V. EN ESPAGNE
« Tempore Roldani post Oliverum, etc. 1 » Yeut-on louer un roi, on le qualifie au même siècle, comme nous le verrons ailleurs, de « noble caballero — Que nofvenzrien de esfuerzo Roldan ni Olivero 2. » Dans un document des plus curieux, qui est du xmc siècle et a été mis également en relief par Mila y Fontanals 3, on énumère (nous y reviendrons) toutes les ressources qu’il faut se ménager dans un château en temps de siège, et, parmi ces éléments « nécessaires », figurent nos romans français ou provençaux : « Sint ibi romancia et libri gestorum, videlicet Àlexandri, Karoli et Rotlandi et Oliverii. » On y ajoute Otinel, Daurel et Béton, Gui de Nanteuil , et toutes les chroniques ou chansons relatives à la guerre d’Espagne. Un siège, en effet, c’est parfois bien long, et il faut s’armer contre l’ennui. Dans la a Geste de Fernan Gonzalez » qui semble être du même siècle, le héros du poème adresse à ses soldats une allocution énergique, et il leur donne, comme modèles, Charlemagne, Roland et Raudouin son frère, Olivier, Turpin, Ogier, Thierry l’Ardenois, Gondebeuf, Estout, Hernaut de Beaulande, Salomon de Bretagne, Engelier le Gascon, et aussi, peut-être, Renaud de Montauban \ Rien n’est plus éloquent, suivant nous,* qu’une telle nomenclature, et elle atteste jusqu’à quel point les grands barons de notre Epopée française, et surtout les douze pairs, étaient célèbres, étaient populaires en Espagne. La
1. Mila y Fontanals : Le la poesia heroïco-popular castellana , Barcelone, 1874, p. 143. Cf. plus loin, III, p. 549. — 2. Voir notre t. III, ibid. — 3. Ce document est attribué (?) à Alphonse le Sage. — 4. Comte de Puymaigre, Les vieux auteurs castillans , nouvelle édition, 1890, II, p. 160. Voici le texte original : « Carlos, Valdovinos, Roldan é don Ogero, — Terryn é Guadelbuey et Vernaldo, et Olivero, — Turpin é don Ribaldos é el gascon Angelero, — Estol e Salomon, é el otro su companero. » Cf. Mila y Fontanals, 1. c. p. 329. Il y a là douze noms outre celui de Charles. Sont-ce les douze Pairs ?