‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 117 sur 129 · IL. xxiv, 87; M., 989; B · texte numérisé non relu

IL. xxiv, 87; M., 989; B

ment doué, il est impossible de remédier à cette disgrâce. Pour chercher à se former l'esprit et le sentiment par des conversations, des lectures, ou tout autre moyen, il faudrait déjà pouvoir faire un choix, c'est-à-dire avoir l'esprit formé. « Ainsi cela fait un cercle d'où sont bienheureux ceux qui sortent < » ; et ils n'en peuvent sortir que par une rencontre heureuse, qui les aura fait entrer dans une société comme celle que Pascal lui-même a rencontrée autour du duc de Roannez et de Méré.

Pour ceux qui n'ont pas l'esprit fin, tous les préceptes de rhétorique sont inutiles : à quoi bon en effet offrir une méthode à celui qui n'a point les facultés indispensables pour s'en servir? Quant aux autres, à qui le sort favorable a accordé cette précieuse prérogative, assurément ils ont une règle. Seuls, ils peuvent juger de ce « modèle d'agrément et de beauté qui consiste en un certain rapport entre notre nature... et la chose qui nous plaît»; seuls, ils ont le « bon goùt^ ;>; seuls, ils peuvent porter sur les choses de l'esprit des jugements absolus et certains : ils peuvent dire « il faut 3 », ils ont leur montre *. Mais, qnnnr] j) «'agit, dt^ pr^^risf^r l es règle s de cette méthode si <• difQcile», si « subtile », si « admirable », Pascal se dérobe et se déclare incompétent. Sans doute, elles existent; et même, elles sont « aussi sûres, aussi efficaces » que celles de la démonstration mathématique; mais combien difficiles à formuler! Elles supposent, en effet, une connaissance approfondie de la sensibilité si variable el si inconstante, elles exigent une étude perspicace de l'âme de tous les hommes, dans les diverses situations, dans les divers moments de leur vie, dans la complexité insaisissable, dans la mobilité fugitive de leurs sentiments et de leurs passions. Aussi, Pascal, effrayé de l'immense labeur de cette tâche, « s'y sent tellement disproportionné qu'il croit la chose absolument impossible •» ».

1. H., VII, 16; M., 136; B., 6. — C'est encore une prédestination-

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