‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 6 sur 217 · c., p. 109, d’après un Compte du 29 juillet · texte numérisé non relu

c., p. 109, d’après un Compte du 29 juillet

1 ghap xvni rien de P^us efficace pour réconforter la santé un peu délabrée des premiers magistrats de Pérouse : ad refocillandum aliquando mentes magnificorum dominorum Priorum... nimium ex laboribus quos causa reipublicæ Peruginæ sustinuerunt fatigatas? Il y a là une idée dont nos Conseils municipaux pourraient peutêtre faire leur profit. Ce n’est pas, d’ailleurs, la seule raison qui ait déterminé la république de Pérouse, et elle ne songe pas uniquement à ses Prieurs. Le peuple, lui aussi, a besoin de chants qui le moralisent et qui, surtout aux jours de fête, le détournent d’une oisiveté périlleuse l. Voilà qui est à la fois élevé et pratique, voilà qui serait aisément imitable. On présume que Florence n’agissait pas autrement que Pérouse, et cette belle et intelligente cité entretenait aussi des canterini. Si c’était dans le même but et avec le même esprit qu’à Pérouse, il faut en féliciter vivement les Florentins.

Jongleurs attachés Une dernière classe de chanteurs « à poste fixe »,

à la

personne et peut-être la moins nombreuse, c’étaient ces i ondes poètes •*- 7 «

outrouveurs. gteurs qui, surtout au midi de la France, étaient attachés à la personne, au service d’un trouveur, d’un poète. C’est ainsi que ce fougueux satirique, Pierre Cardinal, ne manquait jamais d’emmener avec lui son joglar que cantava sos sirventes 2. C’est encore ainsi que Pistoleta si fo cantaire d'Arnaut de Manioill 3. L’auteur, en ce cas, donnait des instructions détail-

1. Nnova Antologia (1874-1875?), article de J. d’Ancona, d’après de très précieux documents empruntés aux archives de Pérouse : Musica e poesia nelV antico comune di Perugia; Pomania, 1875, pp 296. 297. = A l’occasion d’un chanteur qu’il s’agit d’engager, les registres pérugins ajoutent en effet : « De ejus verborum effectu, multissimi cives Perusini morigerati effici poterunt... et, diebus festis, propter cantum ejus, otiosi non efficientur ». — 2. Raynouard, Choix des poésies originales des troubadours, t. V, p. 302. — 3. Id., ibid., p. 349. Ce dernier texte est important.

LES PROPAGATEURS DES CHANSONS DE GESTE. 59 lées à son jongleur : « Voilà ce qu’il faut chanter, et I PART. LIVR. II.

O (-J A . 7 GHAP. XVIII.

<( comment il le faut chanter.» C’est ce qui se pratique, -

encore aujourd’hui, entre comédiens et auteurs dra-

matiques.

Tous ces ménestrels vivaient assez largement aux dépens de ceux qui les employaient. Leurs maîtres étaient bons pour eux et leur permettaient d’aller, de temps à autre, utiliser leurs loisirs près d’un autre seigneur ou dans une autre cour. Aux fêtes qui furent données en 1306 par Mahaut, comtesse d’Artois, on vit affluer de toutes parts « les ménétriers du comte de Lancastre, des seigneurs de Sully et de Fiennes;

Guillemin, ménestrel d’Hugues de Bourgogne » ; et, à diverses autres dates, « les ménétriers du comte de Namur et de Louis de Clermont; les deux trompeurs de Jean de Châlon; Touset, ménestrel du Roi », et vingt autres1. On voit, dans la seconde moitié du même siècle, le harpeur de la duchesse de Bar 2 et le ménétrier du comte de Savoie donner à Dij on une séance devant le duc et la duchesse de Bourgogne 3.

Ce ne sont pas là des mentions isolées, et ces tournées des ménestrels n’ont, rien de rare. Ils pouvaient ainsi doubler leurs gages, et ne s’en plaignaient pas.

Les pauvres jongleurs indépendants n’étaient pas toujours aussi heureux, et se voyaient souvent obligés de faire plus d’un métier. Nous en savons un qui, en semaine, était couturier pour dames (nil sub sole novum) et qui, les jours de fête, faisait danser la jeunesse aux sons de sa vielle. Il paraît bien que ce cumul ne

1. Malxaut, comtesse d’Artois, p. 108. — 2. « Mandement de la duchesse de Bourgogne donné à Rouvre, le 12 juin 1377. » (Archives de la Côte-d’Or, B, 1451, f° 88, v°.) — 3. « Mandement du Duc donné à Dijon le 9 avril 1372.» (Archives de 7a Côte-d’Or, B, 1438, f° 49 r°.)

1 chap. xvn..11' l’avait pas sensiblement enrichi* 1, et il lui arriva

certaine aventure, assez piquante, que nous aurons lieu de raconter plus tard .

1. « Ung cousturier fu qui avoit acoustumé du son de son instrument faire danser les josnes gens es joursde testes etc. » (Bibl. nat.,

fr. 1834, fo 68 : Exemples moraux, xve siècle.)

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