I PART. LIVR. II. CH AP. XX VIII
Vue d’ensemble sur l’histoire de
'Epopée française en Italie."
i part. uvr. ii. innamorato, et surtout l’Arioste clans son Orlando
11 ne restera désormais à nos vieilles
fictions nationales d’autre refuge en Italie que ces petits livres populaires où l’on reproduit tant bien que mal les très médiocres versions en prose de nos imprimeurs des xvc et xvie siècles. Ils y circulent encore, et c’est à la fois le dernier outrage que subit notre Épopée et le dernier hommage qu’on lui
rend 4.
Pour parler plus net, cette longue histoire peut se diviser en quatre grandes périodes auxquelles il convient de donner des noms qui les désignent brièvement : période française, période franco-italienne, période italienne, Renaissance 2.
Nous disions plus haut que la diffusion de nos chansons n’offrait pas le même caractère dans tous les pays où elles ont victorieusement pénétré. Rien n’est plus
1. Cf. G. Paris, La Littérature française au moyen âge, § 32, pp.51, 52 : « C’est en Italie que l’Epopée française devait faire sa plus étonnante fortune. Dans le nord de la péninsule où se parlaient des dialectes plus ou moins voisins du français, nos poèmes avaient pénétré de bonne heure. Bientôt ils furent remaniés, puis imités dans une langue factice, ayant le français pour base, mais fortement influencée par le lombard et le vénitien. Parmi ces imitateurs il s’en trouva qui eurent de l’imagination et un vrai mérite littéraire comme le Padouan anonyme qui composa la première partie d’un vaste poème sur l’Entrée de Spagne (la suite est de Nicolas de Vérone). Leurs oeuvres furent plus tard, surtout en Toscane, imitées en prose et en rime italiennes : des poètes d’un talent de plus en plus brillant, Pulci, Bojardo, Arioste, sans parler des autres, prirent à leur tour ces imitations pour bases de leurs poèmes célèbres en les transformant d’ailleurs considérablement, Pulci par l’ironie, Bojardo et l'Arioste par l’immixtion dans la matière de France de l’esprit des romans bretons et des formes classiques de l’antiquité. Ainsi, l’Épopée carolingienne, morte en France, trouve en Italie sa renaissance imprévue. C’est là quelle a reçu la forme, sinon la plus appropriée à son génie, au moins la plus artistique ; c’est là aussi que, jusqu’à nos jours, elle est restée la plus populaire. » — 2. D’autres divisions ont été proposées (v. Histoire poétique de Charlemagne, 201; Romania, 1873, p. 361, etc.). Nous avons nous-mêmes (III, p. 554-561) partagé en huit périodes l’histoire du Roland en Italie; mais chaque chanson a son histoire spéciale et qui est sujette à des subdivisions particulières.