Kerlingis clies Heldenbuch
LES VOYAGES DE l’ÉPOPÉE FRANÇAISE. - II. EN NÉERLANDE
C’est par fragments qu’elle nous est surtout parve- I PART. LIVR. II.
nue, cette poésie néerlandaise qui s’est inspirée de -
notre épopée nationale ; mais, à en juger par le nom- imitations
i i P <ii . , . néerlandaises
bre de ces Iragments, elle a eu un développement con- de
-*■ notre poésie
sidérable, une vie puissante, une phase glorieuse. Quant nationale.
1 ' L ° Leurs principaux
à l’originalité, c’est autre chose, et il ne faut rien lui EZmè™ttn demander de semblable. Il est peu de régions où l’on cydieCeiiesCquileT trouve moins de légendes de terroir, moins de récits nationaux, moins de traditions épiques. Je sais bien qu’à chaque découverte de ces fragments dont nous parlions, les savants hollandais et flamands ne manquaient pas, il y a quelque vingt ou trente ans, de s’écrier avec enthousiasme : « Voilà qui est certainement à nous ; voilà qui est vraiment néerlandais ; voilà qui est thiois. » Le plus simple examen critique détruisait rapidement des illusions aussi respectables, et force était d’avouer qu’au fond de tous les poèmes néerlandais, on trouvait, sans chercher trop longtemps, une chanson française qui en avait été l’original et le modèle. C’est ce que nous allons voir.
Dans la geste du Roi, c’est Roland, ici comme en Allemagne, qui tient la première place, et c’est préci-
iPART.LivR.n. sèment au sujet d’un livre de M. Bormans1 que s’est
- engagée naguère une des premières batailles entre les
néerlandistes à outrance et l’érudition française. Je ne pense pas qu’un seul « thiois » s’entête à contester aujourd’hui la véritable nature des quatre fragments du xiiic siècle qui ont été publiés par M. Bormans, et il est prouvé jusqu’à l’évidence que deux d’entre eux dérivent d’un texte analogue à celui d’Oxford, et que les deux autres sont empruntés à ces remaniements du Rolant qu’on désigne aujourd’hui, pour plus de clarté, sous le nom de Roncevaux.
Après Boland, Charlemagne ; mais il convient d’avouer que l’oncle n’a pas été aussi bien traité que le neveu. Il n’y a guère à signaler ici qu’un Mainet néerlandais copié sur un Mainet français, lequel est attribué par certains érudits à la seconde moitié du xiic siècle, par d’autres au xme, et qui ne nous a été conservé que dans le Karl Meinet allemand 2. Dans cette même compilation allemande, nous trouvons uq autre emprunt à la poésie néerlandaise du xnc siècle, et nous voulons parler de cet horrible petit poème (d’origine française, hélas!), qui pouvait porter ce titre : Charles et Elegast, et où l’on voit le grand empereur se faire tranquillement voleur de grand chemin 3. Ce serait le cas de reprendre une thèse qui nous est chère et de montrer combien la réalité historique est supérieure aux fictions légendaires. L’ancienne Chanson des Saisnes ne serait pas assurément pour nous
1. J. -H. Bormans, La Chanson de Boland, fragments d'anciennes rédactions thioises, avec une Introduction et des Remarques, Bruxelles, Hayez, impr., 1864. Extrait du t. XVI des Mémoires couronnés et autres Mémoires publiés par l'Académie royale de Belgique. Cf. G. Paris, Bibliothèque de l'École des Chartes, 1865, pp. 384-392. —
2. Voir plus loin, III, p. 36. — 3. Ibid., p. 260. Cf. un article de
G. Paris, Revue critique, 1868, pp. 384, 385.