VI. EN ITALIE
du xv° siècle, fera bientôt une concurrence plus 1 PART- LIVR- h.
ou moins sérieuse. C’est encore un peu compliqué, - •
mais à peu près clair.
Heureusement, la geste de Guillaume n’a donné lieu Les Nerbonesi. en Italie à rien de pareil. Une œuvre, immense à la vérité, mais unique, les Nerbonesi, concentre ici notre attention au lieu de la disséminer. L’auteur de cette énorme compilation nous est déjà connu, et c’est cet infatigable prosateur auquel nous devons déjà les Reali et Y Aspromonte ; c’est cet Andrea da Barberino 1 qui a dû travailler plus de dix heures par jour durant de longues années et qui n’a certes pas eu le loisir de remettre vingt fois son œuvre sur le chantier. On ne sera pas surpris qu’on ait essayé de relier les Nerbonesi aux Reali 2 ; mais un tel lien n’a rien de solide, et les deux compilations sont indépendantes l’une de l’autre.
Il est vrai que, dans l’une et l’autre, Andrea da Barberino emploie exactement les mêmes procédés et qu’il y copie, plus ou moins librement, des modèles qui ont certainement la même origine, je veux dire des romans français ou franco-italiens. Avait-il sous les yeux quelques-uns de ces vastes manuscrits cycliques qui sont un des caractères de la geste de Guillaume ?
Avait-il pris le soin délicat de se composer une bibliothèque spéciale et d’y rassembler un àuntouslesromans dont il voulait utiliser le texte. On ne saurait résoudre un cas aussi litigieux; mais enfin, et quelle que soit la solution de ce problème, nous avons pu reconstituer soit ce manuscrit cyclique, soit les différents
1. L’œuvre est de la fin du xive ou du commencement du xve siècle. — 2. V. plus loin, IV, pp. 32, 33.
PART.uvn.n. manuscrits en question, et l’on peut se convaincre
- que l’auteur italien avait sous la main et a traduit
ou imité les Enfances Guillaume, Macaire, le Département des enfans Aimeri, le Siège de Narbonne, le Couronnement Loois, Guibert d’Andrenas, le Charroi de Nîmes, la Prise d'Orange, Aimer le Chétif (poème perdu), la Covenant Vivien, Aliscans, Foulques de Candie, la Bataille Loquifer, le Moniage Renoart et le Moniage Guillaume l. Voilà bien des modèles. Il est difficile d’admettre qu’un seul manuscrit cyclique ait contenu tant de chansons, et qu’il ait notamment renfermé, à la fois, le Macaire et l’interminable Foulques de Candie. De toute façon, on avouera que la bibliothèque d’Andrea da Barberino était assez bien composée.
Les Nerbonesi 2, écrits dans ce style flasque et long de la plupart des versions italiennes en prose, ne se lisent pas cependant sans intérêt. Il y a tels chapitres qui nous offrent un cours complet d’histoire universelle, telle qu’on la comprenait au commencement du xive siècle 3. La mise en scène de ces singulières leçons est des plus ingénieuses. Nous sommes au moment ouïe jeune Louis va être couronné empereur: la scène se passe à Paris, et toute la ville est en liesse. On sait comment on décorait alors les rues et les places : on les jonchait de verdures et de fleurs, et l’on tendait, sur tous les murs, des tapisseries ou des toiles peintes sur lesquelles on figurait les scènes les mieux appropriées à la fête. Or, ce jour là, on imagina, en l’honneur du fils de Charlemagne, de représenter
1. Cf. le « tableau de concordance » que nous ayons dressé, IV, pp. 44, 45. — 2. Nous en avons donné une analyse très développée, IV, pp. 34 et ss. —3. Livre III, chap. xix, xxn (éd. Isola, pp. 339-359). Cf. une singulière histoire de la ville de Paris, livre IV, chap. i, (Isola, I, pp. 366-368).