‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 77 sur 217 · V. EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

V. EN ESPAGNE

ques de la France, il ne restait plus qu’à les jeter un 1 *ah“tp- "•

jour sur la scène, habillés à la castillane, moclerni- -

sés, espagnolisés, déformés, mais encore vivants. C’est ce dont se chargèrent Calderon et Lope de Vega le premier qui, dans son Pont de Mantible s’est inspiré de ce sempiternel Fierabras ; le second qui, au roman de Reynaldos de Montalban dont nous parlions plus haut, a emprunté sa Pobreza de Reynaldos. Sous le pinceau de ces grands peintres, les légendes françaises ne pouvaient pas sans doute retrouver leur couleur originale ; mais elles furent au moins altérées intelligemment 4. •

Il appartenait à l’érudition espagnole de réparer un L’érudition jour tous les outrages littéraires que l’Espagne avait Milay Fontanals inconsciemment fait subir à notre épopée nationale.

Ce fut en quelque sorte la mission de Mila y Fontanals. L’auteur de ce très docte et très beau livre :

De la poesia heroïco-popular castellana a eu l’esprit

1. En Portugal, l’Épopée française a eu la même destinée qu’en Espagne, mais avec toute sorte d’amoindrissements. En laissant de côté les origines de YAmadis que Tli. Braga estime être portugaises (Sobre a origem portugueza de Amadis de Gaula , Rivista di filologia romanza, I, 3; pp. 179-188. Cf. Romania, 1874, p. 118), on ne saurait guère signaler que quelques romances véritablement dérivées de traditions qui appartiennent au cycle carolingien. Encore sontelles très vagues et traduites, de l’espagnol. (Romanceiro, Choix de chants portugais traduits et annotés par le comte de Puymaigre, 1881; cité par K. Nirop, éd. ital., pp. 261, 262.) Encore ici, c’est le Fierabras qui a exercé son influence inattendue et étrange. Toute la vogue a été pour une traduction portugaise de YHistoria del emperador Carlemagno , traduction faite sur le texte espagnol de Nicolas de Piamonte et qui parut à Lisbonne en 1728, à Coïmbre en 1732. Succès énorme, et qui devaitunjour exciter les libraires à publier des Suites qui étaient évidemment « attendues par le public». La Segunda jgarte parut en 1737 et la Tercera en 1745. L’une a pour auteur Jeronimo Moreira, et l’autre, où Bernard del Carpio est remis en gloire, Alexandre Caetano Gomez Flaviense. 11 est à peine utile d’ajouter que ce sont œuvres de pure imagination et où la légende n’occupe plus de place. Au reste, la date de ces publications est significative. C’est donc au xvmc siècle qu’il faut placer au Portugal cette résurrection inespérée d’une vieille légende française. Et combien défigurée !

1 chap xS’i'i 1U assez haut pour rendre pleine justice à nos vieilles

- chansons, à leur inspiration, à leur originalité, à leur

beauté sauvage et fîère. Intelligence très vaste et très sincère, Mila y Fontanals a écrit une œuvre que les meilleurs savants de France et les plus épris de leur pays eussent été très fiers de signer. Il a bien mérité de la France et de la vérité. Je suis de ceux qui aiment passionnément l’Espagne et ne peuvent jamais en entendre médire sans ressentir une véritable et profonde indignation. On comprend donc le sentiment qui m’anime, quand je salue ainsi un grand érudit espagnol qui aimait la France. « Ne trouvant qu’un tombeau, je le couvre de fleurs. »

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