CHAPITRE IX
LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Tous les arts ont entre eux d’évidents et étroits rapports : les vicissitudes de l’architecture, par exemple, ne sont pas sans correspondre assez exactement avec celles du goût littéraire. C’est ainsi, pour ne pas abandonner notre sujet, qu’entre l’architecture au seizième siècle et le même art sous le règne de Louis XIV il y a les mêmes différences qu’entre les passions du public français, à ces deux époques, en matière de littérature, de poésie et surtout de roman. Sans aucun doute, la Renaissance s’était montrée oublieuse et ingrate à l’endroit de nos vieux poèmes ; mais elle en avait bon gré mal gré subi l’influence ; mais elle avait dû, notamment en Italie, accepter nos héros et consacrer leur gloire. Le xvii0 siècle n’ira pas jusque-là : il ne fera plus de ces concessions ; il rompra définitivement avec toutes les traditions poétiques de l’ancienne France et ira jusqu’à mettre de la haine dans ses oublis. C’est ainsi, pour reprendre notre comparaison entre les deux siècles, que, si vous examinez d’un œil attentif l’incomparable nef de Sain t-Eustache, vous retrouvez dans ce chef-d’œuvre une imitation manifeste autant qu’involontaire des œuvres du moyen âge : tandis que la vue de Versailles, cette « caserne à cour-
Caractère général du xvn° siècle.
LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
1 I’ART. LIVR. III. tisans » et de tous les monuments contemporains ne
CHAP. IX. L
- - vous rappellera plus en rien le passé de la France.
Nos Chansons de geste peuvent être à la fois considérées comme des poèmes et comme des romans.
Au xvif siècle, l’Epopée et le Roman devinrent deux genres complètement distincts et qui jamais plus ne devaient retrouver leur antique unité ; mais, dans Fun comme dans l’autre de ces deux genres, le siècle de Louis XIV abandonna résolument toutes les inspirations nationales. Quand on n’emprunta plus à l’anquitéles sujets et les héros de ces fictions, on lui emprunta son style, sa manière : on fit le portrait de Charlemagne, l’œil fixé sur César... ou sur Louis XIV.
Pour parler d’abord des romans qui eurent le plus d’influence sur la société du xvnc siècle, nous n’imposerons pas à nos lecteurs la désespérante lecture du Grand Cyrus 1 et de Clélie 1 2, de ces deux œuvres de Mllc de Scudéri qui ont affadi tant d’intelligences et dévoyé tant d’imaginations. Jamais plus de succès n’a couronné une plus fausse et plus ennuyeuse littérature : ajoutons une littérature moins nationale. Nous irions, oui, nous irions jusqu’à préférer à ces trop célèbres rapsodies les plus longs de nos romans en prose , Ogier le Danois avec toutes ses Suites , et Meurvin, et Mabrian, et même la Conqueste de Trebisonde. Le Roman, je le sais, ne demeura pas dans cette voie. Les bergeries de YAstrée 3, d’une fadeur plus naturelle, n’eurent pas un succès moins éclatant, ni plus durable : on se dégoûta de l’Arcadie autant que de la Perse, du Lignon autant que du Tendre, de Céladon autant que de Mandane , du grand