VI. EN ITALIE
significative : Lestorïe di Rinaldo ; mais Ogier y tient presque autant de place que le fils d’Aimon, et le terzo libro notamment atout entier pour objet la « Gheva-
duel avec chacun de scs barons. On s’attendait, devant un tel défi, à voir Roland se lever, indigné, et ramasser le gant ; mais Roland lit dans l’avenir et comprend que le Vengeur désigné est Ogier. Il se tait et attend. Olivier, lui, n’a pas ce don de clairevue : il engage vaillamment la lutte avec Braïer et est vaincu. L’Archevcque aussi est vaincu ; puis, un à un, tous les autres, sauf le très placide Roland qui compte toujours sur Ogier et prédit sa victoire. Cependant, le Danois est en prison, et il faut, tout d’abord, l’en faire sortir. Ogier se refuse , d’ailleurs , à délivrer l’Empereur et l’Empire, et c’est en vain que le vieux Naimes l’en supplie :
« Non, non, dit ce père farouche qui « regrette toujours son fils ; je ne com- « battrai Braïer, qu’aprôs avoir donné « à Charles trois coups de mon épée qui « tranche. » Douleur et hésitation de Charles : « Ne craignez rien, lui dit Ro- « land ; ne vos dalmaçara la monta « d’una allé. » Et il ajoute : « Mieux vau- « drait mourir que tant de bons cheva- « liers ». L’Empereur, enfin, comprend son devoir et se dévoue ; mais Ogier, en réalité, n’a voulu que lui faire peur et rit de le voir, par précaution, couvert d’une double armure. 11 lui donne trois coups pour rire : ne fose por cil une mosche perie. 11 est presque inutile d’ajouter que le Danois tue Braïer, que tous les prisonniers sont délivrés et que les païens .sont mis en fuite. JJ’aqui avanti se rénova lacançon; — Mais non fo tel oldua per nesus hon. (D’après le résumé en italien de P. Rajna, Romania, 1874, pp. 49-54.)
une série de duels qui se ressemblent, est sucsuccessivement vainqueur de Bernard de Provence, d’Otton,de Salomon et d’Olivier, sans parler du roi Fiorello, de Guenes le perfetto traditore, de Richard de Normandie et de Lucano. Roland lui-même, Roland succombe : il est fait prisonnier avec tous les autres, et son cheval Veillantif le pleure « comm' un cristian ». Il faut tout dire : Bravieri est une sorte de démon, et il a, dans la bataille, certain cri terrible, surnaturel, auquel personne ne saurait résister. C’est ce terrible cri qui vient de le rendre si aisément vainqueur de toute l’élite des barons de France. L’Empereur sera-t-il plus heureux ? Il ne désespère pas, il engage la lutte avec Bravieri qu’il jette à terre, mais dont le terrible cri satanique est encore une fois triomphant. Voilà Charles captif avec tous ses pairs, voilà la chrétienté perdue. Contre Bravieri, contre ce démon, on emploie inutilement tous les moyens. On fait venir l’enchanteur Maugis, qui reconnaît bien le Diable dans la personne de Bravieri, mais qui est, hélas ! vaincu comme tous les autres. On mande l 'Apostole, avec toutes les reliques de Rome. Rien n’y fait, et tous les jours, le cri d’enfer, l’horrible cri, jeté par le païen, fait quelques prisonniers de plus. Alors, dans cette grande désespérance de Paris et de la chrétienté, un nom retentit soudain comme celui du seul vainqueur possible : « Ogier, Ogier ! » Malgré les supplications d’Ermeline, malgré les prières du Pape, le Danois, farouche, se refuse à tout ce qu’on attend de lui : il ne demande qu’à mourir dans sa prison avec son bon cheVal qu’on a bien voulu lui laisser comme compagnon. Naimes, le vieux Naimes, sort de Paris et est fait prisonier à son tour : rien n’attendrit Ogier. Tout à coup, au milieu de la nuit, une voix d’en haut retentit, celle de saint Georges : « Va, lui dit le Saint; je « serai près de toi comme à Vérone ». Ogier ne peut plus résister : il s'arme, il baise pieusement les saintes reliques, et voilà que la fée qu’il avait jadis rencontrée près de Vérone lui apparaît inopinément : « Ce cri de Bravieri, ce cri démoniaque, il n’aura sur toi aucun pouvoir, si tu bouches tes oreilles et celles de ton cheval. » C’est ce que fait Ogier , et il tue Bravieri dont le corps exhale un si grand puzo que le Danois lui-même en est épouvanté. « Certes, dit-il, c’est bien un démon « que j’ai tué.» Retour triomphant d’Ogier à Paris, délivrance des prisonniers, départ de l’armée païenne. Alors se passe une scène touchante qui termine cette partie du poème. Ogier, qui a abaissé son heaume sur son visage et qu’on ne saurait reconnaître, Ogier tombe aux pieds de Charles, qui, en effet, ne le reconnaît pas : « Je ne me « lèverai pas avant que l’Empereur ne m’ait par- « donné. — En vérité, dit Charles, je ne sais pas « ce que je puis te pardonner ; mais tu viens de « nous rendre un si grand service que je te parie donne. » Le Danois, alors, lève son heaume, et dit : « Je suis Ogier. » Et quand Charles vit que c’était Ogier, il le serra dans ses bras. (D’après le résumé en italien de P. Rajna, Romania, 1874, pp. 31 et ss.)
1 ch": ^eï>ie )} du Danois. Il ne nous reste plus à parler que
de la Suite étrange qu’on a fait subir en Italie à l’antique légende d’Ogier. Cette Seguita se trouve dans le poème en octaves que nous avons cité plus haut et dans le cinquième livre de ces Storie di Rinaldo sur lesquelles nous n’avons pas à revenir. Un dernier mot : le poème est antérieur à la version en prose.
Puis donc que nous avons ici choisi Uggieri comme type, il ne sera peut-être pas inutile d’esquisser ici, d’après Rajna1, un résumé complet de la Seguita. Ce résumé, que nous essaierons de rendre vivant, sera le reflet du poème en octaves et nous donnera quelque idée des libertés que les Italiens ont prises avec notre légende épique, comme aussi du caractère exact de ces poèmes toscans in rima ottava, de leur affabulation, de leur couleur, de leur style...
Bravieri, le roi païen, est mort sous les coups d’Ogier, et l’Empire a été enfin délivré de ce redoutable ennemi, qui était un « démon d’enfer ». Ogier, qui a tué naguère le fils de Charlemagne, a obtenu enfin le pardon de l’Empereur qui a serré entre ses bras ce libérateur héroïque. Mais à peine une guerre est-elle finie qu’une autre commence. Si Bravieri n’est plus, Marsile menace encore la chrétienté et la France. L’Empereur, qui désire la paix, envoie, comme dans le Roland une ambassade au roi païen. Les deux messagers sont ici Astolfe et Richard d’Ormandia 2 ; Marsile, comme on pouvait s’y attendre, fait saisir les deux ambassadeurs de Charles et charge de leur supplice le roi Libanor, qui en charge lui-même son frère Guliasso, à Tancia. Ils vont périr; mais alors, (comme dans Fierabras et dans vingt autres