CHAPITRE Y
LE PROSATEUR A LOUVRE. — COMMENT, AVEC UN ROMAN EN VERS, ON FABRIQUE UN ROMAN EN PROSE.
Le prosateur va se mettre à l’œuvre. Sur sa table de travail, près de l’encrier en forme de cornet et des plumes savamment taillées, s’étale un large manuscrit des premières années du xivc siècle.
Notre homme n’a pas eu le choix de son sujet, et le grand seigneur qui lui a commandé ce travail, a exigé qu’il fut en partie consacré à la glorieuse défaite de Roncevaux et à cet incomparable vaincu qui s’appelle Roland. « En partie », dis-je, et ces deux mots ne sont pas sans importance : notre prosateur en a profité pour étendre et varier son sujet. Il aurait pu choisir pour modèle un remaniement de l’antique Roland; mais il a préféré un long, long poème où Roncevaux n’est vraiment qu’un épisode et dont le héros (un héros de rencontre) est un des tard-venus dans notre épopée et s’appelle Galien.
Il y a, comme nous venons de le voir, plus d’une espèce de prosateurs, et il n’est pas inutile de connaître le groupe auquel appartient le nôtre. C’est un travailleur rpédiocre et sans prétention. S’il en est qui prennent des libertés avec leur modèle en vers, ce n’est pas lui. Il n’est pas de ces audacieux qui,
I PART. LIVR. III, CHAP. V
De la
quadruple tâche du translateur qui calque en prose un roman rimé :
« Suppressions, additions, changements, interversions. »
i part. livr. in. iisant un vieux poème, se contentent de l’abréger