II. EN NÉERLANDE
endroits du drame. Àimeri de Narbonne, frère d’Àimon , I PART. LIVR. H.
se plaint-il à Charlemagne de ne point avoir reçu de -
fiefs en partage? l’Empereur, pour toute réponse, lui coupe la tête. Il y a vingt épisodes de cette force 1 . C’est de la barbarie à froid.
Nos gestes provinciales ont eu en Hollande et en Flandre un certain rayonnement qu’elles n’ont pas eu l’heur de projeter en tous pays. Voici donc Aiol dont M. Bormans 2 a retrouvé « une ancienne version tbioise » (elles sont toujours thioises, ces versions, et toujours aussi par fragments). Voici encore les Lorrains 3, dont on n’a pu également retrouver que des lambeaux, mais assez importants cette fois et qui permettent d’affirmer, comme pour Aiol , que le modèle était indubitablement français : l’affabulation, d’ailleurs, ne semble pas être la même que celle de notre geste, et il y a là quelque obscurité, qu’il faudra éclairer. Voici notre Valentin et Or son, copié en néerlandais, et dont M. Seelman a donné naguère une bonne édition 4. Voici enfin Amis et Amiles que Jan
1. Histoire poétique de Charlemagne, p. 139. — Quelques fragments d’un Maugis néerlandais ont été publiés par F. -G. Mone ( Uebersicht der niederlandischenVolhsliteratur altérer Zeit, Tubingen, 1838, p. 42). Ce Maugis a, comme Ogier et Renaut, été traduit en mauvais allemand [Histoire poétique de Charlemagne, p. 141). — 2. <> Fragments d’une ancienne version thioise de la chanson de geste d’Aïol » (premier quart du xme siècle). Bulletins de l’ Académie royale de Belgique, 2e série, XV, pp. 177-275. « De la lecture de ces fragments, de leur comparaison avec le texte français, il résulte clairement que l’auteur néerlandais a imité le texte français qu’il avait sous les yeux, et cette imitation a été évidemment faite sur un manuscrit français très proche de celui que nous possédons encore, puisque nous trouvons dans le néerlandais les lacunes évidentes du poème français corrigées tant bien que mal. » (Aiol, éd. Jacques Normand et Gaston Raynaud, 1877; Introduction, p. xxxix.) — 3. Il nous reste des fragments considérables de ce poème du xne siècle : plusieurs ont été publiés par Jonckbloet sous ce titre peu exact : Roman von Karel den Groote en zijne XII pairs. Leiden, 1844. (Histoire poétique de Charlemagne, pp. 142,143). Cf. Un fragment duroman des Lorreinen, Suite néerlandaise des Lorrains, par Frommann et Lambel; Germania, 11,2e série, pp. 434-440. — 4. Valentijn och Namloos. V. Romania , 1889, p. 347,
i part. livr. h. c|e Klerk, nommé plus haut, analyse avec complai-
CHA1>. XXIV. 7 r 7 J I
— sance dans sa Chronique rimée du Brabant. Il y a là, comme on le voit, bien des imitations, bien des copies l. Mais enfin ces excellents pays n’ont rien pu produire de plus, et il leur faut savoir gré d’avoir assez aimé nos vieux poèmes pour les plagier un peu et les vulgariser partout.
dôs ia fin Au reste, ce beau succès ne fut pas de longue du-
du xiu° siècle, 7 1 °
réaction se produit rée- Ce je ne sais quel scepticisme, dont nous avons
Néeriande dit quelques mots, triompha dès le déclin du xme sièconlfrançais°.mans cle. On était visiblement dégoûté de cette littérature que l’on trouvait excessive et monotone; on était écœuré de tant de coups de lance, de tant de brutalités, de tant d’aventures à la fin invraisemblables. Jacques de Maerlant fut un des premiers à protester contre ces défigurations de l’histoire et contre ces « beaux et faux poètes français qui rimaient plus qu’ils ne savaient et calomniaient le grand Empereur 2». Jean Boendale est plus rude encore, et s’écrie, avec la très sincère indignation d’un Juvénal chrétien : « Que Dieu donne courte vie à celui qui a pensé ces mensonges et les a reproduits le premier 3. » Jean Boendale, en écrivant ces mots enflammés, pensait certainement à nos poètes français et à leurs imitateurs. Sa colère était aveugle et l’emportait trop loin.
Devant ces beaux dédains et cette sorte de haine farouche dont nos poèmes furent alors l’objet, on pouvait croire que c’en était fait en Néeriande de
4. Dans sa « Chronique rimée du Brabant » Jan de Klerk (f 1351) donne en effet une assez longue analyse A Amis et Amües, tandis qu’il consacre à peine quelques mots à toute la geste de Guillaume. (V. notre t. IV, p. 54.) — 2. Jacques van Maerlant, en son Miroir historial, IV, 1, 29, cité par G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne , p. 144. — 3. Lekenspiegel, III, xvii, 139, également cité par G. Paris, 1. c. p. 144.