cinquième et dernier volume se trouve à la Bibliothèque de Munich (120, Gall. 7). = La fin du ms. de la Bibl. nat. 19177 mérite d’être citée : « Et dit histoire que quant Yvon ot Aiglentine laissée en Jherusalem en la garde de son cousin, si vaillamment se prouva contre les Infidelles qu’en faisant la vengeance du glorieux martyr monseigneur saint Mabrien, il détruisuit tous les Morindiens et de leur cité se fist roy ; mais plus n’en dit de lui ce présent compte... achevé et parfait l’an mil CCCC soixante deux, ou douziesme jour du mo.ys de novembre. Et sic est finis.
Macaire. V. Reine Sibille.
Mainet. V. le Myreur des histors de Jean d’Outremeuse. t. II, pp. 485. Quelques mots seulement.
Maugis d’Aigremont : 1° Bibl. de l’Arsenal, 5073. Superbe manuscrit exécuté pour le duc de Bourgogne (xve siècle); 2° Bibl. nat. fr. 19173 (xve siècle).
Milon de Pouille. V. Hernaut de Beaulande.
Myreur des histors (Li), Chronique de Jean des Preis dit d’Outremeuse. A été publié par Ad. Borgnet et Stanislas Bormans, dans la Collection des Chroniques inédites belges : sept volumes in-4°, Bruxelles, 1864-1887. Voy. Anseïs de Carthage , Aspremont, Aubry le Bourgoing , Beuves de Commarcis, Boon de Mayence, Garni de Montglane , Girart de Fr aite, Mainet, O g ier (Enfances et Chevalerie ), Otinel, Quatre fils Aimon, Reine Sibille, Roncevaux, etc. = Dans l’épouvantable fatras du Myreur des histors, dans cette œuvre de vingtième ordre, on trouve çà et là de précieux fragments de notre épopée nationale, et nous avons plus haut signalé Girart de Fraite à l’attention de nos lecteurs. = Il ne faut pas s’étonner, d’ailleurs, si Ogier le Danois tient une place si considérable dans toute l’œuvre de Jean d’Outremeuse, puisque l’auteur avoue lui-mème avoir consacré toute une geste à ce héros : « Toutes ses chouses sont declareis en la nouvelle gieste que nous meïsme avons fait sur Ogier » (t. III, p. 111).
Moniage Guillaume. V. l’article consacré ci-dessus à la Geste de Guillaume.
LES ROMANS EN PROSE. 553
un coup d’œil sur les uns et sur les autres pour être 1 1,1
assuré que l’on a ici affaire à un calque grossier plu- - — —
tôt qu’à une imitation plus ou moins intelligente.
Moniage Rainoart. Idem.
Neuf preux. Dans la rédaction du ms. de la Bibl. nat. fr. 12598 (xvme siècle; copie d’un original du xv^-xvi0 siècle), on raconte historiquement, année par année, la vie du grand Charlemagne, empereur de Rome, à partir de son couronnement. La légende se mêle à l’histoire : Girart de Viane, la Chronique de Turpin et Roncevaux sont mis à contribution, ainsi que la légende latine du Pèlerinage de Jérusalem. C’est ce qui nous permet de faire entrer les Neuf preux dans la nomenclature agrandie de nos versions en prose.
Ogier le Danois. Y. surtout le Myreur des Histors , Chronique de Jean d’Outremeuse (édition Borgnet et Bormans dans la Collection des Chroniques belges inédites). Ogier est, en réalité, le principal personnage du Myreur, et Jean d’Outremeuse nous apprend qu’il avait consacré toute une «geste » au Danois. = Ce,qui touche aux Enfances se trouve au t. III de l’édition Bormans (pp. 25-41) et à la Chevalerie, au même tome (pp. 189-314) ; mais Ogier est mêlé partout au récit, et son interminable histoire contient une foule de traits épisodiques qu’on ne trouve que là et qui n’ont pas toujours de fondement dans notre légende épique. Cf. surtout t. IY, 22 et ss., t. Y, 123 et ss., et surtout la Table analytique, fort détaillée, qui est placée après l’Introduction (1887). Nous n’avons à insister ici que sur les Suites de la Chevalerie.... = Ogier, d’après le Myreur , fait un voyage en Orient où il a à lutter contre le roi Brandis : il est ensuite (!) reçu docteur es lois et en décret. Dans une expédition à Jérusalem, il a pour adversaire Synagon et est un jour faitprisonnierpar ce païen. Il se prend d’amour pour Gracienne, fille de Synagon. Nous le retrouvons plus tard au Mont-Odile d’où il descend, à plusieurs reprises, pour se rendre à la cour de l’empereur Louis le Pieux. Il délivre Rome de Dragolant et part furtivement en Palestine. Ses aventures prennent de plus en plus un caractère merveilleux ; la lutte contre les païens ne lui suffit plus : il combat contre des animaux enchantés et contre le roi Artus lui-même. C’est alors qu’il rend visite à la fée Morgane et qu’il reste près d’elle, immortellement jeune. Il ne quitte le royaume de féerie que pour délivrer, sous le règne de Philippe-Auguste, la chrétienté menacée par les infidèles. Puis, ayant perdu le talisman merveilleux qui lui assurait la jeunesse, il vieillit tout d’un coup, se fait moine à Saint-Faron de Meaux et finit., au moment où il va mourir, par être enlevé par la fée Morgane..'. Mais ce n’est là qu’une faible partie de ses aventures, telles qu’elles sont racontées dans le Myreur. Il reste à écrire une étude décisive sur les sources de Jean d’Outremeuse : l’une des principales, à coup sûr, a été son imagination.
Otinel. Y. le Myreur des Histors , III, p. 61. C’est un abrégé succint. L’héroïne y est appelée Florence.
Prise de Pampelune. Y. les Conquestes de Charlemaine , de David Aubert, où trois chapitres sont consacrés à la Prise de Pampelune i Bibl. des ducs de Bourgogne, n° 9066 (f° 202-209). Cf. plus loin notre tome III, p. 460.
Prise d’Orange. Y. l’article consacré ci-dessus à la Geste de Guil-
LES ROMANS EN PROSE
Quant aux œuvres en prose où l’on a fait preuve d’une plus large indépendance* la démonstration, pour être plus longue, ne saurait guère durer plus d’une heure. C’est l’évidence.
laume. = Nous publions plus loin (IV, pp. 393, 397-400) les rubriques et un extrait du ms. 1497.
Quatre fils Aimon. Les versions en prose de ce roman sont représentées par deux familles de manuscrits. Dans la première (A) on ne trouve que la traduction du Renaut de Montauban , plus ou moins abégée ou développée, avec ou sans le récit de la mort de Beuves, de celle de Loyer, de celle de Bertolai. Dans la seconde, au contraire, (B) l’histoire proprement dite des quatre fils Aimon forme seulement la tête d’une grande compilation qui comprend : 1° Renaut; 2° Maugis d’ Aigremont ; 3° Mabrian. — La famille A comprend les manuscrits suivants : Bibl. nat. fr. 1481 (fin du xve siècle); Bibl. nat. fr. 19170 (xve siècle); Bibl. de Troyes, n° 743 (xve siècle); British Muséum, Royal 16 G- II (mélange de vers et de prose, xve siècle. Voy. VVard, Catalogue of romances in the department of manuscripts in the British Muséum, 1883, t. I, pp. 619-621); British Muséum, Royal, 15 E VI (de l’année 1447. Voy. Ward, 1. c., pp. 622-624); British Muséum, Sloane, 960 (xve s. Voy. Ward, 1. c. pp. 624, 625). = La famille B est représentée : 1° par le ms. de l’Arsenal, 5072-5075 (xve siècle) : magnifique manuscrit exécuté pour le duc de Bourgogne. Les quatre volumes de l’Arsenal sont complétés par un cinquième qui est aujourd’hui à la Bibliothèque de Munich (120, Gall. 7); 2° par le ms. de la Bibl. nat. fr. 19173-19177 (xve siècle) qui reproduit le même texte que celui de l’Arsenal. = Jean d’Outremeuse (t. III, p. 99) s’élève énergiquement contre la geste de Renaut qu’il trouve « pleine de fable en tous les poins », Il se contente de résumer la légende latine et de relever les fautes du poème. = Une étude plus approfondie permettra de diviser en deux sous-familles les mss. de la famille A, suivant qu’ils auront été ou non reproduits par les incunables.
Rainoart (deuxième partie d 'Aliscans). V. ci-dessus l’article consacré à la Geste de Guillaume.
Reine Sibille. V. le ms. de l’Arsenal 3351 (f° 280-379, xve siècle) que nous avons analysé plus loin (t. IV, 701-704). Cf. le Myreur des histors de Jean d’Outremeuse, (III, p. 42-51; 166-189). Le commencement de cette version diffère un peu des autres rédactions. C’est le Nain qui est ici amoureux de la Reine, et c’est Ogier le Danois qui prend résolument la défense de Sibille injustement accusée, qui arrache au Nain l’aveu de sa traîtrise et qui, enfin, le jette lui-même dans le feu. Charlemagne, cependant, n’est pas encore apaisé contre sa femme et bannit la pauvre reine. Alors, mais alors seulement apparaît, « Machar », etc., etc. C’est un ermite qui, longtemps après, révèle au fils de Sibille, à Louis, le secret de sa naissance. Il se croyait fils du pauvre Waroquier, et il apprend soudain qu’il est de race royale : « Loys l’entent, se[s] cuersfut tous at ains; — Sa mereesgarde à cuy forfitle nain», etc.
Renaus de Montauban. V. Quatre fils Aimon.
Renier de Gennes (ou de Monglane). Bibl. de l’Arsenal, 3351 (f° 34- 53 v°).V. plus loin, notre t. IV (p. 194). Les derniers mots sont les suivants • « Cy fine histoire de Regnier de Monglenne, duc de la cité de Gennes. »
LES ROMANS EN PROSE
Il est incontestable que les derniers romans en 1PART- LIVR- m.
vers, avec toutes leurs longueries et épaisseurs, avaient -
. C’est le dégoût S et pour les derniers romans en vers qui a déterminé l’engouement en faveur
Roland, Roncevaux. C’est dans le Galien en prose que s’est princi- des romans paiement conservée la légende Rolandienne; c’est notamment dans le en prose, ms. fr. 1470 de la Bibl. nat. et dans le ms. 3351 de la Bibliothèque de l’Arsenal, comme aussi dans le Galien et dans le Guérin de Montglane incunables, et c’est le cas de rappeler ici que M. Stengel a pris pour types l’édition du Galien , publiée en 1500 et celle de Guérin de Montglane , publiée par Jehan Trepperel. = Le récit de la bataille de Roncevaux d’après les sources latines est également intercalé dans un grand nombre de compilations françaises, et notamment dans les Conquestes de Charlemaine (Bibl. des Ducs de Bourgogne, ms. 9066, t. II, f° 233-362) où la Bataille de Roncevaux est immédiatement suivie par un résumé des Saisnes. = Il y a quelques éléments intéressants dans le Myreur des histors (III, pp. 109-165). En cette compilation de Jean d’Outremeuse, c’est Ogier, comme on le sait, qui joue partout le premier rôle. C’est donc lui, c’est Ogier qui prévoit de loin la trahison de Ganelon et dit au traître : « Par ma chrestientet, — Se che n’estoit por le roy amisteit, — Je te feroy[e] gehir le fauseteit — Que contre nous en chel fait as fremeit. » Pour venger la mort de Roland, c’est encore Ogier qui s’empare de Saragosse. Quant à Ganelon, dont la garde a été confiée à Otinel, il est poursuivi, atteint, jugé, décapité. Son corps est ensuite coupé en quatre tronçons qui sont destinés à Orléans, à Paris, à Laon et à Rennes. La tête est donnée à Ogier. « Belaide » (la belle Aude) meurt au bout de trois jours, et est enterrée « joste Rolland ».
= Cf. plus haut Charlemagne et Anseis, etc. etc...
Saisnes (les). Le résumé de cette chanson se trouve placé, dans les Conquestes de Charlemaine de David Aubert, immédiatement après le récit de Roncevaux.
Siège de Barbastre. Voy. l’article consacré plus haut à la Geste de Guillaume.
Siège de Narbonne. Ibid. Nous publions plus loin un extrait de la version en prose du ms. 1497 (IV, 323).
Vivien l’aumachour de Montbrant. Dans le ms. de la Bibl. Nat. fr. 19173, l’histoire de Vivien « l’Aumassour de Montbrant» est enchevêtrée avec le récit des exploits de Maugis.
Voyage de Charlemagne a Jérusalem et a Constantinople, suivi du Galien et ne faisant qu’un avec lui. = M. Stengel, dans son excellente édition du Galien le restorè de la Bibliothèque de Cheltenliam, a placé, en regard du poème, les quatre versions en prose du ms. fr.
1470 de la Bibl. Nat., du ms. 3351 de l’Arsenal, du Galien incunable de 1500 et du Guérin incunable de Jehan Trepperel. L’éditeur allemand a dressé avec le plus grand soin (p. xlvii) le « tableau de filiation » de ces différentes rédactions. — Les trois rédactions en prose de cette première partie du Galien qui répond au Voyage ont été imprimées par M. E. Koschwitz dans son livre intitulé : Sechs Bearbeitungen des altfranzôsischen Gedichts von Karls der Grossen Reise nach Constantinopol und Jérusalem (Heilbronn, 1879). = Nous publions plus loin de très longs extraits du ms. 1470 ( Voyage , III,
302-305) et du ms. 3351 ( Voyage , 298-302 et Galien , 333-340). = David
fini par agacer singulièrement leurs auditeur
1 rcHAPLTv’ n,‘ lecteurs, qui étaient naguères si patients. « Agacer »
- ne rend pas bien notre pensée : c’est « dégoûter » et
« endormir». On en avait décidément assez, de cette versification archaïque et de ces interminables couplets monorimes bourrés de chevilles ; on voulait autre chose, on voulait mieux. La prose s’offrit, parfois aussi longue, mais plus lucide, plus moderne, plus intelligible enfin, et moins chevillée. Vive la prose !
Nous avons là dessus des textes irrécusables, éloquents. L’auteur du Charlemagne et Anseïs en prose veut bien nous faire à ce sujet un aveu des plus ingénus : « L’acteur de ce présent livre, dit-il, s’est esmeü paoureusement d’en rescripre aulcuns haultains fais et translater de rime en prose a l’appétit et cours du temps1. » Un autre traducteur est encore plus explicite : « Dieu donne que je puisse translater de vieilles rimes en ceste prose l’histoire d’Aimeri de Beaulande. Car plus volontiers s'i esbat F en maintenant quon ne souloit, et plus est le langaige plaisant
PROSE QUE RIME. Ce DIENT CEULX AUXQUIEULX IL PLAIST
qu’ainsi le veulent avoir 2. » Écoutez encore, écoutez le Prologue de cette Histoire de Charles Ma7'tel où notre Girart de Roussillon tient une si grande place et dont nous connaissons la date exacte ; écoutez ce que l’on pouvait écrire en 1448 sans être un objet de scandale : « M’efforcheray d’ensieuvir la matière, laquelle j’ai prinse et translatée d’anchiennes histoires rvmées jadiz et redduite en ceste prose, pource
Aubert, en ses Conquestes de Charlemaine (1458) a g’rossoyé un Voyage « d’après un exemplaire complet du Charlemagne de Girart d’Amiens, ou d’après un texte de la même famille. » Nous en donnons plus loin une analyse détaillée (III, 295-297‘) — Cf. les traductions ou imitations plus ou moins libres de la Légende latine ou du Voyage (notamment le ms. fr. de laBibl. Nat.., fr.2457, f° 12 et ss.) et, aussi, la Fleur des histoires de Jehan Mancel (Bibl. Nat., fr. 299, f°246, 247) etc.
1. Bibliothèque de l’Arsenal, 3324, f° 1 v°. — 2. Bibl. Nat., fr. 1497.
LËS ROMANS EN PROSE. 581
que au jourd’huy les grans princes et autres seigneurs appetent plus la prose que laryme, et pour le langaige qui est plus entier et n’est mie tant constraint \ » Pesez toutes ces paroles et observez avec nous que les protecteurs, les princes, les Mécènes voulaient de la prose. On leur en servit, et tout le monde en raffola.
Il faut tout dire : il y avait des précédents. Les cyclistes de la Table ronde, comme nous le donnions tout à l’heure à entendre, avaient depuis longtemps donné l’exemple et mis la prose en gloire. Je m’imagine même que la prose de ces « Saintgraalistes » ne fut pas pour déplaire à l’auditoire un peu léger qui les écoutait, et que les femmes et les damoiseaux ne regrettèrent pas à l’excès les vers charmants et l’excellente langue de Chrétien de Troyes. Dès le xiiic siècle le Chevalier au Cygne avait subi la même transformation 1 2. C’était là, je le veux bien, un fait encore exceptionnel et presque isolé; mais au point de vue de l’avenir, il n’en avait pas moins une importance considérable. Bref, les romans en prose devinrent peu à peu à la mode, et on voulut bien leur trouver je ne sais quel air de jeunesse que n’avaient plus décidément nos pauvres vieilles chansons en vers, cacochymes, délaissées, et passées trop souvent à l’état d’articles de musée et d’antiquailles.
C’est au xme siècle que ce mouvement, disonsnous, a réellement commencé et que nos pères se sont pris à évoluer vers la prose. Si l’on a pu dire avec raison « qu’on ne connaît pas de romans français en prose du cycle carlovingien antérieur au xive siècle, et que la plupart sont du xve 3 », il n’est pas
1. Paul Meyer, Introduction de Girart de Roussillon, p. eux. —
2. Bibl. Nat. fr. 784. — 3. Pio Rajna, cité par Gaston Paris, ( Romania , 1873, p. 353.)
1 PART. UVR. tir. CHAI*. IV.
L’évolution vers les
romans en prose a commencé dès le xui° siècle ;
mais c’est aux xiv® et xv° siècles qu’il faut placer la date
de leur véritable développement
LES ROMANS EN PROSE
I TART. LIVR. IIÎ.
Essai
de classification des
romans en prose :
moins certain que, pour les autres cycles, nous possédons plus d’un type qui est visiblement plus ancien : témoin ce Chevalier au Cygne dont nous parlions tout à l’heure; témoin encore cet Alexandre , de la seconde moitié du xmc siècle, que Paul Meyer a placé en son véritable jour. Encore une fois, ce sont des exceptions, et il ne s’agit guère, en ce qui touche Y Alexandre, que de la traduction d'un texte latin (F Historia de præliis ), mais qui n’est pas cependan t sans offrir un grand nombre de modifications et d’additions plus ou moins romanesques. Somme toute, l’évolution a commencé plus tôt qu’on ne l’a cru jusqu’ici, plus tôt que nous ne l’avons cru nous-mêmes ; mais le véritable épanouissement ne s’est vraiment produit qu’aux xivc et xvc siècles, alors que les rois de France, les ducs de Bourgogne et les grands seigneurs commandèrent des œuvres en prose et que l’on se vit forcé de leur obéir. C’est à tort, d’ailleurs, que l’on reprendrait ici la thèse ingénieuse d’un érudit contemporain qui a voulu faire honneur de ces romans en prose, non pas à la noblesse, mais à la bourgeoisie. Les textes protestent, et les bourgeois, en général, n’ont pas eu le rôle qu’on leur attribue.
Quoi qu’il en soit, les romans en prose sont nés, ils vivent, et les voici sous nos yeux. Il ne s’agit plus maintenant de dater leur naissance ; mais, — comme ils sont nombreux et de physionomies diverses, — de les classer en un certain nombre de familles ou d’espèces lucidement déterminées.
Une première classification, et qui est peut-être la meilleure de toutes, pourrait être fondée sur le plus ou moins de servilité ou d’indépendance dont nos prosateurs ont fait preuve vis-à-vis des vieilles chansons. Deux grands groupes doivent ici être
LES ROMANS EN PROSE
formellement distingués l’un de l’autre : il y a un grand nombre de romans en prose qui, sauf quelques mots, semblent presque absolument copiés sur ceux en vers, et il y en a d’autres, au contraire, où l’auteur s’inspire seulement de son modèle rimé et se permet de l’abréger, de le délayer, de le modifier à sa guise. Il y a les décalqueurs , qui sont ordinairement serviles, et il y a les imitateurs qui sont presque indépendants \ C’est beaucoup plus qu’une nuance.
Peut-être serait il difficile d’établir une différence notable entre les diverses sortes de décalqueurs, et ils sont tellement esclaves de leurs originaux qu’ils ont entre eux une inévitable ressemblance et que nous aurons, tout à l’heure, quelque peine à les différencier l’un de l’autre; mais il n’en va pas de même pour les simples imitateurs. Ces honnêtes gens n’ont pas tous la même façon de procéder. Les uns abrègent 2 et condensent5 ; les autres allongent et délaient 4. Il en est qui
Les imitations et les calques;
Les abrégés et les délayages.
1. On peut, sauf exceptions, considérer le ms.de la Bibl.Nat. fr. 1470 comme le type des romans qui sont le plus souvent calqués et où l’on suit le texte en vers d’aussi près que possible. En un certain nombre de passages, au contraire, le ms. de l’Arsenal 3351 peut être regardé comme le type des romans imités, soit que le translateur délaie, soit qu’il abrège le modèle en vers. = Ce modèle est désigné, dans l’œuvre de tous nos prosateurs, par les mots conte ou histoire : « Or dit le conte, or dit l’istoire, » etc. — 2. Tel est le cas du ms. 3351, précédemment cité, et il arrive au translateur d’abréger plus d’une fois son modèle. Il en donne même une raison assez curieuse : c’est qu’il y trouve « moult de choses esquelles il n’aj ouste mie grant creance » (f°206 r°). Il faut ajouter que le même prosateur, en d’autres passages, calque ou délaie le texte en vers. — 3. Il y a des prosateurs qui se donnent pour tâche d’abréger l’œuvre des prosateurs qui les ont précédés. C’est ainsi que Ylstoire de Gerart de Roussilon de Jean Wauquelin a été, aussitôt après son achèvement (1447), l’objet d’un abrégé en vingt-sept chapitres qui nous est parvenu : 1° Dans une Histoire de Charles Martel (1448) ; 2° dans la Fleur des Histoires de Jehan Mancel, et 3° en deux éditions incunables du commencement du xvie siècle, (Paul Meyer, Introduction de Gir art de Roussillon, pp.CLiv, clv.) C’est encore ainsi que David Aubert, en ses Conquestes de Charlemaine , s’est servi, pour Gir art de Viane , d’un texte analogue à celui du ms. 3351. (V. plus loin, IV, 174.) etc., etc. — 4. Il y a certains textes, comme celui du ms. 3351, où le prosateur emploie successivement tous les procédés, le calque, la condensation et le délayage.
LES ROMANS EN PROSE
1 PAchapIV,v ,H* Prennent plaisir à consacrer une fois de plus, dans leur prose sans critique, le mélange adultère de Phistoire avec la légende \ Certains romans sont résolument en prose depuis leur preiîiière jusqu’à leur dernière ligne, et certains autres, en façon de contraste, nous offrent, çà et là, quelques éléments en vers : disjecti membra poetæ 2. Le cas est rare, mais mérite d’être signalé.
Il ne conviendrait pas, cependant, de multiplier ainsi ces différentes classifications, et il importe bien plus de distinguer nos romans en prose de certaines œuvres qui leur ressemblent d’assez près, mais ne sauraient être confondues avec eux. Nous entendons, tout d’abord, parler de ces chroniques qui, tantôt originales, tantôt traduites du latin, ont toujours un faux air de romans. Nous ne nous permettrons pas de classer parmi ces chroniques l’œuvre du faux Turpin sur laquelle on a tant disserté et qui contient en réalité tant d’éléments profondément épiques. Mais est-ce que le « Menestrel de Reims » n’a pas quelque analogie avec nos romans3? Est-ce que le continuateur poétique de cet incomparable Villehardouin qui est l’Hérodote de la France, est-ce qu’Henri de Valen-
1. C’est un accident des plus fréquents et que l’on constate surtoutdans les compilations. Tel est Jehan Mancel qui, dans sa Fleur des Histoires , se sert tantôt de la Chronique de Turpin (Bibl. Nat. fr. 299, f°249), et tantôt (pour le règne de Louis le pieux) des historiens les plus autorisés (f° 262 y0). Etc., etc. — 2. Cette observation ne s’applique guère qu’aux débuts. Tel est le cas du ms. du British Muséum 16 G II, lequel contient une version en prose des Quatre fils Aimon qui commence par 617 alexandrins. (V. Ward, Catalogue of romances in the départaient of manuscripts in the British Muséum, I, pp. 619-620.) = Certaines versions en prose sont divisées en petits couplets qui pourraient bien rappeler les anciennes laisses en vers. Voir par exemple le ms. du British Muséum Royal 15 E VI (f° 155 r° — 206 v°) — 3. Jean d’Outremeuse, en son Myreur des histors, assimile le Menestrel de Reims à nos romans. Il le cite ou le copie au même titre (IV, 476, 522, 402, V, 178, etc.)
LES ROMANS EN PROSE. 561
cienne ne s’est pas proposé d’imiter en prose les procédés et le style de nos chansons? Ils n’ont cependant aucun droit à figurer dans cette nomenclature de nos romans en prose, et nous sommes obligé de les en exclure.
Les traductions proprement dites ne méritent pas davantage l’honneur de figurer dans la liste de nos romans en prose. Je veux bien que YEpitome de Julius Yalerius et la « Lettre à Aristote » aient été la source principale de tous les récits du moyen âge qui ont Alexandre pour objet. J’admets, avec Paul Meyer et après lui, quel 'Historia de prœliis a conquis, depuis les xnc et xmc siècles, une popularité et une vogue qui ont mis dans l’ombre toutes les œuvres antérieures \ Mais, après tout, ce ne sont là que des traductions d’œuvres savantes ou qui avaient la prétention d’être savantes, et nous leur fermerons décidément notre porte, tandis que nous l’ouvrirons toute grande à ce Jean Wauquelin qui a écrit au ’xvc siècle une « Histoire d’Alexandre » où il a surtout mis à prolit Y Alexandre de Lambert-le-Tort et d’Alexandre de Bernay. La distinction est facile à établir.
Cette distinction semble ailleurs assez délicate, et il est permis de classer les « nouvelles » parmi les « romans ». Tel est le cas de cette réduction A Amis et d’Amiles que l’on a pu, sans déroger, placer en effet dans un recueil de Nouvelles; mais, malgré tout, c’est là de la chair et du sang de notre épopée. Une réduction de la Vénus de Milo, si elle est exacte, est encore une œuvre grecque.
1. Le traducteur de V Historia de prœliis imite plutôt qu’il ne traduit son texte. Il va jusqu’à l’interpoler, et c’est ainsi qu’au récit de l’entrée d’Alexandre à Babylone il ajoute un éloge fort inattendu de la France qui « est la plus vigoureuse gent du monde ». (Paul Meyer, Alexandre le Grand dans la littérature du moyen âge , p. 312.)
Les Nouvelles.
ti.
LES ROMANS EN PROSE
1 1’AchapUiv ‘ Les compilations en prose, ai-je besoin de le dire, - ont vraiment tous les droits à être admises dans la
Les Compilations. , • i . ( ,
sene de nos romans, et 1 on peut a juste titre les considérer comme des chapelets de Romans ou de Nouvelles qui, les uns et les autres, sont empruntés à notre épopée nationale. Viennent donc Jehan Mancel tenant à la main sa Fleur des Histoires; Jehan d’Outremeuse nous tendant son Myreur , et même ce très médiocre grossoyeur qui s’appelait David Aubert avec ses Conquestes de Charlemaine, nous nous garderons de les repousser, et leur crierons : « Entrez. » 11 y a plus, et nous nous persuadons ici qu’il y aurait peutêtre lieu de diviser en plusieurs périodes l’Histoire complète de nos romans en prose et de faire très largement une place spéciale à ce que nous appellerions volontiers « la période ou l’ère des compilations ». C’est de la décadence sans doute ; mais enfin, les décadences, c’est de l’histoire.
Triomphe définitif Bref, nos romans en prose triomphent, et ils triom-
des Romans . A 1
en prose. phent pleinement. 11 y a eu telle ou telle de nos chansons qui a été mise en prose, non pas une seule fois, mais deux, mais trois fois1. C’est le sommet de leur victoire. Néanmoins il faut en rabattre et constater qu’un grand nombre de nos vieilles chansons ont été alors l’objet d’un dédain inique, d’un oubli sans nom* Et ce ne sont certes pas les moins populaires, ni les moins belles.
11 ne nous reste donc qu’à jeter un regard désolé sur la liste, scientifiquement dressée, de tous ces
1. Les exemples sont nombreux. C’est ainsi que Y Alexandre a été mis en prose au moins deux fois : 1° par Jean Wauquelin dans son Histoire d’Alexandre, 2° par un translateur inconnu dont l’œuvre est conservée à la Bibliothèque de Besançon, etc. (Paul Meyer, Alexandre dans la littérature du moxjen âge, pp. 313, 328, 329). V. plus loin, dans les Notices bibliographiques consacrées à chaque chanson, l’article intitulé : « Versions en prose. »
LES ROMANS EN PROSE
romans en prose qui sont parvenus jusqu’à nous; il IPAcR^vR;u,t ne nous reste plus qu’à constater, hélas ! que ces romans sont loin de représenter la jeune vigueur grand nombre
. . c de nos anciennes
et l’idéale beauté de notre antique épopée nationale. Chansons
A A 1 ont été délaissées
Pour ne parler ici que du choix des sujets, il faut lcsp^”teurs avouer que nos prosateurs de la décadence n’ont pas xlveetxdv? siècles, toujours été heureusement inspirés. Girart de Roussillon , qui est le plus beau de nos poèmes après Roland ; Amis et Amïles, Tune de nos plus farouches inspirations épiques, et quelques autres types de notre vraie poésie française, ont pu être vulgarisés, à travers les siècles, par des prosateurs de bonne volonté, qui se sont plus volontiers attachés aux aventures d’Ogier et des quatre fils Aimon. Mais que nous estil resté du vrai Roland, et n’est-il pas trop vrai, comme nous l’avons fait observer ailleurs, que les plus antiques chansons du cycle de Guillaume n’ont guère eu de retentissement après le xvc siècle ? Bientôt, trop tôt, et grâce à une fortune bizarre, nous n’aurons plus, entre nos mains appauvries, que ces tristes volumes de la Bibliothèque bleue, les Quatre fils Aimon, Fierabras, Huon de Rordeaux, Valentin et Or son et Galien restauré.
Il est triste de penser que c’est dans ce dernier roman, d’une médiocrité scandaleuse, que s’est condensé, durant plusieurs siècles, le souvenir populaire, le souvenir glorieux de Boland. Nous ne parlons ici que de la France, et notre Boland, en effet, a laissé ailleurs une trace plus lumineuse et plus durable*
Un charmant écrivain de notre temps qui sait voyager et, chose moins commune, raconter ses voyages, nous faisait l’autre jour le récit animé de ses promenades en Sicile, et nous avions plaisir à le suivre à travers ce pays qui a conservé le rare avan-
LES ROMANS EN PROSE
I I'ART. LIVR. III. tage de n’être point banal1. Mais ce qui devait nous
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- charmer et ce qui nous charma le plus vivement dans
ces pages alertes et gracieuses, c’est, on le comprendra sans peine, ce qui touche à cette chère épopée française dont nous écrivons l’histoire.
Or, les paysans siciliens, à l’heure même où nous écrivons ces lignes, se servent encore de carrioles d’un aspect original, qui sont peintes en couleurs vives et où sont représentées, qui le croirait? des scènes fort exactement empruntées à notre légende épique, aux aventures d’Ogier ou des quatre fils Aimon, mais surtout à la geste de Roncevaux et de Roland. 11 y a loin de là aux grossières et prosaïques charrettes de nos paysans de France.
Le campagnard de la Sicile, qui prend ainsi le soin de faire peindre la mort du notre Roland sur les panneaux de sa voiture, a certainement gardé un souvenir plus profond de notre héros national que le pauvre Jacques Ronhomme qui en a été longtemps réduit à la prose inepte de Galien restauré et n’a même plus aujourd’hui cette suprême ressource.
Combien y a-t-il aujourd’hui, par toute la France, de paysans qui connaissent encore le nom, le seul nom de Roland? Je l’ignore; mais ils sont, à coup sûr, beaucoup moins nombreux qu’en Sicile.