‹ Les epoques de la musiqueChapitre 25 sur 37 · II · texte numérisé non relu

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de n'avoir jamais rien épargné pour le plaisir des yeux. Faut-il rappeler jusqu'où se porta, s'égara même, au dix-septième et au dix-huitième siècle, le luxe « de la décoration, l'ingéniosité des machines », l'élégance et l'agrément des « entrées », des divertissements et des ballets! De tous les opéras de Quinault et Lully, Phaéton paraît avôii" été le plus admiré, sinon le plus admirable, et le plus populaire. Il se joua pendant huit mois de suite. Or, si lloiis en croyons un historien digne de foi, l'on y entendait peu de chose. Mais que n'y voyaiton pas! C'est Protée qui sort de la mer, « conduisant les troupeaux de Neptune et accompagné d'une troupe de dieux marins, dont une partie fait un concert d'instruments et l'autre partie danse ». Plus loin, « il se tranforme en lion, en arbre, en fontaine, en monstre marin et en flamme. » Les portes du temple d'Isis s'ouvrent, et « ce lieu, qui avait paru magnifique, n'est plus qu'un gouffre effroyable qui vomit des flammes et d'où sortent des Furies et des fantômes terribles, qui menacent et effrayent l'assemblée. Enfin Phaéton, assis sur le char du Soleil, s'élève sur l'horizon. La terre, consumée, apparaît et supplie Jupiter; la foudre tombe, et le héros est précipité des cieux*. »

A cette somptueuse tradition, le siècle suivant ne se montra pas infidèle. En 1702, l'auteur d'un Parallèle des Italiens et des Français en ce qui regarde la mil' sique et les opéras, Raguenet, estime encore que « la grande supériorité de l'opéra français est dans les

I. Cité par M. Romain Rolland dans son Histoire de l'Opéra en Europe avant Luliy et Sçârlaiti; Paris, E. Morin, 1895.

LE GRAND OPERA FRANÇAIS IqS

chœurs, les divertissements, les danses, les habillements, la perfection extérieure et la pompe du spectacle* ». Le grand Rameau lui-même ne songea point à réduire l'importance de l'appareil ou de l'apparat scénique. Mais il semble que Gluck y ait attaché moins de prix. Si pittoresque, si favorable à la mise en scène que puisse être, dans Orphée, le tableau de l'Enfer ou celui des Champs-Elysées, s'il est vrai qu'Armide surtout soit le plus « opéra » des chefs-d'œuvre du maître, le simple et classique décor du temple ou du palais pourrait presque suffire à la représentation d^Alceste et de l'une et l'autre Iphigénie.

Le jour vint, ou plutôt il revint, où les spectateurs français réclamèrent davantage. Spontini les servit à souhait. Olympie « fut annoncée avec pompe et mise en scène avec l'appareil le plus brillant, le plus formidable que l'Académie eût encore déployé^ ». Des chevaux y parurent, et même des éléphants. Henri Heine, qui vit la chose à Berlin, a raillé, dans une de ses lettres de jeunesse, le luxe matériel de la mise en scène et de la musique elle-même. « Gela ne manquait ni de timbales ni de trompettes, et quelqu'un proposa, pour éprouver la solidité des murs du nouveau théâtre, d'y exécuter cet ouvrage. Un autre, au sortir de cette bruyante Olympie, entendit passer la retraite militaire et, reprenant haleine, s'écria : « Enfin, voici d'aimable musique. » Tout Berlin s'est moqué des innombrables trompettes et des éléphants qui figurent dans le spec-

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