‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 123 sur 129 · CINQ TRAVAUX RÉGENTS SUR PASCAL · texte numérisé non relu

CINQ TRAVAUX RÉGENTS SUR PASCAL

li donné dans mon Avertissement, la liste des cinq prinux ouvrages parus sur Pascal depuis 1896, dont j'ai tiré lus de profit. Il me paraît bon d'en présenter ici un bref lien, et surtout de relever exactement les points où Je uis pas complètement d'accord avpc les cinq auteurs. nd il s'agit de faits, j'aime à croire que j'ai eu pourtant noins des apparences de raisons pour ne pas me ranger ur avis, et les lecteurs auront l'indication des petits proies qu'on peut soulever à propos de ces faits. Quand il it d'appréciations ou d'interprétations, l'exposé exact de vergence aura peut-être l'avantage de préciser à la fois nion de MM. Brunschvicg, Lanson, Giraud, Boutroux et feld, et celle de leur contradicteur.

jlUNSGHVICG. BLAISE PASCAL, PENSÉES ET OPUSCULES.

►fBrunschvicg a publié à la librairie Hachette une remar- T) édition classique des Pensées et des Opuscules (1896; X édition, 1900). Ce livre a eu un succès mérité. Et, md, la conception même en est des plus ingénieuses, nschvicg a observé que la plupart des ouvrages désiu nom d'Opuscules se rapportent à des circonstances ^oinées de la vie de Pascal, et sont comme des pages

éparses d'une autobiographie. Il les a donc publiés dans leur succession chronologique en les reliant par un commentaire suivi : ce sont, pour ainsi dire, les bornes milliaires qui guident nos pas le long de la route, au bout de laquelle se dresse la majestueuse ruine des Pensées. De plus et surtout, il est difficile de dire à qui n'a pas lu ce livre, quelle intôlligence pénétrante, subtile et pourtant tn^s prudente, M. Brunschvicg a déployée dans tout ce commentaire introductif ; et l'édition proprement dite des Pensées ainsi que les notices et notes qui l'accompagnent sont dignes du début.

Voici quelques observations.

P. 15 : « Cet unique témoignage, suffisant pour établir la matérialité du fait [l'accident de Neuilly], ne l'est pas, quant aux conséquences morales de ce fait. « — Cela me paraît très juste ; mais ne serait-il pas bon de dire que c'est le Recueil (VUtrecht lui-même, qui a paru lui donner Timportance morale qu'il n'a pas?

, P. 119 : Y a-t-il une preuve que ce fut dans la traduction de du Vair que Pascal avait lu Épictète? Si non, cette affirmation s'appuie uniquement sur l'hypothèse de Collet; si oui, elle l'appuierait : et cela serait assez important.

P. 121 : M. Hrunschvicg place au second voyage de Pascal en Auvergne (1652-53) son empressement auprès de la « Sapho » du lieu. Pour moi, je la place plutôt au premier voyage (1649). J'ai des doutes sur la «Sapho» auvergnate et la croirais volontiers un peu provinciale. Pascal a pu être désireux de lui plaire quand il admirait encore et du Vair et « les bons mots du lieutenant criminel d'O. » ; mais depuis qu'il connaît Miton et Méré et la cour? depuis qu'il est « revenu de si loin »? Ou alors, il faudrait avoir des raisons de croire que celle « précieuse » de Clermont était vraiment du « dernier cri » de Paris : les communications étaient-elles si faciles et les modes se répandaient-elles si vite dans la première moitié du xvii«î siècle?

P. 143 : « Ce fut le choix du directeur qui fut la cause des plus violents combats que Pascal eût avec lui-même. » — M. Brunschvicg dit cela après le Mémorial, Cela me paraît très bien vu. Mais je serais curieux de savoir ce qu'il pense

du sermon : est-il antérieur ou postérieur au Mémorial ? Ou peut-être M. Brunscliivcg n'atlaclie t-il pas d'importance au sermon, dont il ne parle pas?

P. 146 : On aimerait savoir d'après quels principes est établi le texte de VEntretien, Est-ce un choix arbitraire de variantes? Est-ce un mélange de plusieurs textes? L'établissement définitif d'un texte critique paraît désirable et tentant. Qui le fera?

P. 164 sqq. : M. Brunschvicg parait présenter le traité de V Esprit géométrique eiV Art de persuader comme deux fragments contemporains d'un même essai. Ne serait-il pas plus prudent de les séparer?

P. 226 : « Les scrupules du chrétien qui se défend contre la gloire du monde. » — Assurément; mais ne faut-il pas noter qu'à certain moment du concours, ils ont parlé un peu bas, ces scrupules? Sachons avouer les faiblesses même d'un Pascal.

P. 255 : « Le Recueil d'Utrccht, auquel nous devons les indications les plus précises sur l'histoire du jansénisme. » — Avouerai-je que Je me défie un peu — non delà véracité, grand Dieu! — mais de la critique du Recueil d'Utrecht? Je crains que l'auteur n'ait facilement accepté sans les témoignages faire entre eux de différence, et brouillé un peu les choses : je rappelais plus haut sa responsabilité dans la légende de Neuilly.

Même page : Voici un des rares endroits où je trouve M. Brunschvicg un i)eu hardi. L'homme sans religion est-il bien sûrement Méré ? Et ce qui m'en fait précisément douter, c'est le trop heureux parti que M. Brunschvicg tire de cette supposition à la page 257 : de Saci et la religion, Méré et le monde, Hoannez et la science, voilà de ces correspondances symélricjues qui sont séduisantes, mais qu'il ne faut accueillii" que sur des preuves, parce çue séduisantes.

P. 257 : L'argument du pari serait postérieur à l'exposé oral tle r Apologie fait par Pascal et l'idée lui en serait venue à propos de la rouLtte, grâce à l'avis que lui donna le duc de Hoannez de mettre son génie mathématique au service de la foi. — L'hypothèse est séduisante et bien présentée. Pour-

tant si le pari se rattache naturellement à un travail scientifiquo, c'est à la solution du problème des partis, qui est bien antérieure. D'autre part, M. Brunschivcgdit (page 287) «Targumenl du pari est une partie capitale dans les Pensées >k Entre 1657 ou 16.'>8 et sa mort, Pascal aurait donc modifié les Pensées sur un point capital, et, notons-le, capital non seulement au point de vue du plan, mais pour le fonds même des choses?

Quant aux Pensées mêmes et à Tordre que M. Brunschvicg leur a donné, on ne peut qu'approuver — dans les grandes lignes — du moment que l'on comprend l'impossibilité de retrouver le j»lan authentique.Ily aurait cependant quelques observations de détail à faire. Je ne puis m'empêcher de trouver que la séparation des pensées 227 et 244, 553 et 791, 56 et 15, etc., qui sont unies, des pensées 766 et 736 qui sont voisines dans le manuscrit est un peu arbitraire. Quant aux pensées 81 et 82, M. Hrunschvicg a certainement eu tort de les scinder sous deux numéros : elles se continuent très nettement dans le manuscrit; le commencement de la pensée 82 (L'homme n'est qu'un sujet, etc,) est visiblement la correction des dernières lignes de 81, et la note que M. Brunschvicg a mise en tête de la pensée 82, est, dans le manuscrit, mise à la fin et s'applique à 81X82 : c'est par tout le long morceau intitulé Imagination que Pascal voulait « commencer le chapitre des puissances trompeuses ». Mais ces choses sont inévitables et elles sont d'ailleurs si rares qu'elles ne diminuent en rien lahaute valeur de ce livre : puisque c'estM. Brunschvicg qui en est chargé, nous aurons une bonne édition des Pensées dans la Collection des grands écrivains de la librairie Hachette.

M. LANSOiN. AHTICLE PASCAL DE LA GRANDE

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