‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 63 sur 217 · IV. AUX PAYS SCANDINAVES · texte numérisé non relu

IV. AUX PAYS SCANDINAVES

une des branches de la « Saga de Charlemagne » , n’est- ' ™ n

ce pas au Roi Iwein que nous devons de comprendre enfin les derniers vers, si obscurs, de la Chanson de Roland *? N’est-ce pas encore grâce à un récit de la même Saga que nous pouvons aisément reconstruire une autre version du Pèlerinage de Charles à Jérusalem, une version austère et vraiment chrétienne, d’où la scène du gabs est exclue, comme aussi toute la grossièreté et tout le comique épais de la rédaction française qui est arrivée jusqu’à nous 1 2? La même Saga (avec certains documents italiens dont nous aurons lieu de parler tout à l’heure) ne nous permet-elle pas de combler certaines lacunes de Y Entrée de Spagne 3?

N’y a-t-il pas certains poèmes français, comme ce Mirmant qui est une des sources du Fioravante italien 4, qui ne nous sont restés que dans un texte islandais?

« Si le cycle mérovingien est vivant quelque part, n’est-ce pas en Italie avec les Reali et en Islande avec la Florent Saga s? » Et, enfin, notre belle chanson du Moniage qui est encore inédite (ce qui est presque une honte), n’est-elle pas éclairée d’un jour nouveau par cet épisode superbe dont nous ne voulons pas priver nos lecteurs et qui est sans doute emprunté par le compilateur de la Karlamagnus Saga à une vieille rédaction française?

... Donc, le grand Empereur est sur le point de livrer aux Sarrazins une bataille qui va décider du sort de la chrétienté ; mais Charles n’a plus auprès de lui son grand capitaine, son paladin Guillaume ; Char-

1. V., plus loin, notre tome III, p. 573. — 2. Ibid., p. 293, et surtout

G. Paris, Bibliothèque de VÊcole des Chartes, t. XXV, p. 102, etc. Ce récit a été résumé au xve siècle dans l’œuvre danoise qui a pour titre

Kejser Karl Magnus Kronike. — 3. Cf. notre tome III, p. 419. —

4. Romania, 1873, p. 354. La version islandaise a été publiée par E. Kœlbing. — 5. G. Paris, Romania, 1877, p. 613.

"• les est triste, Charles se lamente. Tout à coup une sorte de géant paraît au premier rang de l’armée chrétienne, se jette sur les païens, les met en fuite et tue leur roi. L’Empire et l’Eglise sont sauvés. Mais où est le sauveur, où est-il? On le cherche en vain ; on ne le peut trouver, et c’est seulement quelques années plus tard que l’Empereur apprend la vérité. Le libérateur inconnu est un moine qui a pris, pour un jour, le heaume et l’épée et qui, glorieux et vainqueur, est allé, au plus vite, cacher sa gloire dans l’ombre de son monastère. Charles se met à sa recherche; mais, au lieu qu’on lui indique, il ne trouve un jour que le corps énorme d’un homme qui vient de mourir. Ce corps exhale un parfum délicieux, ces yeux éteints sont tournés vers le levant. L’Empereur le reconnaît : c’est lui, c’est Guillaume 1 !

1. V. plus loin, IV, p. 55. = Le caractère général des versions islandaises a été très bien précisé par G. Paris : « Elles se tiennent très près

DE L’ORIGINAL FRANÇAIS, TANDIS QUE L’iTALIEN ARRANGE, ABRÈGE OU AL¬ LONGE. » ( Romania , 1873, p. 354.) = Pour se rendre un compte exact des Sagas et de leur physionomie littéraire, rien ne saurait être plus utile que d’en lire, à défaut du texte, une traduction française. C’est ce que nous avons voulu procurer au lecteur dans la première édition de notre Roland en lui offrant (II, pp. 247-252) la traduction des chapitres xxxvnxli de la Karlamagnus Saga et (pp. 252-264) une traduction complète de la Kejser Karl Magnus’s Kronihe. Il est facile de recourir à ces translations ; mais nous voudrions faire mieux et opposer ici à un original français un épisode d’une autre Saga. Nous avons, à cet effet, choisi YElissaga dont M. Koelbing a donné une traduction allemande, (sur laquelle G. Raynaud a fait sa traduction française.) La comparaison de la Saga avec le vieux poème français du xiiic siècle est intéressante à plus d’un titre et donne lieu à quelques observations. On remarquera tout d’abord que le Scandinave a un peu allongé la description du costume et de la beauté de Rosamonde et qu’il emploie, pour cette description, certaines images qui devaient être surtout saisissantes en Norvège : « Sa peau était plus blanche que la neige nouvelle tombée sur les arbres secs. » = L’auteur de la Saga omet Fépisode du frère de Rosamonde tué par Élie : il a trouvé sans doute trop odieux l’amour si soudain de la jeune fille pour le meurtrier de son frère. = Mais voici qui est plus important : dans la Saga, c’est Élie « qui prend Rosamonde sur son giron et l’embrasse plus de cent fois ». Rien de tel dans notre chanson de geste, où, conformément à la tradition épique, c’est la jeune fille qui fait toutes les avances : « Rosamonde

Page 1