‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 52 sur 217 · EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

EN ANGLETERRE

évident que la langue française ne faisait pas de 1 PARj; L,™v- u*

progrès dans un royaume qui prenait de plus en -

plus une allure indépendante et nationale. Si l’on voulait préserver nos chansons d’une décadence inévitable et d’un oubli prochain, il fallait se décider à les traduire, à les imiter, à les adapter en anglais. C’est ce que l’on fit, mais d’assez pauvre façon.

« Les Anglais, dit M. Paul Meyer, n’ont même deïUtekducüons pas le mérite d’avoir ici choisi de bons modèles, imitations et les poèmes français qu’ils ont remaniés en les langue anglaise, traduisant appartiennent en général à la décadence.

Ils ont un Roland, mais qui n’est pas fondé sur la version la plus ancienne; ils ont imité Otinel e t Fierabras ; ils ont fait enfin, avec la légende latine du Voyage, avec Turpin et Otinel, une compilation dont M. Gaston Paris a le premier reconnu les éléments1. » Ces quelques lignes contiennent en substance tout le dernier chapitre de cette histoire ; mais quelque détail ne sera pas inutile.

11 était tout naturel que notre Roland eut ici les honneurs d’une imitation anglaise, si l’on veut bien surtout se rappeler que la plus ancienne rédaction de cette Iliade nous a été surtout conservée dans un manuscrit anglo-normand; si l’on veut bien ensuite se convaincre qu’au xvc siècle on copiait encore le Roland en Angleterre, témoin le manuscrit de Cambridge. Donc, il a existé un Rolland en vers anglais dont nous n’avons aujourd’hui qu’un fragment et sur la date duquel les érudits sont loin d’être d’accord. Selon M. G. Schleich 2

1. Recherches sur V Épopée française (1. c., p. 309). — 2. G. Schleich, Prolegomena ad Carmen de Rolando anglicum, in-8°, p. 46. V. Romania, 1879, p. 479.

1 il serait du xvc siècle et (sauf un trait emprunté au

faux Turpin) aurait pour source une de nos versions rimées, un de nos remaniements; d’autres estiment au contraire qu’il n’est point postérieur à 1400 1 et que « l’auteur anglais a traité son sujet très librement2». C’est ici qu’il convient de parler de cette étrange compilation du xiv° siècle, à laquelle M. Paul Meyer faisait tout à l’heure allusion et que M. Gaston Paris, faute d’un meilleur titre, a dénommée : Charlemagne et Roland. Au milieu d’une traduction du faux Turpin et de la légende latine du « Pèlerinage de Charles à Jérusalem, » on a intercalé Otinel 3. Un tel mélange ne peut vraiment s’expliquer que par une préoccupation étrangère à la poésie, et c’est peut-être celle des reliques delà Passion. L’œuvre, écrite en stances de six vers, est d’une médiocrité désolante.

Nous avons prononcé le nom d 'Otinel (en anglais Otueï). A quelle cause, encore inexpliquée, convientil d’attribuer la singulière popularité de cette œuvre de notre décadence épique? Ce qu’il y a de certain, c’est que nous n’en possédons pas moins de trois imitations anglaises. Il y a, tout d’abord, celle qui est insérée dans le Charlemagne et Roland 4; il y en a une seconde qui a été publiée par Nicholson en 1836

1. Sidney J. Herrtage, dans The English Charlemagne romances.

— 2. Remania, p. 151. « Le fragment du Rolland anglais qui s’est conservé ne comprend que 1049 vers à la fois rimés et allitérés : le récit s’étend depuis le retour de Ganelon de son ambassade jusqu’au moment où Roland se décide à faire appel à son oncle » {Ibid., p. 150). —

3. L’ordre est le suivant : 1° Voyage de Charlemagne (d’après la légende latine); 2° Commencement de la guerre d’Espagne, Roland et Ferragus, etc. (d’après les premiers chapitres du faux Turpin) ; 3° Oluel; 4° Fin du récit de Turpin. ( Romania , 1. c., p. 156.) — 4. Cet Otuel a

été analysé par Georges Ellis dans ses Specimens of early english metrical romances. (A new édition, revised by J. O. Halliwell: London, 1848.)

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