‹ Les épopées françaises (volume 2)Chapitre 93 sur 217 · VI. EN ITALIE · texte numérisé non relu

VI. EN ITALIE

plus ou moins libres ou défigurées : l une de ces deux 1 IAIlT- L1VR- ,r-

rédactions est un poème toscan en octaves de la fin du - -XVm‘

xivc siècle, de proportions effroyables — quarante-sept chants, trois mille sept cents octaves! ! — que deux manuscrits nous ont en partie conservé, et qui a été

(Vérone) et ne voulait pas payer à l’Empereur le tribut qu’il lui devait.Ce « Maximo Çudé » avait fort mal reçu les ambassadeurs de Charles ; mais celui-ci, qui n aime plus les hasards de la guerre, ne désespère pas d'arriver à une paix durable grâce à un dernier message. Quel sera le nouveau messager? Tous les Français désignent Ogier, qui accepte, mais à contre cœur, et après avoir solennellement laissé son fds Baudouin sous la tutelle et la garde de l’Empereur. Le Danois se met en route, seul : il arrive en Italie, fait halte à Pavie et à Brescia. Il admire fort cette belle cité « qui a jadis été fondée par Verçilio » et n y apprend que de fort mauvaises nouvelles sur le compte du terrible Maximo. Rien ne peut cependant l’empêcher de poursuivre sa route, et le voilà sous les murs de Marmora, devant des fourches patibulaires où ballottent trente pendus. Le Danois entre, sans montrer d’effroi, au palais du Maximo qui est précisément en un grand accès de colère parce qu’il vient de perdre un faucon : « Renie ta foi, ou tu seras pen- « du », dit-il au Danois. On laisse à Ogier quelque répit, et il sait en profiter si bien qu’avec l’aide de son hôteier et de quelques amis inconnus, il arrive à pénétrer de nouveau dans le palais du roi païen et à lui trancher la tête. Bataille dans la ville ; victoire des chrétiens ; délivrance finale de Marmora dont Ogier fait généreusement présen^ à son bon hôtelier. Puis le Danois se dirige, vainqueur, vers la France, où le narrateur nous transporte sans vaine transition. Le fils de l’Empereur, Char- 1 ot, est jaloux du fils d’Ogicr, de Beau-

insolemment à payer le tribut à l’Empereur. On lui a envoyé messager sur messager : aucun n’est revenu : « Je consens à y aller, dit alors « Ogier; mais je vous confie mon fils Beaudouin. « — Il ne quittera point mon fils Chariot », répond Charles. Ogier part et arrive en Italie. Premiers exploits. Après avoir tué en route le sénéchal de Massimione à Brescia, le Danois est blessé mortellement par le « portier » de Vérone, mais est guéri par une herbe merveilleuse. Rencontre d’une fée qui jouera plus tard un grand rôle dans le dénouement du poème ; entrée à Vérone. — Près de Massimione se trouve alors le roi d’Esclavonie, Lucano, qui a promis au tyran de Vérone de lui donner sa fille en mariage. Ogier paraît devant le Sarrazin et remplit son message avec l’habituelle insolence des ambassadeurs de notre épopée. Massimione s’emporte et ordonne de pendre le messager français qui est sauvé du dernier supplice grâce à son courage et à l’intervention de Lucano. Il lui faut cependant passer par une terrible alternative : « Le Danois donnera au roi païen trois coups d’épée et mourra, s’il ne lui fait aucun mal ; ou bien il devra recevoir trois coups du Sarrazin. » Ogier se décide pour le premier parti; mais Massimione est revêtu d’une armure impénétrable, et les deux premiers coups du Danois ne l’atteignent pas. Avant de porter son troisième coup, Ogier se recommande à la Vierge qui lui envoie saint Georges. Celui-ci dirige lui-même l’épée du baron chrétien, et Massimione, transpercé, tombe mort. Lucano qui a vu de ses yeux la Vierge et saint Georges descendre au secours du Danois, se convertit soudain et demande le baptême. Alors tout change : Ogier, avec son compagnon Berlinghieri et son nouvel allié Lucano, entreprend et achève la conquête de toute cette partie de l’Italie qui était aux mains des Infidèles. Didier, le roi Didier, arrive avec des évêques et des clercs : baptême général des païens. Lucano offre sa sœur à Ogier qui est marié et ne peut l’accepter : c’est Berlinghieri qui l’épouse. Le Danois envoie un bref à Charles pour lui apprendre toutes ces nouvelles et lui recommander de nouveau son fils Beaudouin. La scène se transporte soudain à la cour de l’Empereur où l’on reçoit le message d’Ogier : allégresse universelle, danses et chants. Au milieu de toute cette joie, un seul homme est sombre et triste : c’est Ganelon. Dans ce triomphe du Danois, Ganelon ne voit que trop clairement l’exaltation des Chiaromontesi et l’abaissement des Maganzesi. 11 va trouver le fils de l’Empereur, Chariot, et l’excite perfidement contre le fils d’Ogier : « C’est à ce Beaudouin. lui dit-il, que voce tre père veut laisser sa couronne. » Chariot, qui aime sincèrement le fils d’Ogier, ne se montre aucunement irrité de cette préférence donnée à son ami ; mais, quand Ganelon ajoute : « Vous « serez désormais tenu pour un bâtard », il s’irrite enfin et ne repousse plus les mauvais con-

IPOTAP.xxvm.n' souvent réimprimé in extenso de 1498 à 1638. L’autre rédaction est en prose italienne, et l’on ne saurait la faire remonter plus haut que la fin du xivc siècle. C’est une œuvre qui est principalement consacrée à Renaud de Montauban et qui est intitulée, d’une façon très

douin, et ne peut pardonner à l’enfant la gloire trop vive de son père. 11 ne trouve que trop aisément le moyen d’assouvir sa haine et, un jour, à la chasse, frappe mortellement le pauvre Bcaudouin. Cette mort excite une grande rumeur. Douleur profonde de la femme d’Ogier, Floriamon ; colère de Charles contre son fils auquel il n’accorde que trop vite un pardon immérité.

Ogier, voici Ûgier ! On s’attendait à une effroyable colère ; mais Chariot s’agenouille devant le père de sa victime et obtient sur-le-champ sa grâce. Le Danois se console en racontant sa campagne d’Italie, et le récit tourne en longueur. Une partie d’échecs va ranimer l’intérêt, et Chariot la perd. C’est Ogier qui était son adversaire, et l’enfant s’emporte contre lui avec cette rage féroce qui est commune à tous les « perdants» de nos vieilles chansons : « Je ferai de toi, dit-il « à Ogier, ce que j’ai fait de ton fils « que j ai tué avec un couteau tran- « chant. » Le Danois, cette fois, n’est plus maître de lui et, d’un coup d’échiquier, écrase le cerveau de Chariot et le tue. L’Empereur voudrait que le meurtrier pavât sur le champ son crime de sa tête ; mais Roland intervient et sauve Ogier qu’on jette en prison et qu’on espère affamer. Cependant le roi païen Braïer tient un conseil. Il a envoyé, dit-il, un messager â Charles, pour le sommer de renier sa foi; mais l’Empereur ne lui a répondu que par le mépris et l’insolence. A tout prix Braïer se vengera, et voici qu’il part pour la France et se dirige droit vers Paris. Ce qu’il veut tout d’abord, c’est un duel seul à seul, un duel avec Charles, un

seils de Ganelon. Or, on venait d’annoncer de grandes joutes à Saint-Denis. Chariot, tout vêtu de blanc, s’y rend avec cent cinquante damoiseaux, blancs aussi; Bcaudouin, vêtu de rouge, avec autant de damoiseaux « rouges. » Le fils d’Ogier, dans la joûte, frappe Chariot qui a changé de cimier, et qu’il ne reconnaît pas; dès qu'il s’aperçoit de sa méprise, il tombe aux pieds du fils de l’Fmpereur en lui demandant pardon. Celui-ci, qui n’agit en tout ceci que sous l'inspiration de Ganelon, se jette sur Beaudouin et lui sépare la tête du bû. Le corps du fils d’Ogicr est transporté à Paris ; douleur poignante de sa mère Ermeline ; indignation de Roland et de Renaud ; désespoir de l’Empereur : « Malheureux fils de Pépin, je ne suis plus « digne de porter couronne : j’ai manqué de paie rôle à Ogier. O lasso de me, lasso de me !» Et voici qu’au moment même où l’on dépose dans le temple le corps du pauvre Beaudouin, Ogier, triomphant, arrive. On lui cache la triste nouvelle ; on lui persuade que son fils est à la chasse. Cependant le Danois s’émeut en voyant Renaud et Roland qui, de douleur, se sont enfermés dans leurs palais et sont vestiti a bruno. Puis, il trouve sa femme Ermeline, toute en larmes, qui ne se peut contenir et lui crie : « Ton fils est « mort. » On conduit le Danois à la tombe de Beaudouin qu’il fait ouvrir : « Cher fils, réponds « à ton père; réponds moi. » Fou de douleur, il prend alors le cadavre entre ses bras et le promène ainsi , comme un banbolino, dans tout Paris.» Puis, toujours enrage, il va trouver l’Empereur, et lui adresse les plus sanglants reproches. Chariot, qui devrait éviter le regard d’Ogier, cède de nouveau aux détestables conseils de Ganelon et, avec une audace infernale, se place soudain devant le père de sa victime :

« Oui, c’est moi qui ai tué ton fils, et je te tue- «rai de même.» Ogier, cette fois, n’écoute que sa colère et, d’un seul coup de son épée, abat Chariot et le tue. C’est le signal d’une lutte sans nom dans le palais impérial : les Mayençais se jettent sur Ogier qui est en vain défendu par Roland, par Renaud, par Olivier. L’Empereur, malgré tout, triomphe et veut que sur le champ Ogier soit mis à mort. Grâce à Roland, on se contente de le jeter dans une prison où Ganelon espère le voir bientôt mourir de faim ; mais le neveu de Charles n’abandonne pas le Danois et lui fait passer en secret les vivres nécessaires. La colère de l’Empereur est d’ailleurs aussi vive que le premier jour, et Charles défend, sous peine de mort, qu’on prononce devant lui le nom du meurtrier de son fils, le nom d’Ogier. Un grand malheur, cependant, menace l’Empire qui est soudain envahi par le roi de Nubie, Bravieri (c’est le Brehus ou le Bréhier de nos chansons françaises) qui vient mettre le siège devant Paris. Ici se place une scène qui est imitée de nos vieux poèmes : Bravieri, en

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