L OPÉRA SYMPHONIQUE WAGNER
l'oici le dernier âge de la musique. J'entends sa forme la plus récente, celle d'hier, celle encore d'aujourd'hui, sinon peut-être, comme on l'a trop dit, celle de « Tavenir », ou seulement (déjà certains signes le montrent) celle de demain. Le nom d'opéra symphonique, mieux que celui de drame lyrique, nous paraît propre à désigner le genre que nous allons étudier. Un opéra, par définition, et par une définition aussi large qu'ancienne, c'est toute pièce, toute action, sérieuse, tragique même, ou légère, — Tristan comme Falstaff, le Barbier de Sévi lie ou Fidelio, — représentée par les sons. De plus, il semble bien que cette expression : « lyrique », risque de conserver au lyrisme, c'est-à-dire au chant pour le chant, à la mélodie autonome, une part que, dans le drame musical, elle ne possède plus. L'épithète de « symphonique », au contraire, met tout de suite au premier rang, dans le titre, l'élément qui, dans la réalité, s'est fait la première place. Ainsi les mots s'accordent mieux avec les choses. Ils leur ressemblent davantage. La poésie elle-même ne s'y est pas trompée.
Quando Wagner possente mille anime intona Ai cantanti metalli, tréma agli umani il core *.
Dans l'opéra symphonique de Wagner, les métaux ne sont pas seuls chantants ; les cordes, les bois, y ont aussi leur voix, avec leur âme. Mais quand les hommes, en l'écoutant, sentirent frissonner leur cœur, c'est la symphonie surtout qui les émut d'un frisson nouveau.
Nous avons dit: l'opéra symphonique de Wagner. Ce n'est pas tout à fait cela, ou plutôt ce n'est pas cela seulement. L'œuvre de Wagner est le sommet du genre. Mais plusieurs degrés y conduisent, et nous devons les gravir.
Le premier fut taillé dans le marbre italien, et Monteverde est le nom qu'il faudrait y inscrire. Dès le début du dix-septième siècle, l'opéra vient à peine de naître dans un salon de Florence, et d'y naître — nous l'avons vu naguère — monodique et récitatif, que déjà la symphonie ou l'orchestre s'y introduit. Monteverde est l'auteur de cette introduction, et s'il est vrai, comme on le dit communément, que la variété des sons, le timbre, soit le coloris de la musique, il est naturel aussi que le don lui en ait été fait par un maître vénitien. L'orchestre de Monteverde, d'après les indications que porte la partition de VOrfeo, ne comprend pas moins de trente-six instruments. De plus, on voit apparaître, dans l'œuvre