‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 118 sur 129 · Art de persuader · texte numérisé non relu

Art de persuader

Par Itï, la rhétorique, un instant élevée, en théorie, à la dignité et à la certitude d'une méthode scientifique, redevient, en fait, un art. C'est-à-dire que Pascal ne prétend pas indiquer une voie unique que tous doivent suivre : il rend à tous les esprits la liberté de se créer chacun sa méthode, suivant sa nature propre, la nature de l'auditeur et les circonstances. Il a philosophiquement établi que la rhétorique est l'art d'agréer pour persuader. Mais, une fois ce but indiqué, il ne réunira point on un corps de doctrine un certain nombre de préceptes impératifs : il ne donnera pas de recettes pour y atteindre. Tout ce qu'il peut faire, c'est d'indiquer quelle doit être la nature des moyens mis en œuvre, étant donnés les traits généraux de la nature humaine ; mais il laissera à chacun le soin de trouver quels moyens particuliers doivent être employés dans chaque cas particulier: « il n'y a point de règle générale ^ ». Il n'étudiera donc point les procédés, mais les conditions de l'art d'agréer.

Or, il est deux qualités que Pascal a jugées des conditions essentielles de l'art d'agréer: c'est l'ordre et le naturel.

Il faut de l'ordre dans les discours. Nous avons vu, en effet, qu'il est indispensable de satisfaire l'esprit. Il a besoin de comprendre. Et, puisque comme << les mots forment d'autres pensées par leur différente disposition », de même les « mêmes pensées forment un autre corps de discours par une disposition différente^ », il importe de tout disposer pour la plus grande commodité de l'entendement. Mais, ce serait une chose bien simple que l'ordre, s'il ne consistait qu'en une « disposition des matières » intelligible ; et il n'y aurait pas lieu de tellement insister. La chose est plus compliquée. La volonté réclame à son tour, et l'ordre le plus

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