‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 20 sur 217 · JRenaus de Montauban , éd. Michelant, p. 111, v · texte numérisé non relu

JRenaus de Montauban , éd. Michelant, p. 111, v

2. 1° Le jour de l’Ascension (Comptes de l’abbaye de Corbie en 1345; Collection Grenier, xiv, n° 128; = 2° A la Chandeleur : « Aux menestriers de la comtesse de Montbeliart qui a esté avec Monseigneur [le duc de Bourgogne] à ceste Chandeleur darrenièrement passée... » (Mandement du 18 février 1373 : Archives de la Côte-d’Or, B. 1438, f° 48 v°) ; = 3° A l’Assomption : « A plusieurs menestriers qui furent devers Monseigneur [le duc de Bourgogne], le jour de la mi-août darrenièrement passée, et jouèrent de leur mestier. » (Mandement du 16 août 1375; Archives de la Côte-d’Or, B. 1445, f° 81, r°); = 4° Le jour du Saint-Sacrement ou Fête-Dieu (Comptes de l’abbaye de Corbie, 1325-1344. Collection Grenier, xiv, n° 128.) = 5° Le jour de la Saint- Denis : « Joculatoribus in festo beati Dionisii » (Arch. nat., LL, 1240, f° 122, ann. 1291-92, et f° 282, ann. 1302-1303) ; = 6° Le jour de la Dédicace (LL, 1. c. f° 122 v°); =7° Le jour de la saint Louis : « A la fête de saint Louis de l’année 1310, célébrée avec un éclat tout particulier, on distribue quatorze livres huit sous aux menetriers. » ( Mahaut , 1. c., p. 109); = 8° « In pluribus festis.» (LL, 1. c., f° 61 v°, 122 v°, etc.) = A Pérouse, les canterini chantent notamment les jours de fête..., et l’on espère que, par leurs chants « cives Perusini otiosi non efficientur » (A. d’Ancona, d’après des documents extraits des Archives de Pérouse : Romania, 1875, pp. 296, 297.)

processions, plus belles que les théories antiques, on irAc„V'xx'n voyait, en effet, et Ton voit, encore aujourd’hui, figurer parfois toutes les Corporations, tous les Métiers, avec leurs bannières multicolores et leurs « chefs-d’œuvre » qui sont portés sur les épaules des confrères. Les jongleurs formaient une Corporation, eux aussi, et leur présence semblait là toute naturelle. Puis, ces longues processions avaient besoin de musique et de musiciens pour scander leurs pas et animer leur marche : les jongleurs étaient encore là. Des musiciens et des pantomimes prenaient part à la procession annuelle qui, probablement le jour de l’Invention ou celui de l’Exaltation de la sainte Croix, se déroulait dans les rues de Toulouse depuis l’église de la Dorade jusqu’à la cathédrale.

C’étaient les pêcheurs qui faisaient les frais de cette jonglerie sur laquelle un vieux Cérémonial de la Dorade nous donne les plus précieux détails. Les ministri ou joculatores marchaient en tête de cette procession Let ilfaut bien se persuader ici que c’étaient des instrumentiste s, et non point des chanteurs. Ces habiles gens, d’ailleurs, se faisaient désirer et se faufilaient partout. Qu’on les convoquât à la Fête des fous, rien n’était mieux justifié, et c’était leur place ; mais ils semblaient plus déplacés aux premières

4. « Ipsi piscatores tenentur habere isto die joculatores seu mimos ob honorem Crucis...et vadunt primi ante processionem cum ministris seu joculatoribus semper pulsantibus usque ad ecclesiam sancti Stephani.» (V. Du Cange, au mot Ministelli.)=« En dehors des processions liturgiques, il y en avait de « laïques », voire d’étranges, où les jongleurs jouaient un rôle : «A Dieppe, au xive siècle, les «manants du fief Guillaume Crespin» étaient tenus « chascun an, le jour de la Tiphaine, de venir à la viconté, avecques eulx un menestrel, portant trois testes de porc creuz, et trois pommes en leurs gueuliez, et des saucisses en bassins, et cinc sous en un hanap d’argent. » {Coutumier de Dieppe, cité par Léopold Delisle, Études sur la condition de la classe agricole en Normandie, p. 89.)

aux

pèlerinages

«• messes1, et il fallut un jour qu’on leur interdît fort sévèrement d’y faire leur métier. On ne s’étonnera point après cela de les rencontrera tous les pèlerinages, où tant de milliers de chrétiens se trouvaient réunis dans l’élan d’une même foi et dans l’attente des mêmes prodiges. 11 y avait de ces jongleurs qui étaient sincèrement pieux : tel était ce brave homme qui, fort candidement, exécuta certain jour une sérénade devant la très singulière image de cette sainte barbue qu’on appelle sainte Wilgeforte, et la Sainte, en échange de sa mélodie, lui lit soudain présent d’un de ses beaux souliers d’argent Mais tous ces bohèmes, tous ces scurræ n’avaient pas toujours la même naïveté, ni la même foi, et il en était, au contraire, qui exerçaient sur les pèlerins une détestable influence. Ils se mêlaient à leurs veilles, et, au lieu de les exciter à la piété, les divertissaient d’une façon toute mondaine et allaient jusqu’à les faire danser dans le lieu saint. Il circulait, à ce sujet, des légendes que l’on se racontait avec effroi dans les pèlerinages, et où l’on assistait au châtiment terrible qui était parfois infligé d’en haut à ces jongleurs impies. A Saint-Eutrope de Saintes, il y en eut un, du nom de Benoît, qui fut frappé, en pleine église, d’un mal horrible qui présentait tous les caractères de l’épilepsie ou de la possession : les cordes de sa cithare éclatèrent , et la cithare, après être montée d’elle-même jusqu’à la voûte, en retomba lourdement et se brisa en mille pièces. A Rocamadour, à Chartres, autres prodiges,

1. « Statuts de chapitre de Beauvais, en date de 1476, par lesquels il est défendu, aux premières messes de chanoines, de n’y avoir violons, ne faire festins sous peine de suspense et excommunication. «(Collection de D. Grenier, xii, 525.) — 2. Acta SS. julii, V., p. 63- Cf. le P. Cahier, Caractéristiques des Saints, pp. 121. 122, 569.

et qui, à parler franc, ne tournent pas davantage 1 à la gloire des jongleurs qui fréquentaient les pèlerinages. . . On vit un jour arriver à Notre-Dame de Chartres deux singuliers compagnons et pèlerins. L’un était borgne et l’autre muet. Le borgne était un ménestrel, qui était doué fort richement de tous les vices de sa corporation : il était « mauparlier, janglierres,

« escharnissant et bordierres », c’est-à-dire médisant, hâbleur, moqueur et paillard. Avec cela, gourmand comme pas un et fort expert en bons vins. Au demeurant, le meilleur jongleur du monde. L’autre, au contraire, était pieux, candide et bon. Le ménestrel lui avait dit une fois, en façon de plaisanterie :

« Si nous allions nous faire guérir à Chartres, » et ils étaient partis. Seulement le borgne, avant même d’entrer à l’église, était allé tout d’abord s’attabler, dans une taverne, devant ces bons vins du pays chartrain qui passaient en ce temps-là pour « clers, sains, nés et délicieux ». Le muet, lui, sans plus attendre , entra dans l’église , et passa sous la sainte châsse comme c’était alors l’usage de tous les pèlerins. Il pria Dieu de tout son cœur, et Dieu, qui lit dans le fond des âmes, fut touché de la foi de ce pauvre homme qui soudain se mit à parler, d’une voix haute et claire, au milieu de la foule émerveillée. Ce miracle fit grand bruit dans toute la ville : on sonna les cloches à toute volée, et la nouvelle en alla jusqu’à notre jongleur qui était toujours à sa taverne, mais n’était pas encore tout à fait saoulez. Il eut même assez de présence d’esprit pour se repentir de n’être pas tout d’abord allé au moutier, comme l’avait fait son heureux compagnon. Il se prit à pleurer, mais (comme le dit l’auteur du petit poème que nous venons d’analyser), c’étaient là des larmes de vin, et

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