VI. EN ITALIE
livres, et c’est avec cette division, c’est sous cette I PART. LIVR. U.
forme exacte qu’on les a cent fois réimprimés depuis - -
le xve siècle. Il est aujourd’hui démontré que Y Aspromonte, la Spagna et la Seconda Spagna ne forment pas, comme on a pu le croire, les livres VII, VIII et IX de la grande compilation d’Andrea daBarberino h C'est donc devant les « six livres » qu’il nous faut faire halte. Les trois premiers ont pour objet l’histoire de toute une race de rois de France qui est antérieure à Pépin, et c’est là qu’on peut trouver (comme on l’a dit avant nous) quelque vestige de l’épopée « mérovingienne ». Les livres IV et Y sont consacrés à Beuves d’Hanstone, et c’est en Italie seulement qu’on a eu cette idée singulière d’introduire brutalement le Bovo d’Antona (sans trop savoir pourquoi) dans le corps des Royaux de France. Le sixième livre est, à nos veux, le plus important de tous et comprend tout ce qui touche à la mère de Charlemagne, aux enfances du grand empereur, à celles de Roland : une Berta, un Mainetto et un Orlandïno précédé de Berta e Mïlone.
Il est aisé de voir, malgré tout, que le plan du compilateur italien devait être beaucoup plus vaste et qu’il s’est arrêté, non pas à moitié chemin, mais presque au commencement de la route. Si vaillant qu’il fût, il a reculé. Est-il bien certain qu’il avait d’abord composé Y Aspromonte, eA qu’il n’a écrit les vrais Reali que pour lui servir d’introduction ? Ce qui semble mieux prouvé, c’est que Y Aspromonte , sans avoir jamais fait officiellement partie des Reali , dut être considéré par
1. V Aspromonte avait été en 1835 signalé par Ranke, ainsi que la Spagna en prose et la Seconda Spagna, comme une véritable Suite des Reali ( Mémoires de V Académie de Berlin, Philos, class., p. 460). C’est à Pio Rajna que revient l’honneur d’avoir démontré, le premier, que Y Aspromonte et les deux Spagna en question ne doivent pas être légitimement considérés comme les livres VII, VIII et IX des Reali.
Andrea da Barberino comme la suite nécessaire de ses six premiers livres. Il ne faudrait pas aller plus loin dans la voie de l’hypothèse : le très fécond compilateur se proposait sans doute d’écrire une Spagna; mais il aura été détourné de cette œuvre rêvée par je ne sais combien d’autres œuvres qu’il a menées à bonne fin. En résumé, les Reali, composés des six livres énumérés plus haut, n’ont d’autre complément que YAspromonte , lequel ne fait pas avec eux un seul et même corps d’ouvrage. Tel est, je pense, l’état actuel de la question.
Les Reali étaient en réalité une entreprise trop hardie et qui était condamnée à un avortement ; mais tels qu’ils sont, ils ont conquis, dans toute l’Italie, une popularité à laquelle on ne saurait rien comparer. « C’est encore aujourd’hui le livre le plus populaire de l’Italie : tous les Italiens que j’ai interrogés, dit Rajna, m’ont attesté ce fait pour leurs provinces respectives. On cite des libraires qui se sont enrichis à faire de mauvaises réimpressions de ce livre, et il n’est pas rare que, sur les murailles de quelque ville suffisamment cultivée, on lise une annonce ainsi conçue : Questa sera , il loro servo burattinaro rappresenta Bovo d’Antona , terza parte dei Reali. di Francia L » Joignez à cela les improvisateurs qui vulgarisaient naguère ces mêmes Recdi dans tous les carrefours et à tous les coins de rue : il y en eut même un qui les versifia, hélas! et composa al improviso quatre-vingt-dix-huit chants en octaves. C’était un certain Cristoforo Fiorentino qui vivait à la fin du xvc siècle et s’était modestement laissé surnommer YAltissimo 1 2. Il ne put achever son œuvre ; mais on
1. Pio Rajna, I Recdi , p. 309; G. Paris, Romania, 1873, p. 365. —
2. V. pins loin, IV, 45. Cf. G. Paris, Histoire poétique de Charlemagne, p. 194 et Romania , 1873, p. 365.