‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 88 sur 217 · VI. EN ITALIE · texte numérisé non relu

VI. EN ITALIE

La Botta cli Roncisvalle 1 n’est qu’une imitation de PART- UVR- "•

A CHAP. XXVUI.

la Spagna in rima , ou l’on ne trouve que peu d’élé- — - - *

ments vraiment nouveaux, mais où l’auteur a laissé librement courir son imagination , tout en reproduisant intégralement de longs fragments de son modèle. Il écrit en vers lui aussi, mais avec certaines allures de style populaire, et ne connaît guère d’autres sources que celles de son devancier. L’œuvre est sans doute de la première partie du xvc siècle, et l’on y voit, contre toutes les règles de la vérité historique, figurer auprès de Charlemagne « les comtes d’Alençon, de Bourbon, de Saint-Omer et d’ Armagnac ». On ne s’étonnera pas si ce remaniement médiocre n’a pas eu tout le succès de l’original.

La Spagna en prose 2 a eu de singulières destinées.

11 fut un temps, qui n’est, pas loin, où l’on a pu la considérer comme faisant officiellement partie des Reali dont elle aurait, disait-on, formé le huitième livre.

On allait plus loin et, emporté par la vraisemblance, on lui attribuait un rôle considérable dans F évolution de la littérature au-delà des Alpes. On en faisait le véritable trait d’union entre les poèmes français et les œuvres italiennes. Il a fallu renoncer à d’aussi spécieuses théories et admettre décidément, avec Pio Rajna, que la Spagna en prose est postérieure à la Spagna in rima , laquelle fut écrite à la fin du xiv° siècle. La voilà donc bien déchue de sa première gloire ; mais il lui reste d’avoir eu une véritable influence, une vaste diffusion et de nombreux lecteurs. De même aussi que nous avons constaté plus haut l’existence de deux familles de la Spagna en vers; de même, nous avons à constater deux familles très distinctes de la Spa-

1. V. plus loin, III, pp. 407 et 559. — 2. Cf. également, III, pp. 407,

408 et 559.

I PART. LIVK. II. qna en prose. Nous venons de parler de la première :

GHAP. XXVIII. , 1 A A

- le Viaggio di Ccirlomagno in Ispagna 1 est le nom sous

lequel nous connaissons la seconde. C’est une compilation du xvc siècle où, comme nous le verrons, l’auteur a surtout mis à profit Y Entrée de Spagne, la Prise de Pampelune et un Galien qui est sans doute emprunté à un roman franco-italien. Nous aurons lieu d’en donner ailleurs une analyse complète et d’en tirer un notable parti pour combler les lacunes de Y Entrée de Spagne. Quant aux différences qui séparent l’affabulation de la Spagna en prose proprement dite de celle du Viaggio , il sera facile de s’en faire à tout le moins une idée générale et sommaire, si l’on veut bien se reporter plus loin aux Notices de Y Entrée de Spagne , de la Prise de Pampelune, du Roland et du Galien 2.

L’important, — à travers tant de détails que nous essayons de simplifier et tant d’obscurités que nous voudrions éclaircir,— c’est de saisir nettement, en une vue d’ensemble, l’enchaînement de toutes ces œuvres qui furent consacrées à la grande expédition d’Espagne. Un poète inconnu rime, vers 1380, l’histoire de cette guerre héroïque, en se servant de quelques modèles franco-italiens ou français, et voilà la Spagna in rima. Un second poète, au commencement du xvc siècle, la contrefait, en l’abrégeant et en la modifiant sans trop de scrupule, et voilà la Rotta di Roncisvalle. D’autre part, un compilateur, qui connaît et cite la Spagna in rima, lance dans le monde une Spagna en prose qui ne saurait être antérieure à 1380, et voilà notre Spagna en prose, à laquelle le Viaggio, œuvre

1. Publié par Ceruti en 1871 (Bologne, Romagnoli). V. plus loin, III, pp. 408 et 560. — 2. On trouvera plus loin des analyses développées de la Spagna in rima, III, 580, 581; de la Rotta, 581, 582; de la Spagna en prose, 424-426; 461; 583-586; du Viaggio, 294, 295; 332, 333; 426-431; 454-457; 461-465; 584-586.

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