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ï PART. LIVR. TI.
aux monastères ; près
des évêques; aux élections des Papes ;
Dieu qui n’aime pas cette sorte de pleurs, ne guérit pas celui qui les versait ] .
Les pèlerinages n’étaient pas le seul théâtre de l’activité religieuse des jongleurs. Il paraît démontré qu’ils s’arrêtaient volontiers aux monastères et y chantaient « de geste 2 ». Ce qui nous semble plus pénible à avouer, c’est que les évêques eux-mêmes ne repoussaient pas avec assez d’indignation les services des ménestrels. On a pu dire à leur décharge que c’était uniquement durant leurs tournées pastorales, et que ces ménestrels étaient de pauvres diables de musiciens, plus ou moins improvisés, appartenant à la région ou à la ville où s’arrêtait le prélat 3. Ce sont-là, je le veux bien, des circonstances atténuantes; mais il ne faudrait pas aller complaisamment trop loin. Je comprends mieux les jongleurs aux élections des Papes où ils ne jouent qu’un rôle purement décoratif. Pendant le conclave d’où sortit l’élection de Jean XXII, on vit deux flottilles garder le Rhône et la Saône sous le commandement de Guichard de Montigny. Sur ces flottilles il y avait des jongleurs dont chacun était payé trois sous et dix deniers par jour4. Ils n’avaient rien d’officiel, et c’étaient uniquement des comédiens
1. Le livre clés Miracles de Nostre-Dame de Chartres, par Jehan Le Marchant; éd. Duplessis, Chartres, 1855, pp. 112 et ss. — 2. « Oïr la doient chevalier et baron — Et bone gent qui entendent raison — En abeïe et en religion — Et en quaresme et en toute saison. » (Début d 'Aimeri de Narbonne.) Les jongleurs ont pu, en effet, chanter « de geste» dans les monastères; mais « en quaresme » non pas. Ils ont pris leur désir pour la réalité. — 3. « On amenait volontiers à un évêque en tournée pastorale des ménestrels pour le réjouir. C’étaient alors des gens du lieu et de bien pauvres musiciens. L’évèque Swinfield, dans une de ses tournées, donne un penny par tète à deux ménestrels qui viennent jouer devant lui; mais, dans une autre circonstance, il distribue douze pence par tête. » (A roll of the household expenses of Richard Swinfield, bishop of Hereford, édité by J. Webb, Camden-Society, Londres, 1854-1855, t. I, pp. 152 et 155. Cité par Jusserand, La vie nomade en Angleterre, pp. 122, 123.) — 4. Archives nationales, p. 1402.
chargés d’amuser les loisirs des soldats. Leur rôle aux 1 PART- L,VR- 11
veillées des morts offre un caractère à la fois plus in-
time et plus chrétien; mais j’aime surtout aies voir au aux veillées
chevet des malades 1 où les appelaient plus d’une fois au chevet des
11 1 malades;
les mères anxieuses qui avaient les yeux fixés sur leurs enfants en péril et qui croyaient qu’un peu de musique réveillerait leur prostration ou adoucirait leur délire. C’était une de leurs fonctions les plus communes, et personne ne s’étonna de voir un jour la comtesse Mahaut mander je ne sais quel harpiste pour soulager une jeune fille souffrante 2. Ce nous est une occasion de déclarer, une fois pour toutes, que, dans cette longue monographie des jongleurs, nous nous efforçons de donner aux « chanteurs de geste » la première place, mais qu’il nous est difficile d’exclure les autres. On voudra bien comprendre notre embarras et se rappeler surtout que le même jongleur, comme nous l’avons établi plus haut, faisait souvent vingt métiers différents.
C’est à dessein que nous n’avons pas encore mis aux
. i , . . | , adoubements ;
en relief le rôle considérable que jouent les jongleurs dans la vie militaire des barons de leur temps. Tel est leur champ d’action le plus habituel et le plus honorable, et ils y sont vraiment à leur place. La chasse, les tournois et la guerre sont, en effet, avec l’amour et souvent après lui, les trois passions qui occupent et animent toute la vie d’un châtelain du
1. V. le Pénitentiel de Thomas de Cabham, cité en la note 1 de la page 21: « Sunt autem alii [histriones] qui dicuntur joculatores... et faciunt solatia hominibus in ægritudinibus suis. » (Bibl. nat. lat. 3218, f° 32 v° et 3529 f° 30.) C’est ce qui est fort exactement traduit dans le Jardin des nobles, au xve siècle : « Les lrystrions ou jongleurs peut l’on permettre... qui font esbatement devant les malades et les tristes pour les consoler. » (Bibl. nat. fr. 6853, f° 342. Cf. P. Paris : Manuscrits français de la Bibliothèque du Roi, II, p. 144.) — 2. Mahaut, comtesse d’Artois, l.c., pp. 108, 109.
1 p™T/nL,Jv' “* moyen âge : et encore la chasse et les tournois doi-