I PART. LIVR. II. CHAP. XXVIII
La Spagna.
1 chap. xxvni.11* d’un poète populaire toscan qui a voulu garder l’ano- “ nyme. Son épithète d ’istoriata, sur laquelle on avait risqué plus d’une hypothèse, ne se rapporte en réalité qu’aux miniatures dont un de ses manuscrits était « historié 1 ». Les sources auxquelles notre toscan a remonté sont connues : c’est Y Entrée de Spagne et cette Guerre d’Espagne à laquelle on a donné de nos jours le nom peu exact de Prise de Pampelune ; c’est le texte du Roland qui est conservé dans le plus ancien des manuscrits de Venise, et où l’on a intercalé un e Prise de Narbonne; ce sont enfin ces remaniements du Roland qu’on désigne sous le nom de Roncevaux. Un rôle considérable y est donné à certains personnages que notre épopée avait laissés dans la pénombre : tel ce Baudouin, fils de Ganelon, héros qui fait oublier la traîtrise paternelle, comme le Gérald de la Fille de Roland, figure charmante et qu’on a plaisir à retrouver dans toutes les versions italiennes. Consacrée à des exploits depuis longtemps populaires, toute pleine des grands souvenirs de Charlemagne et de Roland, intelligemment composée, et sous cette forme d’octaves où s’est complu le génie italien, la Spagna en vers a eu un immense et durable succès que l’imprimerie a consacré et agrandi. Elle mérite enfin d’être considérée (le mot, qui est très juste, est de Gaston Paris) comme « le prototype de la forme épique en Italie 2 ».
Une telle œuvre, et qui réussit à ce point, ne peut manquer de provoquer des imitations.
1. Pio Rajna ne signale que trois manuscrits de la Spagna. M. Antoine Thomas a retrouvé, à la Bibliothèque Nationale de Paris, deux autres manuscrits (fonds italien, nos 395 et 567), dont personne ne semblait avoir soupçonné l’existence et qui pourtant sont décrits, 'depuis 1835, dans l’ouvrage bien connu du docteur Marsand : I manoscritti italiani délia regia bibliotheca Parigina . ( Romania , 1885, pp.207 et ss.) — 2. Histoire poétique de Charlemagne, p. 193.