‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 167 sur 217 · MERERETUR QUI EJUSMODI POEMATA PROFERRET IN LUCEM · texte numérisé non relu

MERERETUR QUI EJUSMODI POEMATA PROFERRET IN LUCEM

C’était de l’intuition.

Mais Leibniz, Du Gange et les Bollandistes n’entraînèrent pas leur siècle. L’historien Mézeray fait preuve de peu de critique, lorsqu’il écrit, non sans naïveté : « Ce fameux Roland, l’Achille français, si divinement chanté par l’Arioste , l’Homère italien, était amiral des côtes de Bretagne et comte d’Angliers. Charles le fit enterrer à Blaye avec son épée à sa tête et son cor d’ivoire à ses pieds. » Et plus loin : « 11 établit en Albigeois Aymon, père des quatre preux Renaud, Alard, Guichard et Richard. » Et il ajoute : « Les romans les ont célébrés avec leur châ-

1. « Extat in variis manuscriptis et aliquoties editus liber de gestis Caroli Magni sub nomine Turpini Remensis archiepiscopi, infamibus et flagitiosis cominentis factus ab homme quopiam non modo otioso, sed imperito ac stolido, etc. » ( Acta sanctorum Januarii , t. II, p. 875.) — 2. Acla sanctorum Mail , VI, p. 811. Ce volume est de l’année 1688.

1 l'AHT. LIVR. III.

Les

Acta Sanctorum des

Bollandistes.

Mouvement général de l’érudition vers l’étude de nos vieux poèmes

LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

i part. livr. ni. tean de Montauban près de Fronsac \ » Le P. Labbe

CHAP. rx. -T

tombait dans un excès contraire à celui de Mézeray, dans sa Nouvelle Bibliothèque des manuscrits, où il condamnait sans pitié ces mêmes romans auxquels l’historien ajoutait une foi trop superstitieuse 2. En revanche, Catel, dans ses Mémoires sur l’ histoire du Languedoc, était depuis longtemps entré dan,s la vraie voie et avait discuté scientifiquement la date et la valeur du Philomena 3. Le P. Lelong préparait, pour sa Bibliothèque historique, une bibliographie fort incomplète, mais néanmoins précieuse, de nos Romans de chevalerie \ Moréri, au sujet de Roland, ne manquait pas de dire « que les romans et les poètes lui attribuaient des aventures surprenantes, et que ces contes étaient aussi fabuleux que ceux des Espagnols » . Au mot Romans , le même Moréri ne citait (chose curieuse) que « YAmadis de Gaule en vingt-quatre volumes, le Roman de la Rose, Palmerin d’Olive et Palmerin d’Angleterre », et il ajoutait gravement que « les Arabes avaient donné aux Espagnols le goût de ces fictions ». Saumaise était du même avis : rien de la France, rien de nos chansons. Entre Moréri et Leibniz il y a toute la distance qui sépare le génie de la patience et du travail. Huet, évêque d’Avranches, mérite d’être placé beaucoup plus près de Leibniz que de Moréri. Il écrivit une Letfre à M. de Segrais sur l’origine des romans , qui est presque un chefd’œuvre d’érudition et où vingt de nos chansons de geste sont citées et critiquées 3. Ménage, dans la première édition de son Dictionnaire 6, ne mettait pas en

1. Histoire de France, I, 340, 341. — 2. Nova Bibliotheca Manuscriptorum, 1657. — 3. 1633, pp. 404-409, 547-566. — 4. Le P. Lelong naquit en 1665 et mourut en 1721. La première édition de la Bibliothèque est de 1719. — 5. La première édition est de 1670. — 6. En 1694.

LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

doute qu’à Roncevaux Charlemagne « n’eût été défait I PAUT. LIVK. III.

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par les Sarrasins ». Crescimneni, avec quelque har- -

diesse, publiait à Rome en 1698 la première édition de son Istoria délia volgar poesia. Cependant l’Académie des Inscriptions et Relles-Lettres prenait tous les jours un nouveau développement en France, et ses Mémoires devenaient une sorte de Manuel à l’usage des érudits français. C’est dans ce Recueil que Galland publia son Discours sur quelques anciens poètes et sur quelques romans gaulois peu connus î. Ces romans étaient « le Brut d’Angleterre par maistre Eustace, Atys et Profylias, le Roman de Troye par Renoît de Sainte-Maure, Dolopathos et Percerai ».

Une seule œuvre analysée par Galland se rapporte directement au sujet de notre livre : c’est le Charlemagne de Girard d’Amiens. Il semblera peut-être assez intéressant de voir comment, durant les premières années du xvmc siècle, on lisait les vieux manuscrits, même à l’Académie des Inscriptions. Qui reconnaîtrait, dans ces mots donnés par Galland : a Guanelon les venetian roy Marsile ces mots qui appartiennent à Girard : « Guanelon les vendi au roi Marsile » 2 ?

Tout est de la même force 3.

1. Mémoires de l’Académie royale des Inscriptions et Belles- Lettres , II, p. 673 et suiv. — 2. Ibid., p. 680. — 3. Au lieu des vers suivants donnés par Galland :

Mais dit vous en avons la plus grande partie Et encor furent tant que j’aye ass...

L’estoire tout ainsi comme il m’est cliargitf ;

Car n’estoit que par moy soit de tout abbregiô Que cele que j’ai dit fust de tout enlardie Que Jean Bodiaux fist que les langue ot polie De biaux savoir parler et de science acquisce.

Il faut lire les suivants :

Mes dit vous en avons une grande partie Et enquore ferai tant que j’aie asievie L’estoirc, tout aussi comme ele m’est, cliargie ;

LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

Mais il est temps de nous arrêter dans une nomenclature qui est déjà si longue et que l’on pourrait encore allonger à plaisir. Nous avons dépassé de quelques années les limites duxvii0 siècle, et le siècle suivant mérite, à bien des égards, les honneurs d’un chapitre spécial.

Mes ne veuill que par moi soit de tant abregic Que cote que j’ai dit fust de riens cnledie Que Jehan Bodiaux fist à la langue polie De bel savoir parler et science aguisie...

(Bibl. Nat. fr. 778, f<> 165 r°, v°.)

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