‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 24 sur 217 · Lavoix, ibid., p. 20L · texte numérisé non relu

Lavoix, ibid., p. 20L

part. livr. u. et la puissance. Il y venait en foule des ménestrels

- « de tout le royaume de France et des autres pays »,

et c’était surtout pro cantilenis novis addiscendis qu’ils s’y abattaient de tous les points de l’horizon. Les barons y envoyaient leurs ménestrels pour y rajeunir leurs idées et y refaire leurs programmes. Cette ville de Beauvais, avec son incomparable cathédrale inachevée, se donnait tous les ans le spectacle curieux de ces centaines de comédiens et de chanteurs qui se coudoyaient dans ses rues, et le carême là-bas devait en perdre quelque peu de sa légitime et nécessaire austérité. Aucune école ne saurait être comparée à celle de Beauvais 1 2 * 4.

Cependant il y en avait d’autres qui n’étaient pas sans gloire : telles étaient celles de Lyon, de Genève et de Bourg-en-Bresse. Le comté de Savoie était un centre de ménestrandie, et rayonnait sur toutes les provinces voisines \ Au nord, Cambrai avait aussi son

1. « Aus menestreux de nos grans seigneurs du royaulme de France et d’aultres pays qui tinrent leurs escoles au dit Beauvais, au miquaresme l’an mil CCC. IIIL* et V ; leur fut donné par deliberacion x frans qui valent vm livres. » (L’original de ce Compte est au carton n° ix de la Collection de M. Aux Cousteaux.) = « A plusieurs rnenestrelx [d’Abbeville]... pour aler as escolles a Beauvais cest quaresme. » (. Documents relatifs à V Histoire du tiers état , IV, 229, n° 7, d’après une pièce de 1398 appartenant aux Archives d’Abbeville.) — « Item aux menestrieux et corneurs qui firent à Beauvais leur feste et assemblée en caresme... » (Collection de M. Aux Cousteaux, ibid., Compte de 1399-1400. Cf. plusieurs autres textes de même date, attestant l’existence à Beauvais d’une Ecole de jongleurs: (Charvet, Recherches sur les anciens théâtres de Beauvais, p. 21) : « Dati sunt de gratia panes ducenti capitulares mimis in hac civitate de diversis partibus pro cantilenis novis addiscendis confluentibus. » (Extrait des Registres capitulaires, 11 mars 1402, Collection Aux Cousteaux, cart. n° 27). = « Aux menestrés de M. de Croy, xvi sous... pour aler

APRENDRE A L’ESCOLE A BEAUVAIS, Comme ILZ ONT ACCOUSTUMÉ D’ALER

chascun an. » (1er mars 1429? — Collection Grenier, xiv, n° 132.) —

2. « Les réunions des scolæ mimorum se tenaient chaque année tantôt

à Lyon, tantôt à Genève, tantôt à Bourg-en-Bresse... Les Archives de

la Chambre des Comptes de la Trésorerie de Turin nous donnent à cet égard des renseignements curieux. Ces pièces, nouvellement publiées par la « Société académique de Savoie » (1878, XVII, p. 11), sont en

petit rayonnement 1 ; mais il n’est pas besoin de dire 1 PAc“1' que Paris était, comme il l’est encore, un aimant fait" pour attirer les comédiens, les musiciens et les chanteurs du monde entier 2. C’est une de ses vocations.

Tant de jongleurs accumulés et grouillant dans la même ville y devaient faire quelque dépense. Ils étaient gens à bien manger et à bien boire. A qui incombaient tous ces frais? Aux municipalités qui ont souvent encouragé ces synodes de ménestrels 3. Beauvais se signale par sa générosité qui ne devait pas être absolument désintéressée 4. Les grands seigneurs paient pour leurs ménestrels 5, et tout ce petit monde vit et

général du commencement du xive siècle; mais il ne semble pas que les écoles de ménestrandie dont elles parlent y soient citées comme une institution récente » (Lavoix, 1. c., p. 199.)

1. Lefebvre, dit Faber : Matériaux pour l’histoire des arts dans le Cambresis, 1870; cité par Lavoix (1. c. pp. 200, 201). — 2. La fameuse Ordonnance du 24 avril 1407 interdit seulement, comme on Ta vu plus haut, d’ouvrir de ces écoles sans un congé spécial du Roi des ménestrels: «Et aussy ne pevent ou doivent yceulx menestrelz commancier escolle pour monstre[r] ne aprendre menestrandise, se ce n’est par le congié et licence des diz Roy ou députez. » ( Ordonnances des Rois de France , IX, p. 199.) — 3. « A plusieurs menestrelx chi après nommés et desclairés, qui paiés leur ont esté de don aux frais des grâces de le ville pour aler as escolles a Beauvais... » (Archives d’Abbeville, Compte des Argentiers, en 1398.) Etc. — 4. Comptes des dépenses faites par la municipalité de Beauvais pour dons et courtoisies : « Aux mené streux de nos grans seigneurs de France et d’aultres royaumes qui se assemblèrent à Beauvais au miquaresme l’an mil ni0 iiiixx et mi, et aussi au mi-quaresme mil iiic imxx et v ensuivant. Et leur fut donné, au jour qu’ilz firent leur feste, comme il est acoustumé de faire chascun an quant il font leur escolle, c’est assavoir deux queues de vin... demi cent de carpes... et, le dit an imxx et v, vm frans qui valent vi livres vm sous... » (Original, Collection de M. Aux Cousteaux, carton n° ix.) = Le chapitre de Beauvais contribuait aussi à ces dépenses et accordait des gratifications mimis scolas artis sue apud Belvacum tenentibus. » vExtrait des Registres capitulaires, Collection de M. Aux Cousteaux, carton xxvn.) — 5. « Aux menestriers de Monseigneur [le duc de Bourgogne] pour don fait à eulx par Monseigneur, ceste fois, de grâce especial pour aler aux escoles, par mandement de Monseigneur sans autre quittance, donné xxv de mars CCCLXXVII... c franz. » (Archives de la Côte-d’Or, B. 1452, f° 65 r°.) = Autre Mandement du 6 mars de la même année 1377 (lisez 1378) en faveur des dits ménétriers « pour aler de Gand en Alemaine aux escoles et retourner devers Monseigneur et pour supporter les frez et missions qu’il feront ou dit voiaige » (Ibid.). = « En 1377 et 1373, le châtelain de Bourg-en-

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