‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 171 sur 217 · CHANSON DE ROLAND · texte numérisé non relu

CHANSON DE ROLAND

Soldats francois, chantons Roland :

De son pays il fut la gloire.

Le nom d’un guerrier si vaillant Est le signal de la victoire.

Premier couplet.

Roland étant petit garçon Faisoit souvent pleurer sa mère ;

Il étoit vif et polisson.

« Tant mieux, disoit monsieur son père.

A la force il joint la valeur:

Mauvaise tête avec bon cœur,

C’est pour réussir à la guerre. » (Refrain.)

Au paysan comme au bourgeois Ne faisant jamais violence,

De la guerre exigeant les droits Avec douceur et bienséance,

De son hôte amicalement Il partageoit la fricassée,

S’il ne faisoit pas l’insolent Ni sa fdle la mijaurée. (Refrain.)

Roland à table étoit charmant, Buvoit du vin avec délice ;

Mais il en usoit sobrement

Les jours de garde et d’exercice... (Refrain.)

IY

Roland aimoit le cotillon

(On ne peut guères s’en défendre)

Et pour une reine, dit-on,

Il eut le cœur un peu trop tendre.

Elle l’abandonne un beau jour Et lui fait tourner la cervelle.

Aux combats, mais non en amour,

Que Roland soit notre modèle. (Refrain.) 1

Voilà comment le xvmc siècle entendait la restitution de nos vieux poèmes.

Et M. de Tressan croyait si bien à l’exactitude de sa traduction qu’après le septième couplet de cette vraie chanson du Caveau, il insérait cette précieuse note que nous nous garderions bien de ne pas reproduire : « Il est a présumer que les soldats, chantant cette chanson lorsqu’ils marchaient contre l’ennemi,

NE DISAIENT QUE LES SEPT PREMIERS COUPLETS et qu'ils disaient les suivants dans le repos des garnisons. » On n’a jamais été plus loin dans cette voie 2.

Quant au style de la Bibliothèque des romans , vous venez d’en juger. Il est partout le même. C’est une suite de bergeries, signées Watteau. Du rose, du bleu, de la soie, des mouches, de la poudre, des rubans, des petits moutons blancs et des bergères en corselets de soie, de la galanterie de caserne, des grâces de capitaine aux gardes-françaises, et nos vieux héros enfin qui hantent les boudoirs et qu’on transforme en talons rouges...

Ecoutez encore :

1. Bibliothèque universelle des Romans. Déc. 1777, pp. 210-215. —

2. Cf. les Mémoires du duc des Cars (Paris, 1890, in-8°, tome I, p. 210) : « En 1780, à un dîner chez lui, le vin de Bordeaux, de Champagne, de Bourgogne, fut bu en abondance à la santé du général des dragons et du général Vioménil; puis, l’on chanta en chœur la Chanson de Roland , »

Les douze pairs sont en Terre-Sainte, ils sont prisonniers pour l’Église et pour la France, et voici le portrait qu’en trace le prétendu traducteur de Simon de P ouille : « Les soupers étoient très gais ; les jeunes seigneurs François mangeoient beaucoup, buvoient de même, chantoient et contoient leurs bonnes fortunes de France avec des détails qui auroient pu passer pour indiscrets à Paris, mais qui en Palestine (où les dames dont il étoit question n’étoient même pas connues de nom) ne pouvoient tirer à conséquence1. » Les « Enfances » de Charlemagne ont été racontées, comme on le sait, par plusieurs de nos épiques ; mais qui les reconnaîtrait dans ce récit de M. de Paulmy : « L’Aragon avoit une infante qu’on appeloit Galienne; elle était belle, vive et disposée à la tendresse. La réputation de l’aimable Maine, quelques coups d’œil qu’elle avoit eu occasion de jeter sur sa personne, avoient commencé à intéresser son cœur en sa faveur. Mais un jour, à un tournoi, le jeune Charles joua de la harpe et dansa avec une grâce infinie ; il remporta le prix de ses talents, et ce fut une couronne de fleurs qui lui fut donnée par Galienne. Bref leurs cœurs s’enflammèrent l’un pour l’autre ; et, dès lors, les confidents furent en campagne, les billets trottèrent, les rendez-vous, les protestations, les preuves d’amour et de tendresse se multiplièrent, et on se jura un amour éternel 2. » Vous plairait-il maintenant d’entendre un chant de ménestrel au xiiic siècle ? la Bibliothèque des romans va vous satisfaire. Savourez ce couplet des Quatre fils Aimon :

I PART. LJVR. III.

Citations

de la Bibliothèque des Romans.

Caractère immoral et faux de toute l’œuvre.

Laissez-vous, nobles paladins, Amuser par des tambourins,

1. Bibliothèque des romans, octobre 1777, t. I. p. 148. octobre 1777, t. I, pp. 125-126.

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