‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 190 sur 217 · I PART. L1VR. III. CHAP. XVI · texte numérisé non relu

I PART. L1VR. III. CHAP. XVI

A l’étranger.

1 0 En Allemagne.

porta le charbon , c’est Berte, c’est Guillaume- Bras-de fer, le Marquis au court nez. Peut-être n’aurions-nous pas compris de la même façon cette adaptation populaire de nos chansons de geste à laquelle nous avions pensé nous mêmes depuis de longues années ; peutêtre aurions-nous serré de plus près le texte de nos vieux poèmes. Telle qu’elle est, l’œuvre du baron d’ Avril est une œuvre nationale, à laquelle il faut applaudir et qui mérite d’être continuée et élargie. Vienne le jour où nous pourrons introduire un Roland complet dans quelque Bibliothèque à dix centimes qui aura son million de lecteurs !

A l’étranger les travaux à l’honneur de notre épopée n’étaient ni moins actifs ni moins féconds qu’en France.

En Allemagne, le mouvement ne fut pas ralenti par les événements de 1870. Les érudits allemands se souvinrent sans doute du cordial accueil qu’ils avaient toujours reçu en France et, animés d’ailleurs par un bon esprit scientifique, se gardèrent bien de renouveler contre nous les mauvaises plaisanteries du Kutschkelied \ Puis, cette Epopée française du moyen âge les attirait de plus en plus vivement, et ils ne pouvaient s’en déprendre. Dès le lendemain de la guerre, alors que leurs soldats campaient encore dans nos villes, alors qu’il y avait tant de femmes et de mères en deuil, alors qu’il n’était pas encore possible de penser seulement à une paix durable, les philologues allemands tenaient, à Leipsig, en mai 1872, leur assemblée annuelle où M. Grœber, « privât docent »

1. Le Kutschkelied, œuvre du « loyal fusilier Kutschke » était une médiocre chanson de 1870 contre les Français et leur Empereur, que les philologues d’Outre-Rhin s’amusèrent à traduire en toutes les langues, môme en caractères hiéroglyphiques et cunéiformes, môme en vieux français et en provençal.

à Zurich, lisait tranquillement son mémoire « sur 1 PAcRHTArUxvi. 111 une branche inconnue delà Chanson de Fierabras 1 ».

On peut aisément dresser la liste des Revues allemandes où l’on est assuré de trouver périodiquement des Dissertations plus ou moins approfondies sur les origines et l’affabulation de nos chansons de geste. Cette liste est éloquente. Aux deux ou trois Recueils qui sont spécialement consacrés en France à ces études si françaises 2, l’Allemagne peut en opposer plus de dix, qui nous donnent une haute idée de l’activité des romanistes allemands3. Les Universités sont là qui tiennent en haleine toute une jeunesse travailleuse et patiente. Le professeur de l’enseignement supérieur n’a pas là-bas la même physionomie que chez nous : il lit son cours pendant une petite heure et ne vise point à l’éloquence ; mais il vit plus près de ses élèves, leur laisse plus d’initiative, les associe plus activement à son cours et en fait davantage ses véritables collaborateurs. C’est la méthode de notre École des Hautes Études, mais qui, au lieu d’éduquer vingt ou trente élèves, en forme là-bas des centaines. Appliquée à l’étude de l’Épopée française, elle a produit un grand nombre de travaux consciencieux et auxquels on ne saurait peut-être reprocher que d’être trop analytiques ; mais surtout la seule liste de ces

1. Romania, 1872 p. 400. — 2. La Romania, la Revue des langues romanes, la Revue de 'philologie française et provençale (ancienne Revue des patois , p. p. L. Cledat), etc. — 3. Archiv fur das Studium der neueren Sprachen und Literatur en (depuis 1846); Jahrbuch für romanisclie und englische Literatur, herausg. von L. Lemcke (depuis 1859) ; Literarisches Centralblatt ; Literaturblatt für germanische Philologie , herausg. von K. Bartsch (depuis 1880); Romanisclie Stuclien, herausg. von E. Bœhmer (depuis 1871); Romanische Forschungen, herausg. von K. Yolimôller (depuis 1883); Zeitschrift für romanische Philologie, herausg von Grœber. — Zeitschrift für deutsches Altertlium uncl deutsclie Literatur (dirigé par M. Steinmeyer). Etc., etc. =La Romania donne périodiquement d’excellentes analyses de ces divers Recueils.

> part. livr. .h. C0lirs suffirait pour démontrer, hélas I que notre

CHAI*. XVI. A 7 x

poésie nationale est l’objet en Allemagne d’un labeur qu’on ne connaît guère en France. Dans une petite ville comme Marbourg, qui n’a pas, je pense, beaucoup plus de dix mille habitants, M. Stengel est chaque année entouré de nombreux élèves qui viennent souvent de fort loin pour étudier avec lui l’ancien français et l’ancien provençal, et il a pu créer là-bas un Recueil de dissertations et de textes qui en est à son centième volume \ Pourrions nous constater une activité analogue dans les plus peuplées de nos sous-préfectures et dans celles-là même où il y a, dit-on, le plus de vie intellectuelle ?

Les professeurs d’outre-Rhin donnent à cette jeunesse l’exemple d’un travail intelligemment opiniâtre. Fôrster, à Bonn, a vaillamment édité tous les textes du Roncevauæ, et il ne lui reste plus qu’à nous donner enfin une édition vraiment critique de Roland; Stengel , qui , après tant d’autres travaux, vient de publier une Histoire de la versification romane , Stengel faisait, en 1878, photographier à Oxford tout le manuscrit de ce même Roland et prenait la place de tous les Français dans ce pieux devoir envers notre grand poème national; Tobler, qui a donné naguères une édition d 'Aubri le Rourgoing , prépare depuis longtemps un Glossaire de l’ancien français, et mène à bonne fin une œuvre où il s’est laissé devancer par notre Godefroy ; nous avons parlé ou parlerons ailleurs de Theodor Müller, de Conrad Hoffmann, de Mussafia, de Bœhmer, de Suchier, de Gaspary, de Vollmôller, de Grôber, de Suchardt, de

1. Ausgaben und Abhandlungen aus dem Gebiete der romanischen Philologie, veroefîentliclit von L. Stengel. Galiens li restorés forme le 84e fascicule de ce Recueil (1890)*

Koschwitz, de Kôlbing, d’Alwin Schultz et de son 1 p"";u^; 111 admirable encyclopédie sur la vie privée du moyen âge où tant de notions sont précieusement empruntées à nos vieux poèmes. En énumérant tant de noms qui doivent à notre ancienne langue et à l’épopée française le meilleur élément de leur notoriété, nous n’avons pas eu un seul instant l’idée d’établir une parallèle entre les travailleurs de France et ceux d’Allemagne, et nous ne voulons par là que donner à nos a jeunes » un coup d’éperon l.

1. Nous n’avons pas, à beaucoup près, la prétention de donner ici une liste complète des Cours professés en Allemagne sur l’Epopée française ; mais le tableau suivant, tout imparfait qu’il soit, donnera peut-être une idée du mouvement des esprits et cle la physionomie de l’enseignement dans les Universités allemandes. Nous ne nous proposons pas un autre but.

Berlin. (Académie de philologie moderne.) Malm. Sur le Giratz de Rossillio : hiver 1872-73 ; été 73 ; hivers 73-74 et 74-75. Sur la poésie provençale lyrique et épique : hiver 74-75; été 75; hiver 75-76; été 76; hiver 76-77; été 77; hiver 77-78; étés 78, 79 ; hiver 79-80. Sur la Chanson de Roland et la grammaire de l’ancien français : été 1880, etc.

Scholle. Explication de la Chanson de Roland, d’après l’édition de Th. Muller. Etés 1874, 75, 76, 77; hiver 77-78, etc.

Steintlial. Sur Giratz de Rossillio : étés 1865 et 1866. Sur la poésie épique : étés 1865, 66, 67, 69, 71, 72, 76 ; hiver 78-79, etc.

Bonn. W. Fœrster. Sur la Chanson de Roland : hiver 1877-78; été 82; hiver 88-89, etc. Sur le Voyage de Charlemagne : été 1881. Sur l’histoire de l'ancienne Epopée française : hiver 89-90, etc.

Stürzinger. Sur Giratz de Rossillio : été 1884, etc.

Breslau. Karrow. Sur la Chanson de Roland : hiver 1865-66. Sur les grands cycles de la poésie au moyen âge : été 66, etc.

Kôlbing. Sur les grands cycles de la poésie au moyen âge : été 1876.

Grôber. Sur la Chanson de Roland : hiver 1876-77.

Kôlbing. Même sujet : été 1883.

De Gaspary. Amis et Amiles : été 1884 ; hiver 87-88.

Pakscher. L’Epopée française et la Chanson de Roland : été 1888.

Erlangen. Winterling. De l’Epopée : été 1868.

Kissner. Sur la Chanson de Roland, exercices pratiques : hiver

Varnhagen. Même sujet : été 1887, etc.

Gôttingen. Theodor Muller. Grammaire de l’ancien français ; explication de la Chanson de Roland : étés 1866 et 1872 ; hivers 1875-76 et 1878-79, etc.

Vollmôller. La Chanson de Roland : hiver 1889-90.

Greifswald. Schmitz. Sur la Chanson de Roland, d’après l’édition de

1 PART. LTVR. III.

2° En Suède et en Norvège.

Il ne faut pas s’attendre à trouver chez les autres peuples la même animation , le même labeur , les mêmes résultats scientifiques qu’en Allemagne ; mais

Bôhmer : étés 1874 et 76 ; hivers 78-79 et 80-81.

Behrens. Même sujet : hiver 1884-1885.

Kosctnvitz. Histoire cle l’ancienne Epopée française : hiver 1888-89. Sur la Chanson de Roland : été 1889.

Halle. Suchardt. Ancien français (ixe-xne siècles) ; explication de la Chanson de Roland : hiver 1873-74.

Suchier. Ancienne Epopée française : été 1880.

Bôhmer. Coup d’oeil d’ensemble sur l’histoire de la poésie chez les peuples romans : été 1868. Sur la Chanson de Roland : été 1869; hiver 1872-73.

Heidelberg. K. Bartsch. Sur la Chanson de Roland : étés 1866 et 1882, etc., etc.

Iéna. Thurneysen. Laurel et Béton : hiver 1883-84. Explication du Chevalier au lion de Chrétien de Troyes avec un coup d’œil d’ensemble sur la littérature épique des Français : hiver 1883-84. Sur la Chanson de Roland : hiver 1884-85.

Ivœnigsberg. Schipper. Grammaire de l’ancien français et explication de la Chanson de Roland : été 1872 ; hiver 1873-74.

Ivissner. La Chanson de Roland : hiver 1878-79 ; été 1883 et hiver 1887-88. Le Voyage de Charlemagne : été 1882.

Leipsig. Ebert. Le Chevalier au lion et la Chanson de Roland : hivers 1865-66, 67-68, 69-70, 71-72, 73-74 ; été 1875.

Birsch-Hirschfeld. La Chanson de Roland : hiver 1880-81, etc.

Marburg. Lemcke. Grammaire de l’ancien français et Chanson de Roland : hiver 1867-68.

Stengel. L’Epopée française : été 1874. La Chanson de Roland : hivers 1881-82, 87-88, etc, etc.

Munich. Conrad Hofmann. Explication de la Chanson de Roland et du « Poème du Cid » : été 1872. Giratz de Rossilho : été 1873 et hiver 1874-75. Aliscans : été 1878, etc.

Bregmann. La poésie épique de la France : hiver 1881-82.

Munster. Ten Brink. Grammaire de l’ancien français et explication de la Chanson de Roland : été 1867.

Kôrting. Explication de la Chanson de Roland : hivers 1877-78, 80-81, 83-84. Le Voyage de Charlemagne, d’après l’édition de Koschwitz : été 1880. Amis et Amiles et Jourdains de Blaivies : étés 1884 et 1888, etc.

Rostock. Rochat. Histoire de la rime et de la construction des laisses dans l’ancienne Epopée française; la Chanson de Roland : été 1886.

Bechstein. Explication comparée de la Chanson de Roland et du Ruolandslied : été 1881.

Lindner. La Chanson de Roland : hiver 1889-1890.

Strasbourg. Ten Brink. Explication de la Chanson de Roland : été 75.

Vollmœller. Même sujet : été 1876. La Chanson de Roland et Girbert de Metz, exercices de lecture sur d’anciens manuscrits français : hiver 1876-77.

il y a cependant plaisir à voir les savants de tous les 1 1,1

pays penchés sur notre épopée et se passionnant pour elle. On se rappelle peut-être qu’un érudit Norvégien avait, dès 1860, publié à Christiania le texte de la Karlarnagnus Saga; mais, depuis lors, l’étude du vieux français est entrée victorieusement dans les programmes universitaires de la Suède comme de la Norvège : on l’enseigne, non sans succès, à Upsal 1 comme à Christiania 2 et, tout récemment encore, une chaire de philologie romane, dont le titulaire est J. Yising, était fondée à Gothembourg 3. Les travaux de Storm sont connus. Un érudit qui a encore plus de droits à notre reconnaissance, c’est Cari Wahlund, qui a patiemment rassemblé à Upsal une riche collection « d’ouvrages d’ancien français » dont il a dressé la liste avec beaucoup de méthode, d’après le Manuel de littérature française au moyen âge de M. Gaston Paris \ C’est ce même Wahlund qui, avec Hugo von Feilitzen, professeur comme lui à l’Université d’Upsal, a publié les Enfances Vivien d’après quatre textes placés intelligemment en regard l’un de l’autre et accompagnés de la vieille translation en prose française Cet exemple,

Bôhmer, Girart de Roussillon : River 1879-80.

Kosclrwitz. Explication de la Chanson de Roland : hiver 1879-80. Grôber. Même sujet : étés 1883 et 1888, etc.

Stuttgard (Polytechnicum). Scheck. La Chanson de Roland: été 1879;

hiver 1879-80. Le Voyage de Charlemagne : hiver 1880-81, etc. Tubingen. Holland. Histoire de l’ancienne poésie française : été 1871 ;

hiver 1875-76 ; été 1877 ; hiver 1879-80, etc.

Vienne. Mussafia. La Chanson de Roland : été 1875; hivers 1879-80, 1883-84 ; été 1884. Aliscans, : hiver 1876-77 ; été 1877, etc. Würzbourg. Mail. Exercices sur la Chanson de Roland: hivers 1879- 80, 1881-82,1883-84, 1887-88. Etc., etc.

1. Cours de P. -A. Geger pendant l’hiver 1872-73. — 2. Cours de J. -B. Storm à Christiania, etc. —3. Romania, 1890, p. 633. — 4. Cette « liste » a paru à Upsal en 1889. — 5. Les Enfances Vivien , chanson de geste publiée pour la première fois d’après les manuscrits de Paris, de Boulogne-sur-Mer, de Londres et de Milan. Upsal, 1886, etc.

] l'ART. LIVR. IU.

3° Au Danemark.

4° En Belgique et en Hollande.

770 LA REHABILITATION (1870-1893).

donné en Suède, pourrait fort avantageusement être suivi en France.

Au Danemark, où notre vieille légende carlovingienne n’a pas cessé d’être connue et où de petits livres populaires entretiennent toujours le souvenir de Charlemagne avec l’amour de la France, il s’est trouvé un érudit, Christophe Nyrop, pour écrire une Histoire complète de notre Epopée nationale \ un livre clairet bien composé, qu’on s’est empressé de faire passer du danois en italien 1 2 et qui mériterait assurément d’être traduit en français.

Là-bas, à Copenhague et à Kiel 3, on ne cherchait pas à nous contester la gloire de notre primauté épique : il n’en a pas été de même en Belgique, où il s’est trouvé un consciencieux érudit, M. Bormans, pour affirmer très loyalement qu’un certain nombre de nos vieilles chansons étaient d’origine « thioise », c’est-à-dire néerlandaise. Nous devons à d’autres savants « néerlandais » des travaux moins passionnés où le paradoxe n’a pas eu le même droit d’entrée, et qui ont sérieusement contribué au progrès des études romanes. Ce serait se montrer véritablement ingrat que de ne pas saluer encore une fois le nom de ce Jonckbloet qui s’est fait le chevalier de notre geste de Guillaume, et de ne pas rendre grâces à cetÀlberdingk Thijm qui a été le Simrock de la Hollande et y a si heureusement vulgarisé la légende du grand empereur

1. Ren oldfranske Heltedigtning : Copenhague et Paris, 1883. —

2. Storia delV Epopea francese neV medio evo, prima traduzione dalT originale danese di Egidio Gorra, Turin, 1886. — En Livonie, à

Dorpat, Masing a professé un cours de vieux français en 1867, 1868 et 1880, etc. — 3.M. Stimming a professé des cours, à Kiel, sur notre littérature épique et en particulier sur le Roland (été 1874; hiver 1876-77; hivers 1879-80, 1883-84, 1884-85, 1888-89; étés 1887 et 1889, etc.). — M. Sterroz a ^professé un cours dans la même ville « sur l’Epopée française du moyen âge » durant l’hiver 1874-75. Etc.

Charles L On est généralement fort injuste chez nous 1 IH-

envers la bibliographie et les bibliographes, et l’on ne se défend pas à leur égard d’un dédain qui n’a rien d’intelligent : ce sont eux pourtant, qui, comme pionniers nécessaires, nous montrent la route qui a été parcourue et le chemin qui reste à parcourir.

Tel est le caractère de cette œuvre du docteur Petit qui a pour objet la bibliographie de la littérature néerlandaise ; telle est l’utilité de ce livre où douze pages sont réservées aux frankische romans 2. En dehors du mouvement néerlandais, il faut signaler, chez nos voisins de Belgique, une véritable et excellente lièvre d’activité : nous n’avons plus à parler ici des travaux antérieurs des Reiffemberg et des Dozy ; mais c’est depuis 1870 que l’infatigable Scheler a publié plusieurs de nos romans nationaux. Il en a édité trois en la seule année 1874 3, et nous ne croyons pas qu’on puisse aisément trouver beaucoup d’exemples d’une telle activité. Si vingt érudits lui pouvaient ressembler, toute notre littérature épique serait publiée en moins de deux ans. Plus lent est Godefroi Kurth, dont toutes les œuvres sont si originales et si suggestives. Nous allions dire « si hardies », en songeant à cette Histoire poétique des Mérovingiens qui vient de paraître et où l’auteur voit tout en épopée.

L’Angleterre, qui a été Tun des premiers centres 50 En Angleterre» de notre littérature poétique, où l’on a parlé français si longtemps , où les bibliothèques sont pleines de vieux poèmes français , l’Angleterre ne pouvait se désintéresser de ces études qui sont pour elle à moitié

1. Oud nederlandsche verhalen, etc. La première édition avait paru en 1851 : la seconde est de 1873. — 2. Bibliographie der middelnederlandsche Taal-en Letterhunde , 1888. — 3. Berte, Enfances Ogier \ Beuves de Commarchis.

i part. livr. m. nationales. Deux de nos chansons, auxquelles est échue

- cette bizarre destinée d’avoir une vie et une popularité

anglaises, YOtinel et le Fierabras , ont particulièrement fixé l’attention des érudits d’outre-Manche \ Il faut ajouter que les Sociétés comme l’ Abbots forci club et YEarly english text society , ont eu chez nos voisins une initiative dont il faut les féliciter et un succès que n’ont pas toujours conquis nos Sociétés françaises. On n’oubliera pas également que les érudits allemands ont véritablement envahi l’Angleterre et y ont travaillé avec leur patience et leur énergie habituelles. Nous faisions tout à l’heure l’éloge de la bibliographie en général, et du docteur Petit en particulier : il faut associer à cet éloge M. Ward, l’auteur du « Catalogue des romans conservés au British Muséum 1 2, dans le département des manuscrits ».

60 En Suisse. En Suisse7 il n’y a guère à signaler que des cours comme ceux de Cornu à Bâle 3, de Morf à Berne 4, de Bochat 5, de Settegast 6 et d’H. Meyer 7 à Zurich. Mais les catholiques ont vu en 1889 se réaliser une de leurs plus vives espérances, et une belle Université a été enfin fondée à Fribourg. Deux chaires y ont été réservées, l’une à l’histoire de la vieille littérature française, l’autre à la philologie romane. Dans la première est monté M. J. Bedier qui vient de publier un livre si vivant sur l’histoire des fableaux, et dans l’autre l’abbé Rabiet, traducteur de la Grammaire de W. Meyer. Tous nos vœux sont pour le succès et la gloire

1. Cf. Popular romances of the middle âges de Georges Cox et Eustace Hinton Jones. Londres, 1871, — 2. Catalogue of romances in

the department of manuscripts in the British Muséum (vol. I, 1883). —

3. Sur Y Aliscans, été 1876, etc., etc. —4. Sur le Voyage de Charlema¬

gne à Jérusalem, été 1882-83; lecture d’anciens textes épiques français,

été 1884, etc. — 5. Sur le Roland , hiver 1865-66 ; été 1867; hiver 1867-68;

été 1868. Etc. — 6. Sur le Roland, été 1879; sur Aiol et Mirabel, hiver

1880-81. Etc. — 7. Sur le Jourdain de Blaivies, hiver 1884-85, etc.

de cette jeune Université, à laquelle nous souhaitons I PART. UVR. III.

J . A CHAP. XVI

d’être profondément imprégnée de ce sens catholique -

qui manque h tant d’autres établissements du même ordre; à laquelle nous souhaitons aussi d’avoir un enseignement synthétique et de ne pas se perdre dans le byzantinisme d’une pédagogie trop analytique.

Sauf une petite excursion dans la Belgique fran- 7» En Italie, çaise, nous n’avons pas encore voyagé aux pays latins. C’est ici qu’il convient de rendre tout d’abord pleine et haute justice à l’Italie et aux érudits italiens. Il y a trente ou quarante ans, c’est à peine si ce mouvement en faveur de notre antique épopée s’était manifesté de l’autre cô té des Alpes, et nous nous souvenons de cette mission scientifique en Italie, durant l’année 1856, dont nous faisions partie avec notre maître F. Guessard, et où la ferveur de notre enthousiasme pour les chansons de geste -étonnait quelque peu les savants de Florence et de Venise. Depuis 1870, les choses ont bien changé. De nouvelles Sociétés se sont fondées \ des écoles se sont ouvertes, des chaires ont été créées 2, mais surtout des hommes d’un incontestable talent se sont révélés, et il n’en est pas un seul parmi eux qui ait la valeur et l’autorité de ce Pio Rajna dont on peut rapprocher le nom de ceux de Gaston Paris et de Paul Meyer. L’auteur des Origini clell’ epopea frctncese 3 est un esprit supérieur, qui n’a d’autre défaut qu’un peu de hardiesse, avec quelques longueries dans la composition. En 1869, il se faisait connaître par une étude originale

1. La R. Commissione di testi di lingua nelle provincie dell’ Emilia, etc. — 2. On vient de fonder en Italie trois chaires de philologie romane à Rome, à Naples et à Padoue. On a nommé comme professeurs M. d’Ovidio à Naples, M. Monaci à Rome et comme chargé de cours à Padoue M. Canello. Nous félicitons l’Italie de cette intelligente initiative ( Romania , 1876, p. 256). — 3. Florence, 1884.

I PART. uvn. 111. qjjj g0 rattachait au Morqante de Pulci \ et il n’est

CHAP. XVI. 1 u

— — - guères d’années depuis lors où il n’ait publié quelque

œuvre nouvelle sur les destinées et les transformations successives de l’Épopée française en Italie. Ses travaux sur les Reali 2 et ses Fonti delV Orlando furioso 3 sont peut-être les plus connus ; mais toute l’œuvre forme un ensemble admirable où abondent les éléments nouveaux, où tout est intéressant et utile. A côté de Rajna, on ne saurait oublier E. Monaci, ni Alexandre d’Ancona avec ses Tradizioni carolingie in Italia 4, ni Joseph Pitrè avec ses Tradizioni cavalier esche popolari in Sicilia 5. A côté de ces Dissertations souvent excellentes, les érudits italiens ont compris qu’il était bon, qu’il était nécessaire de publier des textes, et ils ont fait preuve de quelque vaillance en éditant ces compilations énormes, les Reali et les Nerbonesi, d’où l’ennui s’exhale lourdement. Vandelli se donne en ce moment tout entier aux Reali G, et il y a déjà un assez long temps qu’isola a achevé de mettre au jour les Nerbonesi 7, comme aussi Geruti la Seconda Spagna 8 et le Viaggio di Carlomagno in Ispccgna \ Avec une modestie qui les honore, les Italiens ont cru qu’ils ne dérogeraient pas en traduisant les meilleurs ouvrages étrangers, et c’est ainsi qu’ils ont fait successivement passer dans leur langue le livre de Nyrop, Ben oldfranske Heltedigtning et « l’Histoire de la littérature italienne » de Gaspary, où tout un chapitre est consacré à la poésie chevaleresque de la France. Il ne nous reste plus qu’à constater, en finissant, la profonde et fraternelle union qui, en dépit de tous les accidents politiques, n’a cessé de régner entre les

1. La materia del Morgante en un ignoto poema cavalleresco del secoloxv : Bologne. — 2. 1871. — 3. 1876. — 4. 1889. — 5. Romania, 1884, pp. 315-398. — 6. La première partie du t. II a paru en 1892, — 7. 1877-1879. — 8. 1871. — 9. Même année.

érudits français et italiens. A Montpellier, le 31 mars 1875, à l’occasion de la distribution des prix fondés par la Société des langues romanes , dans cette solennité scientifique à laquelle prenaient part Mistral et Milà y Fontanals, M. Àscoli envoya d’Italie ce télégramme à ses confrères de France : « Evviva la Francia d’oc e quella d'oïl! Evviva la fraternité latina! » Malgré tant de malentendus et d’excitations à la haine, il n’est pas un seul romaniste français dont la voix ne fasse écho à celle d’Ascoli.

En Espagne les études sur notre Epopée ont eu un cours moins rapide et moins heureux qu’en Italie. Nous n’avons guères ici qu’un seul nom à citer et une seule œuvre ; mais c’est le nom de Milà y Fontanals et c’est son beau livre : De la poesia heroïco-popular castellana \ Le livre est aussi « critique » que ceux de Rajna : il est peut-être plus serré. L’impartialité de l’auteur se fait jour à travers toutes ces pages où il est condamné à raconter tant de conflits entre l’Espagne et la France, et l’on se rappelle, en le lisant, ces paroles de Gaston Paris en son Histoire poétique de Charlemagne 2 : « L’Espagne est encore aujourd’hui le seul pays où le peuple chante avec amour Charlemagne et ses douze pairs. » Milà a chanté comme le peuple.

En Portugal, il n’y a guères que Braga avec ses livres qui sont trop nombreux pour être très profonds.

Faut-il parler de l’Amérique? C’est à peine si elle o commence à bégayer le Roland 3; mais d’heureux symptômes nous permettent d’espérer quelque progrès en un avenir assez prochain, et déjà l’étude des

1. Barcelone, 1874. — 2. P. 216. — 3. Une traduction en a paru à Baltimore en 1885. Il est vrai qu’elle a pour auteur un Français, M. L. Rabillon. Depuis lors, M. Tood a publié le roman cYElioxe sous ce titre : Les Enfants changés en cygne. C’est le seul américain qui ait édité un de nos vieux poèmes,

Page 1