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pas seulement des plaintes, mais encore et surtout elles prédisposent son âme à la foi. Elles ont fortifié en lui cette conviction qu'il doit être récompensé. Elles lui ont en quelque sorte persuadé (bien que cette idée ne s'accorde pas avec la gratuité de la grâce), que Dieu serait injuste s'il ne lui envoyait point des grâces particulières, et que, par suite, le jansénisme où il s'engage est la vraie, la seule vraie doctrine.
11 fut donc le « premier touché », mais il entraîna vite toute sa famille à sa suite. « Il eut, dit le Recueil (PUtrecht^ assez de peine à faire comprendre à Jacqueline qu'elle ne pouvait allier deux choses aussi contraires, Tesprit du monde qu'elle aimait et celui de la piété qu'elle commençait à goûter, qu'il n'était pas possible, selon l'Evangile, de servir en même temps Dieu etle monde. . . Enfin, il réussit par ses discours et par ses exemples à lui persuader de ne plus penser qu'à Dieu; dont [ce dont] elle lui témoigna toujours une grande reconnaissance, se regardant comme sa fille*. » Dès lors elle ne se conduisit que d'après ses avis, et c'est par son conseil qu'elle refusa un beau mariage et qu'elle songea plus tard à entrer en religion. C'est aussi Pascal qui « convertit » son père, son autre sœur et son beau-frère à la lin de cette même année 1646. La ferveur de sa
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foi était contagieuse et lui donnait sur ses proches un ascendant irrésistible^.
Le fond du jansénisme, on le sait, c'est l'importance donnée aux deux dogmes de la tache origiginelle et de la grâce. La nature, pour un janséniste, est depuis la chute absolument corrompue et, par elle-même, ne saurait tendre qu'au mal : les instincts de l'homme sont pervers, sa raison impuissante à découvrir la vérité, sa volonté dépravée. C'est par un don purement gratuit de Dieu que l'homme est remis au rang pour lequel il était fait et dont il est déchu : Dieu seul lui montre la vérité et lui donne la foi. Dieu seul lui montre le bien et lui donne la force de l'accomplir. Encore s'est-il réservé le droit d'élire qui il plaît; c'est à son gré, par une sorte de caprice, qu'il prédestine invinciblement les hommes ou au salut ou au malheur éternels. Telles sont bien les idées qu'expriment tous les écrits de Pascal à cette époque- : la Prière sur le bon usage des maladies^ et quelques Lettres à Jacqueline et à M™* Périer. Ajoutons-y la Lettre sur la mort de son père, qui, bien que postérieure de
1. Cf. D*" Charles BiNET, la Suggestion religieuse et réciproque dans la famille de Pascal (Rev. de Vhypnotisme^ décembre 1896). « Hypnotisme »,« suggestion», ces facéties sont renouvelées de celle du D' Lélut. — Cf. aussi Garsonnet, Port-Royal et la médecine aliéniste (Paris, 1868).
2. Taine : « Pascal parle avec une austérité dure de nouveau converti, une farouche aversion pour le monde, une dévotion âpre : cette dévotion est comme un réseau d'épines qui Tenveloppe tout entier. » {Note citée par Giraud, Essai sur Taine^ p. 48.)
quelques années et datant de sa vie mondaine, est pleine des mômes croyances réapparues en lui sous le coup de la douleur.
« Heureux, s'écrie Pascal, dans la Prière sur le bon usage des maladies^ heureux ceux qui, avec une liberté entière et une pente invincible de leur volonté, aiment parfaitement et librement ce qu'ils sont obligés d'aimer nécessairement* »; et il reconnaît humblement, que tout ce qu'il a de bon en lui, lui vient de Dieu seul, « car les mouvements naturels de son cœur se portant vers les créatures ou vers lui-même, ne peuvent qu'irriter le Seigneur- »; « ni la maladie, ni la santé, ni les discours, ni les livres, ni les Ecritures sacrées, ni l'Evangile, ni les mystères les plus saints, ni les aumônes, ni les jeûnes, ni les mortifications, ni les miracles, ni l'usage des Sacrements, ni le sacrifice du Corps de Jésus-Christ, ni tous les efforts de l'homme, ni ceux de tout le monde ensemble ne peuvent rien du tout, si Dieu n'accompagne toutes ces choses d'une assistance tout extraordinaire de sa grâce^ » ; car « le monde est naturellement l'objet des délices de l'homme, bien qu'il sente qu'il ne peut aimer le monde sans déplaire à Dieu, sans se nuire et sans se déshonorer^ ». L'idée de la