I. EN ALLEMAGNE
Charles et Eleqast , et cle quelques poèmes allemands 1 I>ART- L1VR- «•
° L A J CHAP. XXllt.
comme le Ruolandes Liet , YOspinel et Morant et G a- -
lïenne. «S’inspirer » est même un mot trop fort et qui ne s’ajuste point au très mince mérite du compilateur anonyme. Comme l’a dit Gaston Paris, à qui revient l’honneur d’avoir élucidé à la française tant de points encore obscurs et qu’il nous faudrait citer ici presque à toutes nos pages, « sa tâche, s’est bornée à coudre les uns au bout des autres, les différents poèmes qu’il a réunis et à les relier par quelques morceaux de son cru où il suit les historiens latins » . Auprès de ce collectionneur, Girart d’Amiens semblera un géant.
Des emprunts directs à l’épopée française, il n’y en a pas davantage, dans cette « Chronique de Weihenstephan 1 » qui a été déjà l’objet de plus d’un bon travail. L’œuvre, qui est en prose, aurait été composée au xive siècle ; mais nous n’en possédons que des manuscrits du xvc, et l’un d’eux a été découvert, tout récemment, dans la bibliothèque de l’Institut de Fi xmce 2. Le chroniqueur bavarois de l’abbaye de Saint-Etienne n’a pas été chercher très loin les matières d’une œuvre qu’il estimait historique. A l’auteur du Karl au Stricker, il a demandé tout ce qui avait trait à l’histoire de Berte et des enfances de Charles, comme aussi (et c’est la partie la plus considérable de son œuvre) toute l’affabulation de la défaite de Ron-
1. Dans la Romania de 1882 (p. 110 et ss.), G. Paris nous offre un résumé de la Chronique de Weihenstephan qui suffît à nous en faire connaître les éléments constitutifs. — 2. E. Dcenges (auteur d’une Dissertation sur l’épisode de Baligant dans la Chanson de Roland, Marbourg, 1879) établit qu’il existe à Munich deux manuscrits de la Chronique (Codices Germanici, nos 259 et 316) et insiste tout particulièrement sur «le rapport de la dite Chronique avec le Stricker. « Suivant M. Dœnges,.ce rapport ne serait pas aussi étroit qu’on a pu le croire, et il paraît probable que la Chronique s’appuie principalement sur un poème allemand antérieur, et non sur le Stricker.» ( Romania , 1882, p. 409.)
I PART. LITO. II.
Conclusions
sur
les emprunts que la poésie allemande a faits à l’épopée française.
cevaux; à la « Chronique d’Enenkel » il a emprunté le joli conte de la « cloche de justice » et de la couleuvre qui vient un jour, en la sonnant, se plaindre à l’empereur des envahissements d’un crapaud ; et c’est à la même source qu’il a également puisé le récit de la fameuse charte qui descend du ciel « pour remettre à Charles un péché qu’il n’avait pas avoué en confession 1 ». Le chroniqueur, en général, n’embellit pas ses modèles ; il les délaie, et, comme il ne manque pas d’une certaine imagination, il y ajoute. Sauf quelques traits, rien d’original, et surtout rien d’immédiatement français. Quelques rayons très lointains de notre épopée, et c’est tout.
Tel est aussi le jugement que l’on peut porter sur la Chronica Bremensis de sancto Carolo et de sancto Wilhlialdo, qui est plus connue sous le nom de « Chronique de Wolter ». Dans cette œuvre, qui fut écrite vers 1460, on trouve certaines originalités de légende qu’on ne trouve guère que là. Laprovenance française n’en est aucunement démontrée, et tout, au contraire, semble y révéler des sources allemandes l.
Voilà, comme on le voit, bien des éléments germaniques, et l’on peut se demander quelles sont, en résumé, les chansons françaises, les véritables épopées, qui ont été, sans intermédiaire, imitées outre Rhin.
Nous disons « imitées », et non pas « connues » : la différence est notable.
Somme toute, on ne peut légitimement signaler ici que le Roland ‘ et YAliscans, modèles évidents du
1. Il y a, à la fin de la Chronique de Weihenstephan, un épisode ou, pour mieux parler, une Continuation qui ne se trouve pas dans la Chronique d’Enenkel : c’est l’histoire de cet anneau magique « qui causait la passion de l’empereur pour un cadavre jeté dans un étang, etc. » ( Romania , L c., 113.) — 2. V. plus loin notre t. III, p. 13(d’après Y Histoire poétique de Charlemagne, p. 228).
î. ÈN ALLEMAGNE.
Ruo/andes Liet et du Wïllehalm , la Bataille Loquifer , le Montage Renoart et le Montage Guillaume où Ulrich von Thürheim a trouvé la matière de son Rennewart ; et la Reine Sibille qui a pu servir plus ou moins prochainement de type à un poème allemand du xivc siècle , assez populaire , X Innocente reine de France. XlOtinel, d’ailleurs, n’est parvenu en Allemagne que sous un vêtement bas-rhenan, et Wolfram, comme nous l’avons dit, n’a fait, tout au plus, que connaître le Charroi de Nîmes et la Prise F Orange. C’est tout.
Il est vrai qu’il y eut une xvie siècle, et les presses allemandes répandirent alors dans tous les pays germaniques des versions en prose de ces memes romans, très français, qui, en France, étaient dans le même temps imprimés et réimprimés à tant de milliers d’exemplaires. Renaus de Montauban 1 et Fierabras 2 eurent chez nos voisins la même vogue que chez nous. Il faut, pour être complet, remonter au xvc siècle et ajouter à cette nomenclature cet étrange Hue Capet qui était un peu oublié parmi nous et ne méritait guère que cet oubli 3. Bref, rAllemagne eut comme nous sa Bibliothèque bleue, et ce fut un peu
sorte de réaction au Dernier coup dœii
sur la destinée de
nos poèmes en Allemagne.
Les
livres populaires au xviD siècle ; le
romantisme à ”la fin du xvme ; l’érudition au xix°
1. Grœsse signale une édition de 1535 (Siemmern, J. Rodler) une seconde de 1604 (Cologne, d’après une rédaction d’origine flamande); une troisième sans date (Nuremberg), etc. En 1838 on réimprimait encore à Leipzig, notre vieux roman en allemand (Marbach, Deutsche Volksbücher). Etc. — 2. Une édition allemande parut dès 1533 : Fierrabras , eyn schone Kurtzweitiye Histori von eym machtigen Riesen ausz Hispanien Fierrabrcis gênant... newlich ausz Franz'ôsicher Sphraclx in Teustsch gebracht... Getruckt zu Siemmern, durch Jheronimus Rodler. MDXXXIII, in-f°. Une autre édition, s. d., fut publiée à Francfort, in-8, et une autre, en 1594, également à Francfort. Etc. etc. — 3. La traduction allemande de Hue Capet fut publiée pour la première fois en 1500 sous le nom de Hug Schepler. On en a signalé jusqu’à six éditions. Dans la dernière qui fait partie des Nouvelles de Bulow Bruns wyg, t. 1 et qui a paru en 1841, le texte a été rajeuni et accommodé au goût du jour. — L’auteur de la traduction originale est Elisabeth de Lorraine, comtesse de Vaudemont, mariée au comte de Nassau Saarbruch et morte en 1456. Cette œuvre paraît avoir été écrite vers 1440. ( Histoire littéraire, XXVI, 714.)
K chap. xxm.11’ la nôtre. En 1809, en pleines guerres de l’Empire, on réimprimait tranquillement le Fierabras qui fut lu peut-être par plus d’un conscrit allemand ; mais cette date de 1809 est significative, et nous avertit que nous sommes arrivés au terme de cette histoire de notre épopée au-delà du Rhin. 11 importe cependant de ne pas ici passer sous silence cet admirable mouvement romantique de la fin du dernier siècle, du commencement du nôtre, qui sera l’éternel honneur de l’Allemagne. Cette renaissance, ce renouveau ne furent pas et ne pouvaient être défavorables à notre poésie nationale du moyen âge, et l’un des caractères du romantisme, en Allemagne comme en France, ce fut précisément cette très juste et très efficace revendication en faveur des siècles chrétiens et de leur beauté artistique. Le pauvre Alscinger en 1787, en était encore à traduire la piteuse Bibliothèque des Romans de M. de Tressan et à lui emprunter, hélas I le sujet d’un Doolin von Mainz qui eut deux éditions en dix ans. Mais avec la magnifique pléiade des grands poètes nouveaux, toutes ces sottises , toutes ces erreurs s’effacent. \d O ber on de Wieland parut en 1780, et mérita cet éloge de Goethe : « Aussi longtemps que l’or sera réputé de l’or et le cristal du cristal, Oberon sera lu et admiré comme un chef-d’œuvre. » L’origine première de ce poème en ottave rime était certainement française, et l’on y peut aisément reconnaître notre H non de Bordeaux transformé et embelli. Mais c’était à Uhland qu’il était réservé de ressusciter en Allemagne une gloire plus pure de notre vieille épopée, la gloire de Roland. L’un de ses chants les plus populaires, l’un de ceux que les soldats et les étudiants ont le plus goûté, c’est le Petit Roland où il y a un reflet de nos Enfances Rolant et qui se termine par ces paroles de