CHAPITRE XXVIII
LES VOYAGES DE l'ÉPOPÉE FRANÇAISE, VI, EN ITALIE
Il semble qu’on puisse aujourd’hui faire tenir en quelques pages l’histoire de notre Épopée en Italie. - Les jongleurs français envahissent de bonne heure l’Italie du nord et y colportent nos chansons françai- 1 ses qu’ils accommodent de leur mieux aux exigences des oreilles italiennes; mais bientôt, ces Lombards, ces Trévisans, ces Vénitiens se piquent d’honneur et composent eux-mêmes, sur des exploits et des héros d’origine française, un certain nombre de chansons « dans une langue factice qui a le français pour base, mais qui est fortement influencée par le vénitien et le lombard ». Arrivent ensuite les compilateurs, qui mettent en prose une sélection de nos vieux poèmes, et des poètes véritablement italiens qui— parfois avant les prosateurs eux-mêmes — développent, en une langue véritablement italienne, les vieilles légendes françaises de plus en plus embellies ou déformées, jusqu’au moment où paraissent de grands, de vrais poètes qui réduisent décidément ces légendes à n’être plus qu’un canevas sur lequel ils ourdent les plus originales, les plus éclatantes, les plus admirables broderies : tels Pulci dans son Mor gante, Bojardo dans son Orlando