Grétry, Essais
l'opéra-comique 141
rîelles' ». On peut se demander pourquoi la même inégalité ne toucherait pas, dans le genre tempéré, des fibres moins profondes, mais sensibles également.
Elle les touche, assure un grand musicien moderne, que sa grandeur ne rend pas injuste pour un des genres moyens de son art. Elle les touche, quitte à les blesser quelquefois. Mais « le petit choc désagréable qu'on éprouve au moment où la musique cesse pour faire place au dialogue », est peu de chose auprès de « la sensation contraire », et de « l'effet délicieux qui se produit souvent dans le cas où le chant succède à la parole^ ».
Ce n'est pas un musicien, c'est un poète qui peutêtre a le mieux distingué les deux éléments ou les deux pouvoirs dont le mélange et l'équilibre est une des lois de l'opéra-comique. Dans son discours de réception à l'Académie française, Alfred de Musset, qui succédait à Dupaty, le librettiste des Voitures versées, analyse finement le caractère ou Véthos du genre et les rapports que l'une avec l'autre la parole et la musique y doivent soutenir. « Il faut, dit-il, saisir le moment précis où l'action peut s'arrêter, et la passion, le sentiment pur, se montrer et se développer. Ces sortes de scènes, où la pensée de l'auteur quitte pour ainsi dire son sujet, sûre de le retrouver tout à l'heure, et se jette hors de l'intrigue et de la pièce même dans l'élément purement humain, ces sortes de scènes sont extrêmement diffi-
1. Voir, dans le bel ouvrage de Gevaert, les Problèmes musi" eaux d'Aristote, les pages relatives à la paracatalogé.