‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 45 sur 217 · I. EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

I. EN ALLEMAGNE

Berte à Charlemagne : « Petit Roland deviendra, ^ I PART. LIVR. II.

l’exemple de son roi, — Une grande figure de héros -

— Et rendra au salut et à l’honneur — Sa patrie gémissante. » Les Allemands qui chantaient cette strophe vibrante étaient persuadés, croyez le bien, que le mot « patrie » ne pouvait ici s’entendre que de l’Allemagne. Ils le croient encore.

Il faut leur rendre cette justice qu’ils ont aimé notre Epopée comme si c’était la leur, et qu’ils en ont fait, depuis soixante ans, l’objet incessant de travaux originaux , profonds , décisifs. Après leurs poètes sont, en effet, venus leurs érudits, qui ont tenu en aussi grande estime notre Roland que leurs Nibelungen. On aurait quelque peine à se faire une idée exacte de tant de labeur si consciencieusement, si généreusement dépensé. 11 faudrait ici signaler, une par une, les oeuvres de W. Grimm, de KarlBartsch, de Conrad Hoffmann, de Théodore Müller, de Tobler, de Mussafia, de Kœlbing, de Fœrster, de Koschwitz, de Stengel, et de vingt, de cent autres. Il n’y a pas d’année où trente ou quarante professeurs ne choisissent, pour programme de leurs cours, l’examen critique de quelqu’une de nos vieilles chansons, et je sais là bas telle petite ville de huit mille âmes où le professeur réunit autour de lui jusqu’à cent élèves pour les initier à l’austérité de ces études.

Une telle activité nous a nous-mêmes animés, et notre France, sur ce terrain, a décidément pris ou repris le premier rang qu’elle saura garder. Mais, sachons le bien, il y a encore beaucoup à faire.

Aspremont , le Montage Guillaume , Beuves d’Hanstone, presque toute la geste des Lorrains , et je ne sais combien d’autres chansons, sont encore inédites : il convient que les Français ne se laissent pas devancer par

* chYp 'xxui " des éditeurs qui ne soient pas français. 11 y va de notre

- honneur. Surtout songeons àvulgariser nos vieux textes

et à composer enfin un Recueil qui ressemble au livre admirable de Simrock en Allemagne l. Ce Simrock a recueilli avec un zèle pieux toutes les légendes c.arlovingiennes, qu’avec une parfaite bonne foi il a crues profondément allemandes, et il a mis vaillamment aux mains des enfants allemands un certain nombre de contes charmants dont l’origine française ne saurait, aujourd’hui, être douteuse pour personne. C’est un nouveau « Simrock » qu’il convient d’écrire pour nos écoles. Qu’on l’écrive aujourd’hui et qu’il soit

demain aux mains de tous nos écoliers . et de tous

nos soldats.

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