Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p
Deux
poèmes français ont
principalement influé sur la poésie allemande : le Rolant et Y Alise ans.
la vielle sur la poitrine, chantent dès lors à plein gosier Charlemagne et ses pairs. Non, c’est surtout affaire de lettrés1, et, qui pis est, de translateurs. En Allemagne, nos vieux poèmes n’ont guères été que traduits ou servilement imités. Est-ce que des traductions ont jamais conquis une véritable popularité? Est-ce qu’elles sont vraiment de la poésie? Est-ce qu’elles peuvent surtout être jamais considérées comme l’expression d’une littérature nationale?
Parmi ces traductions ou ces imitations de l’épopée française, il en est deux qui, par-dessus toutes les autres, méritent ici de fixer l’attention et en dehors desquelles il n’y a eu en Allemagne rien de véritablement « influent ».
C’est le Ruolandes Liet du prêtre Conrad et le Willehalm de Wolfram d’Eschenbach.
Sans doute, il n’y a là que des « adaptations » germaniques de notre Roland et de notre Aliscans ; mais il faut avouer que ces lettrés allemands ont eu la main heureuse et qu’ils se sont attaqués à nos deux maîtresses-chansons, comme aux plus populaires de tous nos héros. Les deux poèmes qu’ils ont « rapprochés de leur langue » sont merveilleusement choisis : ils résument puissamment nos deux premiers cycles épiques et sont comme l’abrégé de deux gestes immenses. La beauté, la vraie beauté primitive et épique, y éclate surtout plus qu’en aucun autre de nos vieux
1. «Chez les nations germaniques, l’Épopée française fut surtout une implantation plus ou moins artificielle due à des poètes lettrés, tandis que chez les nations romanes, elle eut une nouvelle vie populaire.» (G. Paris, 1. c.)Cf. la page 129 où, en parlant de l’Allemagne dans ses rapports avec notre épopée, l’auteur de Y Histoire poétique condense sa pensée en ces mots : « Le terrain [allemand] n’était pas favorable. »