‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 181 sur 217 · I PART. U VU. CHAP. XV · texte numérisé non relu

I PART. U VU. CHAP. XV

• peut-être rien. On ne rend pas assez justice, notamment dans le monde des érudits, à ceux qui ouvrent une voie nouvelle, qui se mettent les mains et les pieds en sang, qui se blessent, qui se meurtrissent pour nous donner le délicat plaisir de marcher un jour sur un chemin bien aplani, bien doux, sans cailloux et sans épines. Nous leur devons de la reconnaissance, et il est peu décent, à mon avis, de se moquer de ces vieux combattants, en regardant, pour les railler, les traces de ces blessures qui nous ont été si profitables. Je les remercie, quant à moi, du fond du cœur : ils m’ont appris le peu que je sais ou m’ont mis en état de l’apprendre.

Si bien choisi qu’il fut, le roman de Berte (le premier qui eut été publié en France) était manifestement une œuvre de la décadence et ne donnait qu’une idée fort affaiblie de notre antique épopée. Pour tout dire, il n’était qu’à moitié épique. En 1834, Paulin Paris publia un second poème, mais vraiment primitif celui-là, et primitif jusqu’à la sauvagerie, jusqu’à la barbarie : Garin le Loherain \ Certes il manquait à ces vers farouches le sentiment national, l’amour de la France; certes ils étaient de nature féodale et presque germanique : mais que de beautés males, mais quel accent épique I Et qu’y a-t-il de comparable au récit de la mort de Begon « le plus preux, le plus loyal chevalier qui fut jamais sous le ciel » ? Ce ne sont plus là les alexandrins doux et mous de Berte , mais de rudes décasyllabes qui sont serrés et forts comme les mailles d’un haubert. Pour beaux qu’ils fussent, ils ne convertirent pas cependant les

1. Li romans de Garin le Loherain, publié pour la première fois et précédé de l'Examen du système de M. Fauriel sur les ronians carlovingiens, par M. Paulin Paris, 1833, in-12.

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