‹ Les epoques de la musiqueChapitre 20 sur 37 · II · texte numérisé non relu

II

voix et à plein cœur : « Tous les hommes sont bons ! » Mais ce qu'il faudrait pouvoir citer avec les paroles, c'est l'air; l'air, qui fait la chanson, qui fait d'elle, avec une ampleur, une allégresse, une verve plaisamment lyrique, la devise et le programme de tout un répertoire. Oui, sur ce théâtre béni, « tous les hommes sont bons », ou presque tous, et les femmes aussi. Les méchants, qui sont rares : un Gaveston, un Comminge, y sont punis. Il n'est pas jusqu'au brigand, dont le poète et le musicien de Fra Diavoîo n'aient fait un type délicieux. Ainsi l'un des plus anciens et des plus modestes personnages de l'opéra-comique en a prédit l'heureux avenir, et c'est le genre entier, c'est l'art des Grétry et des Boïeldieu, des Hérold et des Auber, dont un couplet de Monsigny nous annonce l'idéal indulgent et la souriante moralité.

Voilà pour ce que Taine appelait, dans l'œuvre d'art, le degré de « bienfaisance ». Quant à « l'importance », ou à la généralité, qu'il ne considérait pas moins, le propre de l'opéra-comique, par rapport à des genres supérieurs, tels que la symphonie ou l'opéra, c'est qu'il possède ce caractère à un moindre degré. Le sujet et l'action, les personnages, leurs pensées et leurs sentiments, tout est moyen dans l'opéra-comique. Et même on pourrait ne voir en cette dernière qualité du genre que la somme des deux autres. Par ce juste « tempérament » s'expliquerait l'optimisme d'un art qui ne veut accorder rien de trop à l'émotion, moins encore à la douleur. Le goût de la mesure suffirait pareillement à justifier la combinaison de la musiqueavec le dialogue,

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