IV. AUX PAYS SCANDINAVES
crée à la vulgarisation de l’épopée française. La« Saga de Charles » est une entreprise plus vaste que les autres, mais elle est loin d’être la seule, et vingt autres Sagas gravitent autour d’elle, si toutefois il est permis de la comparer à un centre. Parmi ceux de nos romans qui se rapportent plus ou moins directement aux temps mérovingiens, il en est un qui a eu plus de diffusion, plus de succès que les autres : c’est Floovant. Le père de Floovant (tout ceci est bien minutieux et tient à une lettre) est un certain Flovent auquel on a fait également honneur des aventures de son lîls, et c’est ce Flovent, — moins que légendaire — qui est le héros de la Flovent Saga. Le traducteur norvégien du xiiic siècle « s’est servi d’un original français qui aurait pour auteur un Simon de Lyon ou de Laon ». Chose assez curieuse et qui a été finement relevée par A. Darmesteter, la version noroise du Flovent a été mise en latin par un étudiant islandais qui s’appelait J. Olaf et qui s’est livré à ce petit travail en 1732 L Le Pèlerinage à Jérusalem , dont la Karlamagnus Saga, à elle seule, nous avait fourni deux leçons différentes, a en outre donné lieu là-bas à un poème Scandinave qui est encore inédit et à un chant des îles Féroé Aux Sagas de Magus et de Geirard il ne faudrait pas, en revanche, demander plus qu’elles ne peuvent donner, c’est-à-dire, une imitation exacte de nos anciens poèmes. Il n’y a rien dans la Saga de Geirard qui rappelle notre Girars de Viane, et, quant à celle de Magus ou Maus, on n’y doit voir, avec F. A. Wulff, « qu’une compilation assez confuse de récits dont les
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1. Romania, 1877, p. 608; article de G. Paris. « La Flovent Saga a été faite sur le même poème français que le Fiovo des Reali », etc. — 2. E. Ivoschwitz, Romanische Studien , II, p. 1 ; analysé par G. Paris, dans la Romania de 1875, p. 505.
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1 cX'.xSi Pro^enances sont les plus diverses ». Il est cependant évident que ce Magus est notre Maugis , et il est à croire que la seconde partie de la Saga représente * « une version tout à fait singulière des Quatre fils Aimon », qui serait arrivée aux pays norois par un intermédiaire allemand et aurait été écrite sous une influence germanique \ On peut donc regretter que cette Saga ait été publiée à Reikiavig en 1 858 « comme lecture populaire » : pour mettre en gloire notre poésie française, il eut été préférable de réimprimer le Runzisval de la Karlamagnus Saga ou bien encore cette jolie Elis Saga ok Rosamunda où notre Elle de Saint- Gilles a été traduit librement, dont M. Kœlbing a publié un texte critique et qu’il a bien voulu traduire en allemand pour notre Société des anciens textes. C’est cette traduction allemande que l’éditeur français A Elie a fait passer en notre langue 3 nous donnant ainsi le plaisir de faire une plus intime connaissance avec les allures et le style de la littérature noroise. Elle a été
plus célèbre encore que celle de Saint-Gilles, cette charmante ef farouche légende A Amis et d’Amiles; il a été et il devait être plus populaire, ce beau poème ancien à l’honneur de l’amitié : c’est ce qui explique le succès de Y A rnicas Saga ok Amilius 4. Pour Bueves d'Hans tone , il a assez de caractères septentrionaux pour
1. F. A. Wulff, Notices sur les Sagas de Magus et de Geirard et leurs rapports aux épopées françaises, Lund, 1874. ( Romania , 1875, p. 474 et ss.) — 2. Elis Saga ok Rosamunda, herausgegeben von E. Kœlbing, Heilbronn, Henninger, in-8°, xli-227 pp. ( Romania , 1882, p. 173). « La Saga d’Élie et le poème français dérivent l’un et l’autre, ’ par une série d’intermédiaires que je n’ai pas à rechercher, d’un même manuscrit incomplet. » ( Élie de Saint Gilles, éd. de la Société des anciens textes. Introduction, p. xl). — 3. Elie de Saint Gilles, 1. c., p. 93 et ss. Cf., p. xxv, un tableau fort intéressant des différences entre le poème français et la Saga. — 4. E. Kœlbing, Germania, XIV, 2, pp. 184-189. La Saga semble avoir été composée au xme siècle d’après un texte latin abrégé, tel, par exemple, que celui de Vincent de Beauvais.