‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 66 sur 217 · V. EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

V. EN ESPAGNE

Entre tous les pays qui ont subi l’influence de ’Épopée française, l’Espagne est le seul où le senti- "17^ ment très vif de l’honneur national ait mis un jour

l’épopée française # d

end?£re ceHe épopée en échec. Ce n’est pas, d’ailleurs, une notablement crj tique que nous prétendons faire à l’Espagne. Ce

sacheeziësCC noble pays a toujours été très fier, et la fierté n’est

autres peuples. • i

Division pas 1 orgueil.

de cette histoire T . -,

en L histoire de notre

quatre époques : r . .

caractères nées, cette histoire complexe et parfois obscure peut

chacune deiies. se cliyiser en quatre époques, auxquelles il convient d’attacher des noms qui en donnent une idée exacte. La première est celle où l’on voit l’Espagne — surtout au nord — sillonnée par des jongleurs qui chantent uniquement des poèmes dont l’origine est française et dont les héros sont français : ce sera, si vous le voulez bien, la « période française» ou la « période des jongleurs ». A cette époque en succède une autre qui a été préparée par la précédente : les Espagnols sont jaloux de tous ces exploits français dont les jug lares ont trop longtemps rebattu leurs oreilles, et ils en arrivent à faire , s’il est permis de parler ainsi, une sorte

épopée de l’autre côté des Pyré-

T.’hiüt.mrA

de concurrence espagnole à la gloire de Charlemagne 1 PART- UVK- "•

A ° O CHAP. XXVII

et surtout à celle de Roland. Cette jalousie se donne principalement carrière dans les Chroniques, et c’est pourquoi nous appellerions volontiers cette nouvelle phase, qui est si originale, la « période des Chroniques », ou, d’un nom plus poétique, la période de « l’honneur national ». Cependant le temps passe, et cette ardeur s’éteint. Malgré les vivacités de la réaction espagnole, nos vieilles légendes françaises n’avaient pas cessé de circuler en Espagne, en s’y altérant de plus en plus, et elles se condensèrent un jour en de petits poèmes vraiment admirables, alertes, colorés, vivants, qu’on appelle les Romances. Notre troisième époque sera celle « des Romances », et il convient d’observer par avance « qu’aucune ne nous est parvenue sous une forme antérieure au xve siècle ».

Parmi ces petites pièces, dont plusieurs sont d’une perfection vraiment achevée, il y en a qui sont d’inspiration espagnole et il en est d’autres, plus nombreuses peut-être, qui sont d’inspiration française, mais ou il n’est pas toujours aisé de reconnaître les sources exactes de nos anciens poèmes. L’imprimerie, d’ailleurs, va changer tout cet état de choses, et ce sont nos méchants romans en prose qui font alors dans la littérature espagnole cette invasion trop victorieuse contre laquelle protestera le génie irrité de Cervantes.

Quelques traductions des poèmes italiens à la mode s’ajoutent à celles de ces derniers romans français qui sont si peu primitifs et si platement médiocres, et c’est ce qui nous autorise à donner ce nom : « période des traductions » à la quatrième et dernière époque de l’histoire de l’Epopée française en Espagne \

Page 1