Voy. notamment la Conqueste de Trébisonde
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IPAchIpUv»; m* de ces nouveautés. Mais on ne put toujours consacrer à nos romans tant de luxe, ni faire tant de frais pour eux. De là un troisième type, une troisième famille : ce sont ces romans de la fin du xvic siècle, du commencement du xvii°, qui ont déjà toutes les apparences de la Bibliothèque bleue dont ils sont la véritable origine. Voulez-vous avoir une idée exacte de ces romans à bon marché : ouvrez les livres édités à Troyes par Nicolas Oudot, le Morgant et le Mabrïan de 1615 ; prenez entre vos mains YOgier et le Meurvin de Nicolas Bonfons, en 1583; placez enfin sous vos yeux les éditions de Rigaud de Lyon. S’il y a jamais eu des livres populaires, ce sont ceux-là.
Caractères intrinsèques de tous nos romans imprimés.
Charlatanisme et réclames de leurs éditeurs.
Jusqu’ici, cependant, nous n’avons fait connaissance qu’avec la physionomie tout extérieure de nos romans ; mais il ne faudrait pas les juger seulement sur la mine.
Leurs titres, que nous ne voulons plus examiner en bibliographe, mais en critique, nous donnent une première idée de leur style. Ces titres sont de véritables réclames; mais ce dernier mot lui-même est trop pâle, et rien ne ressemble davantage à ces effrontés boniments, avec ces « palabres » que les charlatans débitent sur les tréteaux de la foire. Tout ce qui peut réveiller l’engourdissement des lecteurs est mis en œuvre avec de singulières solennités de parole : « Approchez, approchez : vous allez entendre la Conques te du très -puissant empire de Tre bisonde et de la spacieuse Asie, en laquelle sont comprises plusieurs batailles tant par mer que parterre; et maintes triomphantes entrées de villes et prises d’icelles, décorées par style poétique ; et aussi de belles descriptions de pays avec des contes
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d’amour qui n’ont jamais été lus jusqu’ici 1 ». Préfé- IPAçRpT;™in'
rez-vous le Roman de Fierabras le Géant ? « Voici, - ~ — -
voicil a Conqneste du grand roi Charlemaine des Espaignes avec les faits et gestes des douze pairs de France et du grand Fierabras, et le combat fait par lui contre le petit Olivier qui le vainquit; et des trois freres qui firent les neuf espées dont Fierabras en avoit trois pour combattre ses ennemis, comme vous l’orrez ciaprès 2. » Il y a certes de quoi faire venir l’eau à la bouche ; mais que direz-vous, ô lecteurs, de « la très plaisante Histoire de Maugis d’Aigremont et de Vivien son frere, en laquelle est contenu comment le dit Maugis, à laide d’Oriande la fée, son amie, alla dans File de Boucaut où il s’habilla en diable; ... comment il occit le serpent qui gardoit la roche, par laquelle chose il conquist le bon cheval Bayard et aussi conquesta le géant Sorgalant 3? » — « Approchez, approchez : nous possédons dans nos magasins de quoi satisfaire les goûts les plus variés et les plus difficiles ; nous .avons un vaste assortiment de fées, d’enchanteurs, de chevaliers, de nains, de géants, de batailles, de tournois, de coups d’épées, de coups de lance, de contes d’amour, de conquêtes et de beaux faits d’armes, de miracles et de merveilles de toute sorte, de rois et d’empereurs, de reines et de princesses belles comme le jour, le tout revu, corrigé, augmenté et orné de belles figures. Approchez \ »
Laissons-nous donc séduire et lisons ces œuvres Leurs Prologues, merveilleuses : « N’oubliez pas de lire mon Prologue »,
1. C’est le titre delà Gonqueste de Trebisonde, d’Alain Lotrian, sans date. — 2. C’est le titre textuel du Fierabras de Nicolas Bonfons, et c’est encore celui de la Bibliothèque bleue en 1893. — 3. Maugis de Jehan Trepperel, 1527, in-4° goth. — 4. Rien n’est exagéré, et la plupart des expressions précédentes sont textuellement empruntées aux titres de nos romans du xvie siècle, que nous avons relevés avec soin.
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• nous dit l’auteur de maint roman. Lisons le Pro- ~ logue.
Le plus souvent, l’auteur se contente ici d’indiquer ses sources : « Nous trouvons es croniques anciennes que le noble et vaillant roy Pépin espousa et prit à femme Berte de grant renommée 1 », etc., etc. Quelquefois, comme les anciens jongleurs d’heureuse mémoire, il discrédite de la belle façon et malmène tous ses confrères : « Autrefois a esté faict un roman auquel n’avoit point le quart des faits du dit Galien. » Même il a l’impudeur de répéter à ses lecteurs décidément trop crédules qu’il a, lui, consulté les vieilles annales ; il copie et ressuscite le vieux mensonge des Chroniques de Saint-Denis, mensonge usé depuis trois siècles : « J’ai tant fait que j’ai trouvé les vieilles chroniques françoises lesquelles estoient à Saint-Denis en France et en ai composé cestuy beau livre 2. » Tout l’avantage, ajoute-t-il avec une vanité satisfaite, est donc de mon côté : « J’ai remvs cette histoire en estât, tellement que si tu la conférés avec ces vieux et lourds exemplaires qui ont eu leur cours jusqu à présent , tu la trouveras repurgée de toutes erreurs, restituée selon la vérité des anciennes annales et autres fîdelles historiens et ornée d’un' élégant et fluide langage 3. » Vous vous attendez peut-être à des merveilles de la part d’un éditeur qui fait de si belles promesses : ce libraire (ô immortalité des jongleurs!) n’a fait que reproduire textuellement les versions et éditions précédentes.
D’autres étaient plus candides... ou plus cyniques. Si j’ai si bien réussi le présent ouvrage, disaient-ils,
1. Prologue de Valentin et Orson , Lyon, Rigaud, 1605. — 2. Galien restauré , Lyon, Rigaud, 1575. — 3. Les Quatre Fils Aimon, Lyon, Fr. Arnoullet, 1573.
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c’est ciu’on m’a pavé en belle et bonne monnaie : 1 PART. LIVR. III.
x A ^ < CHAP. VII.
(( Vous avez maintes fois ouy dire que pour faulte d’ar- -
gent sont demeurez maints beaux édifices à parfaire, et pourtant que j’ay esté bien payé » j’ai fait d’excellente besogne1. Voilà un auteur qui ne se piquait pas de désintéressement. D’ailleurs, il est certain que ces translateurs n’étaient pas des aigles : c’étaient, comme nous l’avons déjà entrevu, de simples scribes aux gages de tel ou tel libraire. Aussi ne se nomment-ils que rarement dans le prologue de leurs œuvres. C’est dans le Mabrian de 1503 que nous avons à peu près trouvé la seule mention de ce genre : la postérité pourra savoir que les auteurs de cette compilation s’appelaient Gui Bounay et Jean Lecœur 2.
Quelle que soit la médiocrité et l’inutilité de ces prologues, nous les préférons aux prologues savants, aux prologues philosophiques qui abondent, hélas! dans nos romans des xv° et xvi° siècles. C’était le temps du pédantisme, et nos auteurs tenaient à être de leur temps. Dès 1478, l’auteur du Fierabras nous élève aux hauteurs du beau style : « Saint Fol, doc-, teur de vérité , nous dit que toutes choses réduites par escript sont à nostre doctrine escriptes. » Le translateur de Doolin de Mayence 3 est plus long : il entreprend dans son prologue toute une théorie des origines de la noblesse. Il établit en doctes termes qu’il y en a deux, et deux seulement : le sang, la vertu. Il décerne à Adam le titre de premier noble, et
1. Galien restauré, Lyon, Rigaud, 1575. — 2. « Et qui voudra savoir les noms de ceulx qui ont dressé le présent livre et compillé, maistre Guy Bounay, licencié es loix, lieutenant du baillif de Chastelroux, l’a commencé. Et a esté achevé par noble homme Jehan Lecueur, escuyer, seigneur de Nailly en Puysange, estant à Paris pour les affaires de noble et puissant seigneur messire Régné d’Anjou... ». — 3. Édition de Vérard, in-fol. goth., 1501.
i part. livr. m. il en arrive péniblement à parler enfin « du très-fidèle,
- loyal et hardy Doolin qaem non solum excellentia gene-
ris , sed mores virtutesque nobilitant. » Ce style sent déjà sa Renaissance de cent lieues; mais nous avons encore de plus beaux échantillons à vous offrir, et, sans parler du translateur de Mabrïan \ qui parle « des ténébreux anglets de son petit entendement » et de nos ancêtres qui « ont basty et fondé par ferme stabilité et incorruptible bastiment les vrays fondemens, qui ont mis et inséré sus l’immobile pierre d’entière noblesse les colonnes et pilliers de tout honneur », sans parler de ce bavard, on trouve dans Fauteur de la Conqueste de Trebisonde un type de pédant si parfait, qu’on ne saurait rien lui opposer. Écoutez plutôt le commencement de son Prologue : « Le largiteur de lumière celeste, Apollo, par première estincele d’amour offrist son cueur à la très belle Daphné, laquelle florissant en virginité immaculée , depuis que le vouloir des Dieux l’eust muée en tousjours verdoyant laurier que iceluy Apollo choisist pour son especial arbre, lui donna le tiltre de superatrice victoire et ne permist qu’aux triumphateurs et impérissables poètes de la porter. » Et il y en a long, il y en a très long dans ce style. Ah! nous sommes bien loin du début d ' Aliscans 2 !
Leurs débuts; Après ce Prologue, les auteurs, satisfaits de leur petit entretien avec leurs lecteurs, entrent décidément in médias res. Quelques-uns imitent (rien n’est plus naturel chez un copiste) certains débuts de nos romans en vers et placent tout un printemps au com-
1. Édition de 1530, déjà citée. — 2. Quelquefois, dans ces Prologues, les auteurs nomment celui qui leur a commandé leur prose. L’auteur du Fierabras de Genève (1478) nous apprend qu'il a composé son livre à la prière de Henri Bolomier, chanoine de Lausanne, etc.
mencement de leur livre : « A l’issue de F y ver, que le joly temps d’esté commence et qu’on voit les arbres florir et leurs fleurs espanyr, les oisyllons chanter en toute joye et doulceur \ » Quant aux derniers mots, quant à la fin de nos romans, on y trouve toujours ce souhait du Paradis que déjà nous avons lu tant de fois dans nos chansons du xiic au xve siècle : « Seigneurs, qui ce présent livre lirez, nous prierons Dieu et labenoiste Vierge Marie, qu’il nous doint grâce de vivre en très bonnes meurs par lesquelles nous puissions avoir, à la fin de nos jours, vie pardurable et la gloire celeste de Paradis. Amen 2. » La finale d’un seul de nos romans imprimés fait peut-être exception à la règle générale : c’est celle à'Huon de Bordeaulx ; nousv apprenons (ce qui n’a rien de trop surprenant) que l’auteur prétendait suivre un original en vers; que son travail premier avait été achevé en 1454 et qu’il lui avait été commandé par deux puissants seigneurs, Charles de Rochefort et Hue de Longueval, et par un troisième Mécène du nom de Pierre Ruotte3.Mais en général, si vous voulez d’utiles renseignements sur les sources et la date de nos romans, allez les chercher ailleurs que dans leurs dernières phrases.
Nous venons de déblayer le terrain, et pourrons maintenant étudier en eux-mêmes, dans leur agencement, dans leurs sources réelles, dans leur style enfin , ces mêmes romans dont nous connaissons
1. Guérin de Montglave , de Jean Bonfons, sans date. — 2. Quatre fils Aymon, Lyon, Arnoullet, 1573. — 3. « Lequel livre et histoire a esté mis de rime en prose à la requeste et prière de monseigneur Charles, seigneur de Rochefort, et de messire Hues de Longueval, seigneur de Vaulx, et de Pierre Ruotte, lequel fut faict et parfaict le vint neuftesme jour de janvier l’an 1454. Explicit. » ( Huon de Bordeaux. , de Jean Bonfons.)
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IPA";;™;ln' maintenant tous les caractères extérieurs, dont nous
CjIiAI» III*
’ avons lu vaillamment les prologues, dont nous savons
par cœur les premières et les dernières lignes.
De ia nature Transportons nous de nouveau dans l’atelier tvpo-
et de 1 origine 1 J 1
rom ans incunables graphique que nous avons plus haut essayé de décrire.
enjeux ‘groupes : La « copie » d’un nouveau roman est là, sur la
reproductions table du maître imprimeur, et c’est de ce côté que se
d’œuvres . , -,
antérieures, porte notre regard.
en prose ou en r\ 1 1 • r\ n ,
vers; Quelle est cette « copie » r Quelle en est la nature
2° Les œuvres A
originaies. exacte? Quelle en est l’origine? Hâtons-nous de la feuilleter. Faisons mieux : lisons-la.
Cette copie a-t-elle été spécialement commandée par l’éditeur et composée tout exprès pour l’impression? Ne serait-elle, au contraire, que la reproduction, plus ou moins exacte, d’un manuscrit plus ou moins antérieur à l’admirable découverte de Guttenberg? L’auteur a-t-il, en ce dernier cas, travaillé directement sur un de nos derniers romans en vers, ou bien s’est-il inspiré, plus ou moins étroitement, (l’hypothèse est toute différente), d’un de ces romans en prose du xvc siècle, auxquels nous avons tout à l’heure consacré de si longues pages? Voilà ce qu’il s’agit de déterminer nettement.
La question est plus délicate qu’on ne pourrait le croire ; mais, pour ne pas laisser trop longtemps nos lecteurs en suspens, nous essaierons de leur donner la solution du problème.
Donc, à nos yeux, toutes les hypothèses précédentes sont possibles, sont acceptables.
Certains incunables ont été calqués sur des romans en vers, et certains autres sur des manuscrits en prose.
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Certains autres, enfin, sont réellement des œuvres 1 de commande, et ont été effectivement composés tout exprès pour un éditeur, lequel voulait à tout prix « de la nouveauté » et qui avait l’esprit de la payer plus ou moins cher.
En d’autres termes, plus décisifs et plus brefs, il y a lieu d’établir ici deux grands groupes parmi nos romans incunables : « Les reproductions ou adaptations d’anciennes œuvres en vers ou en prose ; les romans originaux. « Rien ne semblera plus aisé à saisir.
Prenons des exemples et choisissons des types.
Il est manifeste, d’une part, que le Fierabras de 1478 n’est que la reproduction d’un manuscrit en prose, dont la date n’est pas sans doute très antérieure à celle de l’impression \
Il est probable, d’autre part, que le Galien incunable, pour nous borner ici à cette mention, a été directement composé d’après un Galien en vers du xive siècle. Nous ne nous servons, en ce dernier cas, que du mot « probable », et n’oserions pas, en réalité, nous aventurer plus loin.
On ne saurait en effet (à tout le moins dans l’état actuel de la science) affirmer nettement qu’entre un roman en vers du xiv° siècle et un incunable du xvic, il n’ait pas existé un intermédiaire. Et par cet
1. Il existe, à notre connaissance, deux manuscrits du Fierabras en prose (xve siècle) où l’auteur déclare avoir écrit son livre à la demande d’un chanoine de Lausanne nommé Henri Bolomier. Or, cette mention du chanoine de Lausanne et du rôle qu’il a joué en cette affaire, cette môme mention se retrouve dans le Fierabras de 1478, qui est évidemment postérieur à ces deux manuscrits et appartient à la même famille de textes. L’un des deux manuscrits en question a été signalé par Senebier en son Catalogue raisonné des manuscrits conservés dans la Bibliothèque de la ville de Genève (1779, p. 452, n° 188) ; l’autre faisait partie de la Bibliothèque d’Ambroise Firmin Didot.
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i part, i-ivR. m. « intermédiaire », nous entendons un roman manu-