‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 60 sur 217 · IV. AUX PAYS SCANDINAVES · texte numérisé non relu

IV. AUX PAYS SCANDINAVES

lequel on a tant disputé il y a quelques années, et le I PART. LIVR. TI.

X i. ^ A A CHAP. XXVI.

silénce de la Saga est naturellement un des arguments qu’on a dû invoquer à l’appui d’une thèse nouvelle. Jusqu’ici cependant, nous n’avons pas vu apparaître la grande figure de Guillaume d’Orange, et c’est sans doute cet oubli que le compilateur Scandinave a voulu réparer dans son neuvième chant , dans ce Vilhjalm Kurneis, où il ne faut voir que la libre reproduction de notre Monictge Guillaume , avec plus d’une variante. Par une fortune étrange et regrettable, Aliscans n’a pas abordé en Islande, et les Norois ont été ainsi privés de ces magnifiques épisodes, qu’ils auraient si bien compris, de la mort du jeune Vivien et du retour de Guillaume à Orange. L’œuvre cependant ne pouvait s’achever ainsi par l’entrée au couvent du héros « au court nez ». Le renouveleur de la Saga a compris que son devancier n’avait pas eu le loisir de mettre la dernière main à un aussi vaste labeur, et il a réalisé ce que son « ancien » n’avait pu faire. Um Kraptaverk ok Jartegnir, tel est le titre de ce dernier chant qui ne présente rien d’original et n’offre, comme nous l’avons dit, qu’une traduction de quelques pages du Spéculum historiale, de cette grande compilation religieuse de Vincent de Beauvais.

Au reste, c’était bien finir, si l’on veut se placer au point vue de ces chefs de la nation noroise qui voulaient de plus en plus christianiser leur race. La mort du grand empereur catholique était un spectacle sur lequel il était bon de laisser les auditoires Scandinaves. Et telle est toute la Karlamagnus Saga l.

Une fois lancée dans le monde Scandinave, la Saga La Kejser Karl

. . . Magnus Kronike.

y lit un chemin rapide; mais, dans ce monde meme,

1. Voy. Kristoffer Nyrop, JDen oldfranske heltedigtning, 1883, p. 279- 280, et Storia delV epopea francese nel medio evo, prima traduzione dalU originale danese, 1888, pp. 266, 267.

Sagas autres que la « Saga de Charles »

• il y avait plus d’un parler , et l’antique idiome de

- l’Islande en vint un jour à n’être plus entendu ni en Suède, ni en Danemark. De là, la nécessité de traductions, qu’un vaste public réclamait et qu’il obtint. La plus ancienne est la Suédoise, dont il ne nous reste que des fragments J, mais la Danoise a l’heur de nous être parvenue tout entière, et il est certain qu’elle fut, qu’elle est encore vraiment populaire. A vrai dire, cette œuvre du xvc siècle, cette Kejser Karl Magnus Kronike est un abrégé plutôt qu’une traduction ; mais, outre qu’elle a été composée d’après la première version de la Karlamagnus Saga, elle nous offre « les trois branches suivantes qui existaient peut-être dans l’antique Karlamagnus Saga et qu’il convient d’intercaler après le huitième livre ». C’est d’abord le roi Iwein, «résumé d’un très ancien poème français dont on ne connaissait l’existence que par une obscure allusion des derniers vers de la Chanson de Roland »; c’est, ensuite, Baudouin et Sibile, où l’on reconnaît aisément un des épisodes les moins héroïques de la guerre contre les Saisnes, et c’est enfin Ogier le Danois, où le translateur du xvc siècle a heureusement complété Y Oddgeir Danske qui formait le troisième livre de son original islandais 1 2. La Kejser Karl Magnus Kronike circule encore aujourd’hui , comme jadis notre Bibliothèque bleue, dans toutes les villes et les campagnes du Danemark, et il en a certainement paru plus d’une édition depuis celle de 1867 que nous avons eue naguère entre les mains. La France est aimée là-bas.

Ce serait une grande erreur que de regarder la Karlamagnus Saga comme le seul effort de la littérature noroise, comme l’œuvre unique qu’elle aitconsa-

1. Les branches VIII et IX : Runzisval et Vilhjalm Kurneis. —

Page 1