‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 62 sur 217 · IV. AUX PAYS SCANDINAVES · texte numérisé non relu

IV. AUX PAYS SCANDINAVES

avoir réussi chez les Scandinaves et avoir donné lieu à la Bevis Saga l. On n’en peut dire autant de YHuga Saga Skapers, où l’on s’est inspiré d’un de nos poèmes les moins primitifs et les moins épiques. Cette fortune de Hue Capet n’est qu’un accident 2.

Parvenus au xvc siècle, nous avons à constater une fois de plus, la diffusion de ces petits livres à bon marché qui popularisaient alors notre épopée. Le plus grand succès est alors obtenu par un renouvellement, par une révision de la Kejser Karl Magnas Kronike qui est due à Christiern Pedersen 3. Mais voici un fait original, et qu’on ne saurait, je pense, laisser dans l’ombre.Nos romans, sous leur forme Scandinave, devinrent tout à coup suspects au xvic siècle. Suspects de quoi? De papisme, aux yeux des protestants. Sous ce prétexte étrange, on en fit disparaître un certain nombre. Or, dans le même temps, il advenait qu’aux Pays-Bas l’Église condamnait sévèrement quelques-uns de ces mêmes romans qu’on trouvait trop catholiques chez les

1. « Il serait à souhaiter que quelque savant continuât et complétât les belles recherches de M. Pio Rajna, en étudiant particulièrement la migration du poème de Bueves d'Hanstone et l’influence qu’il a exercée sur la littérature du moyen âge. Voilà un beau sujet et des plus intéressants. Il faudrait examiner d’un côté, le Sir Bevis et la Bevis Saga (publiée par M. Cederschiold dans les Fornsogier Surlandha, et, de l’autre, les versions italiennes et les formes orientales, le conte russe qui parait remonter à un original grec, et un conte juif qui date de 1501 et est probablement la base de la version roumaine. » (Nirop, Romania, 1885, p. 151.) Cf. Geffroy, Notices et extraits, etc. p. 35. —

2. Sur toutes ces Sagas et sur tout l’ensemble de cette histoire de l’épopée française dans les pays Scandinaves, v. l’excellent livre de Nirop, traduction italienne, Storia delV Epopea francese, p. 266. —

3. « Pedersen, le reviseur de la Chronique de Charlemagne (Keiser Karl Magnus Kronike) est aussi l’auteur d’un autre livre non moins populaire, Ogier le Danois (Holger Danske), dans lequel il a compilé et raccordé avec assez d’adresse tous les romans français sur ce guerrier, depuis les plus primitifs jusqu’à ceux où l’élément historique a tout à fait disparu devant la féerie. Le nom du héros assurait déjà à ce livre, en Danemark, un succès qui ne s’est pas démenti depuis trois siècles. » {Histoire poétique de Charlemagne, p. 153.)

part. livr. u. Luthériens du nord. Nos pauvres chansons étaient

vraiment entre deux feux.

De telles préventions étaient trop absurdes pour durer longtemps. En Islande et aux îles Féroé, les légendes de France trouvèrent un refuge dans ces chants qu’on appelle rimur 1 . Ils semblent avoir échappé au soupçon.

Puis, l’érudition est venue, qui a dissipé toutes ces folles ombres. Les savants danois, norvégiens 2 et suédois en sont aujourd’hui à traduire notre Roland 3, à se grouper à Paris autour des maîtres illustres qui leur enseignent notre épopée, et même à en écrire eux-mêmes l’histoire critique, l’histoire complète. Témoin le beau livre de Nirop 4.

Des services S’i 1 était besoin de les remercier, nous ne pourrions

que . ' 1

1 élUaerednduf agas faire scientifiquement qu’en mettant dans une plus

à notoire juste et meilleure lumière tout ce dont la France î Épopée française. eg^ re(ieya]je ^ }a littérature noroise. Elle a sauvé

de l’oubli plus d’une de nos chansons de geste, dont le texte primitif semble à jamais perdu. N’est-ce pas à

1. Svend Grundtvig e Jôrgen Bloch, Corpus carminum Foeroensium, (15 vol., où les canti romanzi, les rimur occupent deux volumes). Le tome XI est consacré au cycle de Charlemagne. (Nirop, Storia delV

epopea francese, p. 269.) — 2. V. surtout G. Storm, Sagnkredsene om Karl den Store og Didrik af Bern hos de Nordische Folk. Et Bidrag til Middelalderens litteraere Historié. Udgivet af den norske historiske Forening. Kristiania, 1874. — C.-R. Unger, Karlamagnus Saga ok kappa hans. Fortâllinger em Kejser Karl Magnus og hans Jaevninger i norsk Bearbejdelse fra det 13ie Aarhundrede. Kristiania, 1860. (Analysé très complètement par G. Paris, La Karlamagnus Saga,, histoire islandaise de Charlemagne, dans la Bibliothèque de l’École des Chartes, 1864, pp. 89-123; 1865, 1-42.) Etc. —

3. Rolanclssagan till sin historiska Kærna och poetiska omklædnad, af Theodor Hagberg. 1884, Upsala. « Quelques laisses de notre Roland sont traduites en suédois : c’est, croyons-nous, le premier essai de ce

genre. » ( Romania , 1885, p.169.) Le Roland islandais avait été antérieurement traduit en allemand par E. Koschwitz. V. Romanische Studien, t. III, n° XI, et Romania, 1878, p. 632. — 4. Den oldfranske heltedigtnmg, Kobenhavn, 1883; traduit en italien par E. Gorra, Torino,

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