‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 177 sur 217 · Gaule poétique, III, pp · texte numérisé non relu

Gaule poétique, III, pp

i part . livr. m. s’exhalent des feux souterrains. A cette image de destruction, CHAP’ Xlll‘ à ce désordre des éléments confondus, on dirait qu’il faut que l’univers périsse pour que Roland périsse i.

« Ses compagnons ont disparu. Mais, sanglant, mutilé, il se montre encore debout, et c’est lui qui menace. Il plane sur le chaos, il lutte avec la nature, il triomphe de la mort qui l’assiège sous mille aspects divers. O prodige d’un grand cœur! audace d’un paladin immortel!... Pour la première fois le désespoir hérisse sa chevelure et inonde ses membres nerveux d’une sueur écornante. Tantôt il saisit son épée et frappe en insensé les rochers qu’il fend, les arbres qu’il pulvérise... Les monts ont tremblé, l’air a frémi, les bêtes féroces regagnent leurs tanières, le géant se cache entre les pins de la colline, et la sentinelle des châteaux lointains s’inquiète à ce chant surnaturel qui se fait entendre jusqu’à l’armée française.

«... Roland expirait. Les veines de son col robuste avaient éclaté, ses poumons déchirés vomissaient à longs flots son sang qui bouillonnait. Il expirait, et nos bataillons, entourant les bords de l’abîme, gémissent pendant trois jours sur le plus magnanime et le plus courageux des guerriers. »

Ce seul fragment suffira pour faire connaître la couleur générale de la Gaule poétique et le style de M. de Marchangy. La Bibliothèque des romans était le plus souvent galante : la Gaule poétique est presque toujours déclamatoire; M. de Tressan était pimpant, sémillant, agaçant, charmant; M. de Marchangy est enflé, pompeux, guindé, prétentieux. Les deux livres sont aussi faux l’un que l’autre.

La Gaule poétique eut, malgré tout, un grand succès : cinq éditions furent rapidement épuisées. La date de la dernière dépasse les limites que nous avons imposées à ce chapitre : elle parut en 1835.

1. On remarquera ici la ressemblance, facile à expliquer, de la prose de M. de Marchangy avec les vers de la Carolëicle. Ce sont presque les mêmes mots.

HISTOIRE DE l’ÉPOPÉE FRANÇAISE DE 1789 A 1830. — COMMENCEMENTS DE LA PÉRIODE DE RÉHARILITATION.

— h. l’érudition. •

La Révolution française n’était pas faite pour rendre à nos épopées nationales la couronne perdue de leur antique popularité. Le premier Empire fut luimême trop occupé pour songer pratiquement à cette réhabilitation de nos vieux poèmes ; mais la création de l’Institut 1 était heureusement destinée à leur préparer enfin un avenir meilleur. La classe à' Histoire et de Littérature anciennes allait peu à peu renouer les fils rompus de la tradition et reprendre tous les grands travaux d’érudition si brutalement interrompus en 1790. Parmi ces travaux, il faut avant tout mentionner Y Histoire littéraire de la France , dont le treizième volume parut en 1814. Un ancien bénédictin, dom Brial, fut le trait-d’union vivant entre l’ancienne Académie et la nouvelle : il enseigna à ses confrères tous les procédés de l’école bénédictine. Le nouveau volume fut rédigé par ce consciencieux érudit et par MM. de Pastoret, Ginguené et Daunou : il contient plusieurs Notices sur des poètes français el provençaux du xn° siècle.

De la création de l’Institut et de son heureuse influence sur l’étude de nos vieux poèmes.

Dom Brial et l 'Histoire littéraire.

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