‹ Les époques de la pensée de PascalChapitre 16 sur 129 · Vie de Pascal^ II., t. I, p. lxix ; B., p · texte numérisé non relu

Vie de Pascal^ II., t. I, p. lxix ; B., p

pour être sincères, n'avaient rien de cette intransigeance à laquelle ils sont arrivés plus tard. Ses sœurs, tout en affirmant la persistance de sa foi, ne disent rien sur la piété qu'il aurait manifestée dans sa jeunesse. Or, pour qui a lu le Nécrologe de Port-Royal^ il est bien certain qu'on n'eût point oublié de noter cette piété, si elle avait eu rien de remarquable.

Lisons d'ailleurs la Prière sur le bon usage des maladies, qui doit faire allusion à cette époque, puisque les éditeurs nous apprennent que Pascal «la composa étant encore jeune». Il y reconnaît que " sa vie passée a été exempte de crimes », c'est-à-dire sans doute d'inconduite et d'incrédulité, car, dans son ardeur janséniste, l'incrédulité lui eût paru un crime. Mais il s'y reproche « sa négligence continuelle, le mauvais usage des sacrements, le mépris de la parole de Dieu, l'oisiveté, et l'inutilité totale [au point de vue du salut, évidemment] de ses actions et de ses pensées, enfin, la perte du temps que Dieu lui avait donné pour l'adorer*». Il a aimé le bonheur, envié « une fortune avantageuse, une réputation glorieuse, une santé robuste », parce qu'elles lui permettaient « de s'abandonner avec moins de retenue, dans l'abondance des délices de la vie et d'en mieux goûter

1. l viii, H., t. II, 223 sq. ; B., p. 56.— Cf. H. Joly, Mainte Thérèse (Lecoflre,^1902), p. 32.

les plaisirs*». Son cœur était «rempli des idées, des soins, des inquiétudes et des attachements du monde ^ » et le monde « a été l'objet de ses délices^».

En effet, la situation du père de Pascal était devenue assez brillante pour que son fils fût davantage porté aux distractions profanes et se laissât un peu séduire au monde ^. Etienne Pascal avait été nommé, en 1639, intendant pour les tailles en Normandie, conjointement avec M. de Paris. On sait quelle était la presque omnipotence des intendants en province et quel personnage ils y jouaient. Ajoutons que les deux intendants, à partir de 1643, exercèrent un pouvoir extraordinaire en raison de la révolte des Va-nu-pieds et que le terrible cardinal de Richelieu avait montré pour le père de Pascal une indulgence rare, puis une bienveillance flatteuse. Aussi devait-il compter parmi les notables de Rouen et avoir des relations avec la plus haute société : dans l'affaire du frère Saint- Ange, nous voyons Pascal en visite chez des conseillers du parlement et lié avec des jeunes gens de la noblesse de robe. La famille avait donc des idées profanes : c'est alors (1641) que Gilberte épousa son cousin

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