‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 59 sur 217 · IV. AUX PAYS SCANDINAVES · texte numérisé non relu

IV. AUX PAYS SCANDINAVES

Après cette préface nécessaire, nous voici maintenant en face de la grande compilation islandaise, de la plus célèbre de toutes les Sagas et, en même temps, de la mieux connue : la Karlamagnus Saga.

Le plan est vaste et ne peut avoir été conçu par un esprit médiocre. C’est, — qu’on me pardonne le mot, — une Caroleide immense et complète ; c’est tonte la vie du grand empereur, chantée en un certain nombre de récits en prose, dérivant presque tous de nos épopées françaises et unis entre eux par des liens plus ou moins étroits, plus ou moins réels. L’ensemble est imposant.

Il faut croire que la Saga de Charles eut un grand succès, puisque, cinquante ans après son apparition, on éprouva le besoin d’en faire une révision complète, d’y modifier certains éléments, d’en ajouter certains autres et de lui donner ainsi une nouvelle durée avec une vie nouvelle. Les modifications, d’ailleurs, ne furent pas profondes et n’atteignirent qu’une seule branche ; les additions consistèrent uniquement en un dernier récit qui fut consacré à la mort de Charles. On l’avait oubliée dans la première édition de la Saga, on l’avait oubliée, cette mort glorieuse, et l’on se crut obligé, pour la raconter, de recourir à un texte ecclésiastique, à une page de Vincent de Beauvais. J’aurais préféré le Couronnement de Louis.

Ainsi constituée, la Saga de Charles nous apparaît comme une sorte de grand poème épique, sans unité réelle, mais avec quelque apparence d’unité, et qui se peut partager en dix chants. Au premier, l’on n’a su donner d’autre appellation que le titre fort vague de Charlemagne , et il renferme, en effet, l’histoire de l’Empereur jusqu’au fameux siège de Saragosse. C’est la traduction d’un ou de plusieurs poèmes français

La

Karlamagnus

Saga

islandaise.

Sa physionomie générale; sa division en dix livres ; sa

traduction en Suède et au Danemark

xi.art.uvk.it. qUj ne sont point parvenus jusqu’à nous. On ne s’at-

CHAI>. XXVt. 1 II J A

- tendait peut-être pas à trouver à la seconde place une

imitation de Doon de la Roche , et c’est ici que l’unité souffre quelque dommage : Olif of Landr es, « Dame Olive etLandri », ne serait d’après G. Storm, que la reproduction d’un original anglais, et ce sont des faits de ce genre qui confirmeraient encore, s’ils étaient bien prouvés, l’hypothèse si plausible qui a été émise plus haut, « l’Angleterre servant d’intermédiaire entre la poésie française et les récits Scandinaves ». Nous nous étonnerons moins de rencontrer au troisième rang un Oddgeir Danske , un « Ogier le Danois », qui (sauf vers la fin de l’affabulation noroise) concorde assez bien avec la première partie du poème de notre Raimbert. Avec quelle fierté ces Scandinaves ne devaient-ils pas écouter les faits et gestes de cet Ogier qu’ils pouvaient considérer comme un des leurs, et qui leur donnait de si belles leçons, non pas de modération, mais de courage! Le quatrième chant, Agulandus , est un singulier mélange de notre Aspremont avec le fauxTurpin; le cinquième, Guitalin , est emprunté à une « Chanson des Saisnes » qui n’est pas celle de Jean Bodel ; le sixième, Otuel, n’est encore que l’imitation d’un remaniement anglais, et le septième, Jorsalaferdh, reproduit exactement le récit, à la fois grave et grotesque, pieux et grivois, de notre Pèlerinage de Charlemagne à Jérusalem. Nous voici arrivés devant cette grande catastrophe de Ronceveaux, qui est en réalité le centre glorieux de toute l’épopée carlovingienne et forme le sujet du huitième livre de la grande Saga : le Runzisval norois avoisine notre Roland , mais n’est pas sans devoir quelquesuns de ses éléments à d’autres sources françaises. On n’y trouve pas le fameux épisode de Baligant, sur

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