‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 47 sur 217 · II. EN NÉERLANDE · texte numérisé non relu

II. EN NÉERLANDE

faire changer d’avis. Elle est également passée en 1 PART- Lnm- n-

néerlandais, et M. Bormans 1 a publié quelques frag- -

ments (toujours des fragments) , d’un Gwicdekyn ou Guitequin du xmc siècle, dont nous donnons ailleurs le résumé. Est-il permis, est-il légitime de placer Floovcmt dans la geste du Roi, telle que nos pères l’avaient comprise et organisée? On en peut douter; mais enfin il y a un Flovent néerlandais dont M. Bartsch a édité deux fragments dans la Germania et qui ont été étudiés par M. Arsène Darmesteter, avec la finesse habituelle de sa critique, dans sa thèse De Floovante. Ces fragments nous révèlent un poème qui aurait sans doute été « rédigé » d’après un remaniement français du xiiic siècle 2. Et c’est par là que nous terminerons tout ce qui se rapporte au cycle de Charles.

Les héros sont comme les livres : habent sua fata.

Ce Guillaume Fièrebrace, ce chef de la seconde de nos grandes gestes, ce rival en gloire de Roland et qui, grâce à un vrai poète, avait conquis en Allemagne une si brillante notoriété et si durable, il n’a pas trouvé en Néerlande le rare éclat d’une telle gloire. Il est trop vrai qu’il ne nous reste que deux fragments (toujours des fragments) d’un poème de Nicolas Persijn, de Harlem, qui est plus connu sous le nom de Ivlaes et qui, vers la fin du xn° ou le commencement du xme siècle, consacra toute une oeuvre au Guillaume de la légende, dans l’intention manifeste de faire honneur à son contemporain Guillaume Ier, comte de Hollande 3. Ces fragments ne se rapportent qu’au Montage. Joignez-y quelques lambeaux d’un Girart de Viane en vers fla-

1. Bulletin de la Commission d’histoire de Belgique , lre série, t. XIV, p. 253. Cf. notre tome III, p. 655. — 2. Romania , 1877, pp. 607 et 608. — 3. Ces fragments de Klaes ont été publiés par Willelms, Belgisch Muséum, IV, 86. Cf. notre t. IV, p. 54.

*• uvR. ». mands 1 et quelques vers, oui, quelques vers seulement,

- de la Chronique rimée du Brabant 2 par Jan de Klerk,

qui mourut en 1351 , et vous connaîtrez, comme on le dirait aujourd’hui, toute la « contribution » de laNéerlande à la gloire littéraire de Guillaume d’Orange. Encore ces pauvres hommages n’ont-ils point passé sans quelque protestation, et nous entendons, dès le xiiic siècle, la voix de Jacques van Maerlant, de cet ennemi intime des chansons de geste, qui met historiquement le Vit a sancti Willelmi au-dessus de toutes les élucubrations chevaleresques. Ces Néerlandais n’ont pas gardé longtemps la foi en notre épopée, et sont devenus sceptiques de trop bonne heure.

Ogier et Renaut, ces deux géants de la geste de Doon, ont été ici plus heureux que Guillaume. Il convient cependant de ne pas donner une date trop reculée « aux fragments du poème néerlandais sur Ogier qu’a publiés Willelms ». Suivant M. Matthes 3, ils n’appartiennent réellement « qu’à un poème néerlandais du xivc siècle », et il n’y faut voir que « la traduction d’une chanson française postérieure à celle de Raimbert 4». Renaut est plus favorisé, et le poème néerlandais dont il est le héros, ce poème est de la fin du xme siècle. Le modèle est français, naturellement, et c’est un roman très voisin de ce Renaut dont Michelant a publié le texte 3. On y trouve néanmoins certaines brutalités qui ne sentent pas leur antiquité, mais le désir tout littéraire de faire frémir le lecteur aux bons

1. Bilderdijk en a édité 192 vers . (Verscheidenheden, IV, p. 126 et

ss. Cf. notre t. IV, p. 17, 121.) — 2. Editée par Willems en 1839. —

3. Le Nederlcmdsche Ogier, door J. C. Matthes, Groningen, s. d.; in-8°

(Extrait de Taal— en Letterbode). — 4. Romania, 1876, pp. 383, 384. — 5. Renaut van Montalban met Inleiding en Aanteekeningen , door J. C. Matthes, Groningen, Wolters, 1875, in-8°. Résumé dans la Romania, 1875, pp. 471-474.

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