‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 2 sur 217 · NOMS, PAYS ET CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES JONGLEURS · texte numérisé non relu

NOMS, PAYS ET CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES JONGLEURS

Aux époques sincèrement primitives, quand les I PART. LIVR. Il

1 A 1 x CHAP. XVIf.

peuples ne savent pas lire et ne peuvent qu’écouter, -

la propagation des œuvres littéraires offre un carac- Introduction

a une

tère tout spécial et que de grands érudits ont déjà dS°jîS£es. mis en une excellente lumière. Sans doute il y a, à cette de leur apparition heure si intéressante de l’histoire, des chants populaires qui éclatent sur les lèvres des paysans et des soldats, des enfants et des femmes, de toutes et de tous.

Ce sont des cantiques ou des « péans » , des complaintes ou des rondes, des chants de guerre ou d’amour, des « actualités » (comme on le dirait aujourd’hui) ou même des satires enflammées et des cris de colère.

Tous ces chants sont brefs, aisés à retenir, et ils se propagent, pour ainsi parler, d’eux mêmes. Mais vient le moment où ces cantilènes rapides ne suffisent plus à l’activité poétique des jeunes races et à leur besoin très vif d’entendre raconter de grandes choses qu’elles puissent imiter. Ces grandes choses, ce sont des guerres qui ont été parfois compliquées et longues; ce sont des vies de conquérants et des morts de héros que l’on prétend faire connaître dans la sublimité de tous leurs détails. Il y a là matière à quelques mil-

dans l’histoire.

1 PART. LTVR. II.

Persistance des jongleurs à travers tous les siècles.

liers de vers, et l’on ne saurait, en vérité, demander aux mémoires populaires d’apprendre et de retenir des récits aussi développés. Tant que la poésie primitive conserve le caractère lyrique, le peuple tout entier sait par cœur ses poèmes et les chante luimême; mais, dès que les louanges des héros se changent en une narration plus étendue, il devient nécessaire que certaines mémoires professionnelles se chargent de narrer ces exploits, comme aussi certaines voix de les chanter. Bref, l’heure de l’épopée a sonné et, pour répandre et populariser cette épopée qui se chante, il faut des chanteurs de profession, il faut des hommes du métier.

Ces hommes du métier, ces musiciens nomades qui soutiennent leur voix par quelque instrument; qu’on rencontre aux repas, aux mariages, aux fêtes; qui sont considérés comme la voix de la patrie ; qui marchent en tête des armées et les conduisent, frissonnantes, à la victoire; ces chanteurs populaires, on connaît leurs noms. En Grèce, c’étaient les rapsodes ou les aèdes; chez les Gaulois, les bardes; chez les Scandinaves, les scaldes.

Chez nous, ce sont les jongleurs, dont nous allons essayer de raconter l’histoire et de peindre le portrait.

Ils existent encore, ces jongleurs, ces éternels jongleurs. Ils vivent, ils peinent, ils grouillent tout près de nous. Nos baraques de la foire en sont pleines, et ils ont aujourd’hui la même physionomie, les mêmes talents, les mêmes mœurs qu’autrefois. Ils ne chantent plus de chansons de geste, je le veux bien; mais ils sont divisés en un certain nombre de groupes qui sont assurément les mêmes qu’aux xiic et xnCsiè-

clés et, s’il faut tout dire, qu’aux siècles romains. 1 PART* LIVR- n

1 GHAP. XVII.

Voici les dompteurs et les montreurs d’animaux -

savants, les lutteurs à main plate, les Hercules qui soulèvent des poids invraisemblables, les désossés, les danseurs sur la corde raide, les géants, les nains et les « phénomènes », les prestidigitateurs avec leurs gobelets et leur baguette magique, les avaleurs de sabres ou d’étoupes en feu ; voici, enfin, voici l’innombrable et curieuse famille des saltimbanques. Plus loin, dans les rues, dans les cours, de pauvres loqueteux chantent, d’une voix éraillée, les romances sentimentales, les chansons patriotiques ou les couplets égrillards.

Plus loin encore, de petits orchestres ambulants font entendre des trios ou des quatuors, plus ou moins classiques, au milieu d’un public qui est toujours haletant et souvent enthousiaste. Et enfin, là-bas, dans nos ports de mer bretons, dans nos villages encore chrétiens, de braves gens s’arrêtent au milieu de la place, ouvrent devant les femmes je ne sais quelle boîte où sont des reliques; puis, déroulent une toile peinte où est représentée la vie de quelque mis sionnaire récemment égorgé pour le Christ et, devan t ce tableau plus que naïf, chantent une complainte non moins naïve et qui ne contient guère moins de trente ou de quarante couplets...

Eh bien ! ces acrobates , ces chanteurs ambulants, ces musiciens des rues, ces montreurs de reliques, ce sont LES descendants authentiques de nos jongleurs. La pérennité du jongleur est un fait qui ne saurait être contesté, et l’on voit combien il importe de remonter aux origines d’une caste aussi persistante et qui peut passer pour indestructible.

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